Les cours du pétrole s’effondrent de plus de 20% – Les Échos

Spread the love
  • Yum

C’est un effondrement sans précédent depuis la première guerre du Golfe, en 1991. Le baril de brent chutait de plus de 20 % ce lundi matin, retombant à 36 dollars, un niveau qu’on n’avait pas vu depuis février 2016. Les événements ont pris un tour spectaculaire ce week-end après l’échec surprise des négociations entre l’Opep et son allié russe à Vienne vendredi.

La Russie a refusé de réduire sa production, comme le proposait le cartel pour soutenir les prix du pétrole, affectés par l’épidémie de coronavirus qui pénalise la demande mondiale . L’Arabie saoudite n’a pas tardé à riposter en faisant savoir qu’elle allait augmenter sa production, volontairement bridée depuis près de quatre ans, et casser ses prix pour défendre ses positions. La compagnie nationale Saudi Aramco pourrait faire passer sa production de 9,7 millions de barils par jour en mars à 10,5, voire 11 millions en avril, estiment les analystes d’UBS.

«Une crise sans précédent»

En inondant le marché alors que la consommation de pétrole recule, Riyad déclenche «une crise sans précédent», relèvent les analystes de Citi. Elle rappelle à la fois les périodes suivant les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière de 2008-2009, où la demande a chuté, et les périodes ou l’offre était très excédentaire, en 2016 ou entre 1981 et 1986.

La consommation mondiale de pétrole devrait légèrement reculer cette année, pour la première fois depuis 2009, a estimé lundi l’Agence internationale de l’énergie (AIE). «Le choc de l’épidémie sur le pétrole est disproportionné parce qu’il touche d’abord la mobilité et les transports», explique le directeur général de l’AIE, Faith Birol. L’aviation représente moins de 1% du PIB mondial mais 8% de la demande de brut, souligne-t-il. Et la Chine représentait l’an dernier à elle seule 80% de la croissance de la consommation.

Retournement stratégique majeur

La fin de l’alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie constitue un retournement stratégique majeur qui va bouleverser durablement la planète pétrole. Depuis 2016, l’Opep et dix autres pays exportateurs de brut s’étaient mis d’accord pour limiter leur production, ce qui avait permis de faire remonter les cours. Le but était de contrer le boom du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Une page est tournée. L’axe Riyad-Moscou, qui paraissait solide jusqu’à présent, a volé en éclats.

La chute des cours risque de lourdement pénaliser les producteurs de schiste américains, déjà en difficulté. C’est là l’un des objectifs de Vladimir Poutine, en riposte aux sanctions américaines contre les groupes pétroliers et gaziers russes. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane est maintenant entraîné dans la même spirale. «La Russie et l’Arabie saoudite font monter les enchères l’un pour l’autre», résume Bhanu Baweja, analyste chez UBS, dans une note publiée lundi.

«Tuer le schiste américain»

«Avec la guerre des prix qui est lancée, Moscou comme Riyad veulent clairement tuer les producteurs de schiste aux Etats-Unis», décrypte Artem Abramov, analyste chez Rystad Energy. Y parviendront-ils? Le secteur du schiste a montré sa forte capacité d’adaptation ces dernières années, rappelle le spécialiste. Au Texas en particulier, les producteurs ont drastiquement réduit leurs coûts et amélioré leur efficacité.

L’impact de la chute de cours sur la production américaine ne sera pas immédiat, car la plupart des compagnies se sont protégées contre les variations de prix en pré-vendant leurs volumes à prix fixe. «Il est très courant que ces opérations de couverture concernent jusqu’à 80 ou 90% de leur production», poursuit Artem Abramov. Rystad Energy prévoit que la production des Etats-Unis commencera à décliner à l’automne.

Coûts très bas en Russie

Au-delà des Etats-Unis, ce niveau de prix extrêmement bas fera souffrir tous les pays producteurs, Russie comprise. Les compagnies russes bénéficient de coûts très bas qui leur permettront de continuer à gagner de l’argent. Mais le Kremlin a besoin d’un baril à 42 dollars pour équilibrer les finances publiques du pays. L’Arabie saoudite, elle, est en déficit budgétaire tant que le brent est sous la barre des 83 dollars, même si la compagnie nationale Aramco continuera à dégager des bénéfices.

Les conséquences seront terribles pour des pays pauvres très dépendants de l’or noir comme le Nigeria ou l’Angola, sans parler de ceux qui sont déjà durement frappés par les sanctions américaines comme le Venezuela et l’Iran. «Avec les cours au niveau actuel, un pays comme l’Irak aura de grandes difficultés à financer ses services publics essentiels comme la santé et l’éducation, note le directeur général de l’AIE. Cette situation aura des conséquences sur la stabilité de la région».

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *