Oasis de biodiversité et sources de vie pour l’humanité, les zones humides sont cependant l’un des milieux les plus menacés au monde. Leur apparence et leur réputation peu attrayantes jouent en leur défaveur. Partons à la redécouverte de ces petits trésors méconnus, en explorant les étangs de Villepey (Var), accompagnés de la Cavem et des gardes du site. Cette visite guidée devrait soulever l’enthousiasme : « Vive les zones humides ! »

Déforestation, pollution, exploitation et changement climatique… Les divers affronts subis par les milieux naturels sont assidûment dénoncés, surtout quand il s’agit des forêts ou des océans, mais sont beaucoup plus négligés les moins glamours marais, bayous, tourbières et autres lacs, communément appelés « zones humides ». Or, celles-ci sont les plus durement touchées par les activités humaines : en un siècle, 54 % des zones humides ont été détruites, avertit un rapport de 2018 par les experts internationaux de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Constat dramatique puisque les zones humides sont les plus importants réservoirs de biodiversité de la planète. Il y en a certainement une près de chez vous, passant trop souvent inaperçue. Exemple avec les étangs de Villepey, un site protégé qui s’étend à l’embouchure de l’Argens, à Fréjus, à quelques centaines de mètres à peine de la Méditerranée. Futura s’y est rendu aux côtés d’Yves Jacob, en charge de la gestion du site au sein du pôle Environnement de la Communauté d’agglomération Var Estérel Méditerranée (Cavem), et des gardes du littoral, Alain Abba et David Héritier, qui nous font partager leur passion pour cet écosystème d’exception, rare en Europe.

Le vilain petit canard des hauts lieux de biodiversité

D’après le premier rapport global sur les zones humides de la Convention de Ramsar, 40 % des espèces, dans le monde, vivent ou se reproduisent dans les zones humides. Très complexes à définir même pour les experts, car il s’en trouve de toutes formes et de toutes tailles, les zones humides sont des écosystèmes inondés, en permanence ou de façon intermittente, accueillant une biodiversité spécifique. C’est de l’eau, élément structurant du milieu, « que vient toute la richesse », déclare Yves Jacob. « Énormément de micro-organismes, qui sont à la base de réseaux alimentaires très importants, vivent dans l’eau », renchérit David Héritier.

À l’interface entre la mer et les eaux douces des fleuves, les zones humides littorales, comme les étangs de Villepey, grimpent à l’échelon supérieur en termes de diversité. « La mixité des eaux engendre une mosaïque de milieux différents, avec leurs espèces inféodées », indique Alain Abba.

Sur les 271 hectares du site — un gabarit minuscule par rapport aux 150.000 hectares de la Camargue –, s’étendent des étangs d’eau douce, d’eau saumâtre, d’eau sursalée, sans oublier une lagune, très rare sur les côtes méditerranéennes. On recense 27 plantes remarquables, telle la canne de Pline, et 273 espèces d’oiseaux, pour lesquelles les étangs de Villepey font office d’habitat, de zone de reproduction, ou de halte migratoire.

Le lieu est protégé et appartient au Conservatoire du littoral. Il fait partie du site Natura 2000 « Embouchure de l’Argens ». Depuis 2008, il est classé Ramsar, du nom de la ville iranienne où a été adoptée, en 1971, la Convention sur les zones humides d’importance internationale.

Les milieux humides demeurent, cependant, entachés par leur mauvaise réputation historique et leur aspect boueux et inhospitalier. Dans le folklore, les marécages sont « associés aux feux follets », nous rappelle Yves Jacob. « Dans le subconscient de l’Homme, la zone humide reste un lieu insalubre, où les parasites, les nuisibles et les maladies se développent, regrette le garde du littoral, David Héritier. Les grandes épidémies venaient souvent des espèces marécageuses. »

À cela, s’ajoutent la prolifération des moustiques et l’odeur nauséabonde qui s’élève parfois des eaux stagnantes. Ce problème a été résolu sur Villepey « en permettant la circulation des masses d’eau », nous indique le responsable du service, Yves Jacob.

Un des milieux les plus menacés au monde

Alors que les zones humides sont la bête noire des uns, et suscitent l’indifférence des autres, elles ont disparu à un rythme trois fois plus rapide que les forêts entre 1990 et 2015, selon le rapport 2018 de la Convention de Ramsar. En Asie du Sud-Est et dans la région du Congo en Afrique, les plantations de palmiers à huile, fortement décriées, sont les principales responsables de leur destruction. Elles font face également, à travers le globe, au risque d’assèchement (l’eau est puisée pour l’irrigation), de comblement, d’urbanisation et bien entendu, de pollution.

