Les proches d’Alexeï Navalny dénoncent le refus des médecins de le transférer à l’étranger – Le Monde

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Alexandre Mourakhovski, médecin en chef de l’hôpital sibérien où Alexeï Navalny est hospitalisé, répond à la presse, à Omsk, vendredi 21 août.

Au lendemain de l’hospitalisation en soins intensifs d’Alexeï Navalny, les alliés de l’opposant russe ont dénoncé vendredi 21 août le refus des médecins de l’hôpital sibérien de le transférer à l’étranger, une décision qui met selon eux « sa vie en danger ». Alors que ses proches soupçonnent un empoisonnement, le médecin chef adjoint de l’hôpital, Anatoly Kalinichenko, a assuré dans la matinée n’avoir découvert « aucun poison » dans le sang du malade.

« A ce jour, aucun poison n’a été identifié dans le sang et l’urine [de M. Navalny], il n’y a pas de traces d’une telle présence », a-t-il déclaré. « Nous ne croyons pas qu’il ait souffert d’un empoisonnement », a-t-il poursuivi, tout en ajoutant qu’il ne pouvait énoncer le diagnostic de M. Navalny en raison de la loi mais qu’il avait été signifié à sa famille.

Plus tôt dans la matinée, la porte-parole de l’opposant, Kira Iarmich, avait regretté sur Twitter la décision d’Alexandre Mourakhovski, médecin en chef, de ne pas vouloir l’évacuer. « Le médecin en chef a annoncé que Navalny n’est pas transportable. Son état est instable », avait-elle écrit, estimant qu’il serait « mortellement dangereux » de le laisser dans cet hôpital « non équipé » et « avec un diagnostic toujours pas fait », à Omsk, en Sibérie occidentale.

Lire le récit : La Russie sous le choc après le probable empoisonnement d’Alexeï Navalny

Les médecins de Navalny assurent qu’un avion bien équipé offre toutes les garanties de sécurité pour un transfert. Alexandre Mourakhovski a de son côté expliqué aux journalistes travailler sur cinq hypothèses pour le diagnostic et que les tests allaient se poursuivre pendant deux jours. Il a ajouté qu’il n’y avait pas eu de complications durant la nuit et que l’état de santé de l’opposant s’était légèrement amélioré ce matin, mais qu’il était encore inconscient.

« Ils attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectables dans le corps »

« En ce qui concerne son transfert (…), la question est prématurée. Il est nécessaire d’arriver à une stabilisation complète du patient », a-t-il affirmé. Selon le médecin, l’hôpital doit régler « certaines questions juridiques » avant de laisser des médecins européens voir M. Navalny. Des spécialistes de Moscou sont arrivés durant la nuit pour l’examiner.

Le refus de transférer M. Navalny à l’étranger a été dénoncé par son bras droit, Leonid Volkov, comme une « décision politique et non pas médicale ». « Ils attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectables dans le corps. Il n’y a ni diagnostic ni analyse. La vie d’Alexeï est en grand danger », a-t-il écrit sur Twitter.

Sur une place de Saint-Pétersbourg, une femme tient une pancarte de soutien à Alexeï Navalny, hospitalisé en Sibérie, jeudi 20 août.

Alexeï Navalny, l’un des critiques les plus virulents du Kremlin, se rendait de Tomsk à Moscou en avion quand il a fait un malaise. L’appareil a dû faire un atterrissage d’urgence à Omsk. L’opposant y a été admis à l’hôpital, plongé dans un coma naturel, placé en réanimation et relié à un respirateur artificiel. Les médecins ont dit jeudi « se battre pour lui sauver la vie ». Ses alliés ont dit être persuadés qu’il a été victime d’un « empoisonnement intentionnel », « avec quelque chose de mélangé à son thé ».

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Un avion médicalisé affrété par l’ONG allemande Cinema for Peace, qui avait déjà réalisé une opération similaire avec un membre du groupe d’opposants Pussy Riot en 2018, est arrivé dans la matinée à Omsk, selon les médias locaux. Le président français Emmanuel Macron, « extrêmement préoccupé », et la chancelière allemande Angela Merkel, « bouleversée », avaient demandé jeudi respectivement « clarté » et « transparence » sur l’état d’Alexeï Navalny.

Le Kremlin lui souhaite un « prompt rétablissement »

Principal opposant au Kremlin, dont les publications dénonçant la corruption des élites russes sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux, Alexeï Navalny a déjà été victime d’attaques physiques. En 2017, il avait été aspergé d’un produit antiseptique dans les yeux à la sortie de son bureau à Moscou.

En campagne ces derniers jours en faveur des candidats d’opposition pour les élections régionales de septembre, Alexeï Navalny a plusieurs fois été condamné à de courtes peines de prison, notamment en raison de l’organisation de manifestations. Son organisation et ses partisans font régulièrement l’objet de pressions, arrestations et poursuites judiciaires.

Le Kremlin a dit souhaiter à Alexeï Navalny, « comme à n’importe quel citoyen russe », un « prompt rétablissement », soulignant aussi que l’empoisonnement n’était jusqu’à présent qu’une « simple supposition ».

Le Monde avec AFP

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