Très rapidement les pouvoirs publics, les pompiers de Paris, la direction de la Sécurité Civile et de nombreux journalistes ont tenté de répondre clairement à ces interrogations.

Quelques points essentiels :

Les avions de lutte anti-incendies français sont basés à Nîmes pour des raisons évidentes, à 317 nautiques de l’incendie. Entre le délai nécessaire pour la mise en œuvre des avions et la durée du vol, seul, peut-être le Dash 8 aurait-il eu le temps d’arriver à Paris avant la nuit aéronautique (vers 21h10 ce lundi).  Mais pour faire quoi ? Larguer sur la charpente en feu et participer à la disloquer, avec comme conséquence immédiate de risquer de briser la voute et de fragiliser encore plus la structure de la Cathédrale ?

N’oublions pas que l’efficacité du largage d’un bombardier d’eau vient, dans un tout premier temps, de l’énergie cinétique de la masse d’eau, de sa puissance qui « souffle » littéralement les flammes avant que l’eau ne commence même à les refroidir. Ce mode d’action est clairement incompatible avec une action contre un bâtiment précieux.

Largage de six tonnes d’eau, écopées sur la Seine aux Mureaux, à la Ferté-Alais en 2016. Une action massive et efficace contre les feux de forêts, destructrice autrement. © F. Marsaly/Aerobuzz.fr

Ajoutons à cela le risque d’envoyer des débris un peu partout autour et d’étendre peut-être l’incendie aux bâtiments avoisinants. Nous n’évoquons pas plus la présence des pompiers en action qu’il aurait fallu faire battre en retraite pour éviter les risques (un largage de bombardier d’eau peut tuer directement ou par projection des débris), la faible surface de la cible, les obstacles aériens, la nuit. L’utilisation d’un avion bombardier d’eau est clairement et définitivement une fausse bonne idée.

Néanmoins, au cours de leurs histoires, des avions de lutte anti incendies sont déjà intervenus sur des feux industriels, sur des bâtiments et même des véhicules en flamme sur l’autoroute, ce qui prouve que ces appareils ne sont pas forcément cantonnés aux feux de forêt mais les sinistres ainsi traités n’étaient pas des cathédrales historiques qu’il fallait préserver absolument.

Et les hélicos bombardiers d’eau ?

Des questions se sont levées aussi sur le rôle possible des voilures tournantes et éventuellement des hélicoptères bombardiers d’eau (HBE). Si la Sécurité Civile dispose de deux EC-145 Dragon à Issy les Moulineaux, ils ne sont pas équipés de dispositif de largage d’eau car cela ne fait pas partie de leurs missions. Les HBE en France relèvent d’entreprises privées sous contrat avec les conseils généraux des départements du sud de la France pour des mises à disposition saisonnières.

Même si un appareil disponible et équipé, avec un équipage qualifié, avait été autorisé à intervenir on en revient aux difficultés des opérations en milieu urbain et nocturnes. On peut aussi se poser la question de l’intérêt des largages, pour les raisons expliquées plus haut, en ajoutant que parfois, sur les machines les plus puissantes, le souffle du rotor peut attiser les flammes ou éjecter des débris.  Là encore, ce qui est acceptable pour une forêt en feu l’est moins sur un bâtiment aussi précieux.

Reste le cas des HBE équipés d’un canon à eau comme certains équipementiers en proposent. Auraient-ils pu se rendre utiles ? Nous n’avons pas de réponse définitive.  D’autant qu’aucun appareil ainsi équipé ne semble être disponible en Europe.

Un EC-225 équipé d’un canon à eau Simplex SkyCannon Model 516, un type d’équipement qui risque de faire beaucoup parler de lui ces prochaines semaines. © Simplex Aerospace

Les drones alors ?

Si les moyens aériens d’intervention n’ont donc, de façon tout à fait justifié, pas été engagés sur le sinistre, les drones légers ont été utilisés et il ne fait guère de doute que ces appareils munis de caméras thermiques vont jouer un rôle essentiel dans les opérations à venir, pour localiser, aider à traiter les foyers résiduels et dresser un état des lieux des dégâts.

On peut aussi imaginer que certains projets de drones porteurs de lances pourront trouver là de nouveaux arguments commerciaux, comme Aerobuzz s’en était fait l’écho, mais il faut se rendre à l’évidence, aucun largage de bombardier d’eau ne sera jamais d’une quelconque utilité sur un sinistre touchant un bâtiment de cette nature.

Frédéric Marsaly

A propos de Frédéric Marsaly

chez Aerobuzz.fr
Frédéric Marsaly, passionné par l’aviation et son histoire, a collaboré à de nombreux média, presse écrite, en ligne et même télévision. Il a également publié une douzaine d’ouvrages portant autant sur l’aviation militaire que civile. Frédéric Marsaly est aussi le cofondateur et le rédacteur en chef-adjoint du site L’Aérobibliothèque.