« De nombreux sites ont été remblayés pour éradiquer les moustiques, vecteurs du paludisme», souligne Alain Abba. D’autres encore ont été transformés en port de plaisance, comme Port Grimaud, dans le golfe de Saint-Tropez. Cela n’est pas arrivé aux étangs de Villepey, puisqu’ils sont protégés. Cependant, les zones humides comme celle-ci, situées dans le delta d’un fleuve, « peuvent être le réceptacle de multiples sources de pollution des activités implantées sur le bassin versant », précise David Héritier. Engrais chimiques, pollution industrielle, eaux usées, partiellement filtrés par les étangs, peuvent finir par s’y concentrer.

Les zones humides sont également menacées par l’introduction d’espèces invasives. Dans les étangs de Villepey, les gardes du littoral « engagent une lutte permanente contre les espèces exotiques[telles que l’herbe de la pampa et le mimosa] échappées des jardins et des pépinières qui supplantent les espèces autochtones », nous indique-t-on. Enfin, l’incontournable changement climatique et ses conséquences, notamment la montée des océans, pose tout particulièrement un problème pour les zones humides littorales. « Sur un endroit du site, on a observé un recul du trait de côte de 80 mètres en 50 ans. On s’attend à ce que cela continue », témoigne Yves Jacob.

Un concentré de ressources et de services écosystémiques

Pour mieux protéger ces milieux, un mot d’ordre : informer – autant sur leur richesse cachée que sur leur intérêt pour l’Homme. Bien qu’elles n’occupent que 4 % de la surface terrestre, les zones humides font vivre plus d’un milliard de personnes dans le monde. Elles fournissent une multitude de ressources, dont l’eau potable, des matières premières (roseaux, graviers, etc.), la nourriture, et rendent énormément de services. Elles sont d’ailleurs « aussi productives que les forêts », remarque David Héritier. Elles abritent également des plantes encore inconnues, susceptibles d’être utiles pour le développement de nouveaux médicaments.

Les zones humides jouent, par ailleurs, « un rôle d’éponge, en conservant l’humidité durant les sécheresses », indique Yves Jacob, mais aussi de réceptacle pour les eaux, atténuant ainsi les impacts des catastrophes, telles les crues de 2010 dans le Var. Les inondations auraient été pires si les étangs de Villepey avaient été détruits par l’urbanisation, explique David Héritier. « Sans eux, le secteur aurait été imperméable et les zones à risque étendues. » N’oublions pas, enfin, que ces milieux ont intrinsèquement de la valeur pour le bien-être de l’Homme, en qualité d’espaces naturels.

La Journée mondiale des zones humides, le 2 février

Dans la droite ligne de la sensibilisation du public, est célébrée tous les ans depuis 1997 la Journée mondiale des zones humides le 2 février, date de la signature de la Convention de Ramsar, afin de « rappeler l’existence et l’importance » de ces sites, souligne Yves Jacob, le responsable du service de la Communauté d’Agglomération Var Estérel Méditerranée. Diverses manifestations ont été organisées cette année sur les zones humides de France, dont les étangs de Villepey, autour du thème : « Les zones humides et le changement climatique ».

Sur les étangs de Villepey en particulier, plusieurs animations et visites guidées ont été prévues tout le week-end du 2 au 3 février (programme disponible ici). L’enjeu de cet évènement est de « faire découvrir et connaître les zones humides pour mieux les préserver », rappelle Alain Abba, dont les missions et celles de toute l’équipe des gardes du littoral, en plus de la sensibilisation, comprennent l’entretien et la surveillance du site et des aménagements, l’encadrement des activités traditionnelles (chasse, pêche, pastoralisme) dans le respect du milieu, et les suivis scientifiques de la biodiversité des étangs (botaniques, entomologiques, ornithologiques) ainsi que de la qualité de l’eau.

Ce qu’il faut retenir

  • Les zones humides sont l’un des milieux les plus productifs et les plus riches en biodiversité de la planète.
  • Leur rôle fondamental pour l’Homme, à l’échelle du globe, est reconnu depuis la signature, le 2 février 1971, de la Convention de Ramsar sur les zones humides d’importance internationale.
  • La Journée mondiale des zones humides se tient tous les ans à cette date pour remettre sur le devant de la scène ces milieux trop souvent mal considérés.
  • Les étangs de Villepey, qui s’étendent sur le littoral méditerranéen à Fréjus, sont un exemple de site classé Ramsar.
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