Qu’ils volent ou qu’ils rampent, les insectes ne sont pas de ceux dont nous aimons à nous émouvoir. Pourtant, de leur survie dépend aussi celle de nombreux écosystèmes. Et aujourd’hui, les chercheurs sont inquiets. Selon eux, les insectes pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d’ici 100 ans.

Quelque 86 % de papillons monarques en moins en Californie et 76 % d’insectes volants en moins au cours des trois décennies écoulées en Allemagne. Des abeilles en difficulté. Depuis quelques années, les observations scientifiques pouvaient laisser craindre le pire. Aujourd’hui, un rapport confirme le déclin généralisé des populations d’insectes à travers le monde. Selon ces chercheurs qui ont compilé 73 études menées sur 40 ans, plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin dans le monde et un tiers des espèces sont en voie de disparition.

« Cela se passe à une vitesse incroyable. Dans 100 ans, tous les insectes pourraient avoir disparu de la surface de notre planète », s’inquiète Francisco Sanchez-Bayo, biologiste à l’université de Sidney (Australie). « Si ce déclin ne peut pas être enrayé, cela aura des conséquences catastrophiques pour les écosystèmes de la planète et pour la survie de l’humanité. »

Car les insectes, s’ils ont toujours un peu mauvaise presse, apparaissent pourtant indispensables à la pollinisation des plantes. Ils savent aussi recycler les nutriments. Et ils servent de nourriture de base à un certain nombre d’autres animaux comme les oiseaux, les reptiles, les amphibiens ou encore les poissons.

Une destruction des habitats fatale

La plupart des travaux sur lesquels reposent ces conclusions alarmantes ont été menés en Europe ou en Amérique du Nord. Il reste donc de larges régions du globe pour lesquelles les données sont manquantes. Mais les chercheurs ne se montrent pas optimistes à cet égard. « La situation pour les invertébrés tropicaux semble encore pire. L’ampleur du déclin mondial pourrait même avoir été sous-estimée », commente Georgina Mace, chercheur au University College London (Royaume-Uni).


L’ampleur du déclin pourrait être sous-estimée

La faute au changement climatique dont les effets sur des insectes tropicaux peu tolérants aux variations de température commencent à se faire ressentir. Pourtant selon le rapport, le réchauffement climatique est loin de constituer la plus grande menace pour les insectes du monde. La principale cause de leur déclin reste la destruction des habitats due à l’agriculture intensive et à l’urbanisation. La pollution aux pesticides et aux engrais ainsi que les espèces invasives ou les agents pathogènes n’arrivent qu’ensuite.

Lépidoptères, hyménoptères, coléoptères sont les taxons terrestres les plus touchés. Du côté des écosystèmes humides, quatre taxons majeurs que sont les odonates, les plécoptères, les trichoptères et les éphéméroptères ont déjà perdu une proportion considérable d’espèces. Et même si des espèces plus généralistes et plus tolérantes aux changements investissent déjà les niches laissées vacantes, la situation est préoccupante. Face à un taux de mortalité huit fois plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux ou des reptiles, les chercheurs appellent notamment à repenser les pratiques agricoles actuelles.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 40 % des espèces d’insectes seraient menacées d’extinction dans les prochaines décennies.
  • La perte des habitats due à l’agriculture intensive est le principal facteur de déclin.
  • Les polluants agrochimiques, les espèces envahissantes et le changement climatique n’apparaissent que comme des causes secondaires.
Pour en savoir plus

Les populations d’insectes se sont effondrées en trois décennies

Des données avaient déjà attiré l’attention sur le déclin inquiétant du nombre d’abeilles ou de papillons. Aujourd’hui, des chercheurs allemands publient des chiffres encore un peu plus alarmants. Le déclin atteindrait 75 % et semble se généraliser à l’ensemble des populations d’insectes volants. 

Article de Nathalie Mayer paru le 19/10/2017

L’avez-vous remarqué ? Nous passons de moins en moins de temps à nettoyer nos pare-brise des insectes volants morts qui s’y sont écrasés. Une étude menée par des chercheurs de la Krefeld Entomological Society (Allemagne) suggère aujourd’hui que c’est tout simplement parce que le nombre d’insectes volants a dramatiquement diminué ces dernières années.

Selon des relevés réalisés dans 63 réserves naturelles situées en Allemagne de l’ouest et du nord, entre Bonn et Cologne et jusqu’au sud de Berlin, la quantité d’insectes volants (en nombre d’individus) aurait ainsi chuté, au cours de ces 27 dernières années, de pas moins de 76 %. Avec un pic durant la saison estivale à moins 82 % !

Un déclin encore inexpliqué

Les insectes n’ont pas toujours bonne presse auprès du public, mais pourtant une perte, tant en diversité qu’en nombre d’individus, peut provoquer des effets en cascades sur la chaîne alimentaire. Et mettre ainsi en péril tout un écosystème. D’où l’intérêt que les chercheurs portent à la question.

Y répondre n’est pas simple. Le déclin observé par les entomologistes allemands reste à ce jour inexpliqué. Leurs tentatives de le corréler à des changements de conditions météorologiques, de paysages ou de couverture végétale semblent avoir échoué. Ils ne peuvent qu’imaginer — sans preuve formelle pour l’heure — que la proximité de terres cultivées en agriculture intensive et l’utilisation de pesticides dans les champs voisins pourraient avoir joué un rôle.

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Comment sauver les insectes pollinisateurs de l’extinction ?  Face au déclin des pollinisateurs, en particulier des insectes, il n’y a pas de recette miracle, nous explique Colin Fontaine, du Muséum national d’histoire naturelle. Toutefois, les pratiques plus respectueuses de la biodiversité qui ont vu le jour dans les années 1990 semblent bien avoir freiné cette régression des populations. Attention, cependant, explique-t-il, car on observe une baisse de la biodiversité des pollinisateurs, avec quelques espèces généralistes qui sont en expansion au détriment de beaucoup d’autres. Une situation risquée. 

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