Diverses communautés se servaient encore de Google+.

Qui pour s’en émouvoir ? Si l’on observe la situation d’autres réseaux sociaux plus populaires, a priori, pas grand monde. En tout cas, pas sur Facebook (sur le groupe officiel de Google, seul apparaît le message d’un utilisateur inquiet de savoir si son compte a été piraté) ni sur Twitter, où l’annonce des téléphones Pixel 3 et Pixel 3 XL de Google suscitent largement plus d’intérêt. Google n’y a d’ailleurs fait paraître aucun communiqué.

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Plus étonnant : même le groupe officiel « Google+ » sur… Google+ n’évoque pas la fermeture prochaine de ce dernier. La publication la plus récente, datée de dimanche 7 octobre, y étant une collection de recettes moyen-orientales datée de dimanche.

« Si Google+ s’arrête, je vais tout perdre »

C’est donc sous cette collection de photos de tajine et de harissa qu’il faut aller chercher l’essentiel des commentaires d’utilisateurs déçus. Des « au revoir » sans amertume parfois, à l’image de celui de Viviane : « Bonsoir à vous tous. Je rigolais très souvent en lisant vos commentaires ! Tchao et peut-être sur un autre réseau social ! » Mais d’autres dissimulent mal une certaine détresse.

Todd, qui utilise le mot-clé #google+forever (« Google+ pour toujours »), raconte son histoire : « Cela fait plus de sept ans que je suis sur Google+ et c’est le seul réseau social sur lequel j’ai vraiment pu m’exprimer. Si Google+ s’arrête, je vais tout perdre. »

Rachel, poétiquement surnommée Angel of death, joue elle la carte de l’émotion : « S’il vous plaît, ne fermez pas ce site ! Je m’y suis fait de nombreux amis et je ne peux pas les contacter autrement. » A l’unisson, Masked Lady, à peine distraite par l’appétissant riz à la persane qui s’étale quelques centimètres plus haut, s’alarme : « J’ai tellement de souvenirs liés à ce site… Je n’ai pas envie de tous les perdre. »

Au milieu d’innombrables messages du même acabit, d’autres se font plus agressifs : « Ne fermez pas ce site, petites merdes. Vous vous apprêtez à débrancher la seule chose qui vous maintient en vie », commente ainsi Samishii, visiblement peu au fait du modèle économique de Google. Son Goku, dont on découvre qu’il avait un profil Google+, menace même de « casser les genoux » des employés de Google.

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Se retrouver sur d’autres plateformes

God-O-Raisins, lui, ou elle, n’a pas renoncé et appelle même à « se battre pour cet endroit ». Avec d’autres, cette personne appelle à signer une pétition qui circule sur le réseau. Baptisée « Ne fermez pas Google Plus », elle recueillait, mardi midi, 1 130 signatures. De la même façon, il existe depuis lundi un groupe Google+ baptisé « Save Google+ ». Il comptait, mardi, 41 membres.

La plupart semblent en avoir pris leur parti. Les propriétaires des communautés francophones « Les usagers de Google en France » et « Journalistes qui tâtent un peu des outils modernes » envisagent d’ailleurs déjà de faire migrer leurs utilisateurs vers d’autres réseaux.

Parmi les propositions, Slack, une plateforme de discussion à vocation professionnelle, revient souvent, tout comme Mastodon, équivalent décentralisé et open source de Twitter.

Certains suggèrent une migration vers le forum Reddit et ses multiples communautés, ou vers un compte Linkedin privé, mais Marie-Noëlle, elle, s’y oppose : « Un grand nombre d’entre nous a décidé que les réseaux sociaux privés commerciaux, ça commence à bien faire. Nous migrons en masse vers Diaspora », appelle-t-elle de ses vœux. Un réseau social certes décentralisé, où la confidentialité des données est le maître-mot, mais abandonné par ses créateurs dès 2012.

Enfin, quand d’autres, comme François, proposent de lancer « un forum », à l’ancienne, le prosaïque Arnaud, qui a visiblement fait le tour, dans un même mouvement, d’internet et de la question, propose plutôt de se réunir dans un bar.

Faille de sécurité

C’est le Wall Street Journal qui a révélé, lundi, qu’une faille de sécurité avait mis en danger les données personnelles des utilisateurs de Google+. Ce « bug » inscrit dans le code de Google+ est resté en ligne durant trois ans, entre 2015 et mars 2018. Un scénario qu’a confirmé Google le jour même dans un communiqué, assurant cependant n’avoir constaté aucun cas de collecte ni de mauvaise utilisation de ces accès.

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Un prétexte suffisant cependant aux yeux de l’entreprise pour fermer le réseau social, qui n’avait jamais vraiment décollé : s’il revendiquait plus de 540 millions d’utilisateurs actifs en 2014, une bonne partie d’entre eux disposent en vérité, parfois sans le savoir, d’un compte Google+ créé automatiquement lors de l’inscription à certains services de l’écosystème Google, comme Gmail.