Les autorités de Singapour s’arrogent l’accès aux données du contact tracing

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Les autorités de Singapour s'arrogent l'accès aux données du contact tracing

Singapour a confirmé que ses forces de l’ordre pourront accéder aux données de contact tracing du pays, recueillies dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, pour les aider dans leurs enquêtes criminelles. A ce jour, plus de 4,2 millions d’habitants, soit 78 % de la population locale, ont adopté l’application TraceTogether, qui représente l’un des taux de pénétration les plus élevés au monde pour ce type d’application.

Ce chiffre est le double du taux d’adoption d’il y a trois mois à peine, en septembre, lorsque TraceTogether avait enregistré 2,4 millions de téléchargements, soit environ 40 % de la population. Ce récent pic a probablement été alimenté par l’annonce du gouvernement selon laquelle l’utilisation de l’application serait obligatoire pour l’entrée dans les lieux publics au début de l’année 2021.

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TraceTogether, la bonne élève du contact tracing

Introduite en mars dernier, TraceTogether exploite les signaux bluetooth pour détecter les autres appareils mobiles participants – à moins de 2 mètres les uns des autres pendant plus de 30 minutes – afin de leur permettre d’identifier les individus qui ont été en contact rapproché.

Dans le cadre de ses efforts visant à apaiser les inquiétudes concernant la vie privée, le gouvernement de Singapour a souligné à plusieurs reprises que les données concernant la Covid-19 ne seraient « jamais consultées à moins que l’utilisateur ne soit testé positif ». Les données personnelles comme le numéro d’identification unique et le numéro de téléphone portable seraient également remplacées par une identification permanente aléatoire et stockées sur un serveur sécurisé.

Le ministre des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, avait également insisté sur le fait que la déclinaison wearable de TraceTogether n’était pas un dispositif de suivi, puisqu’il ne contenait pas de puce GPS et ne pouvait pas se connecter à internet.

Le ministre a en outre indiqué que toutes les données TraceTogether seraient chiffrées et stockées pendant 25 jours maximum, après quoi elles seraient automatiquement supprimées, ajoutant que les informations seraient téléchargées vers le ministère de la Santé uniquement lorsqu’une personne est testée positive à la Covid-19, et que cela ne pourrait se faire qu’en remettant physiquement le dispositif portable au ministère.

En outre, « seule une équipe très limitée » aurait accès aux données, précisait le ministre, soulignant sa nécessité pour reconstruire la carte d’activité du patient. Toutes les règles de protection des données du secteur public s’appliqueront aux données détenues par le ministère de la Santé, ajoutait-t-il, y compris le respect des recommandations du Comité d’examen de la sécurité des données du secteur public.

Changement de ton

Cependant, le gouvernement de Singapour confirme que les forces de l’ordre locales pourront accéder aux données pour les enquêtes criminelles. En vertu du code de procédure pénale, la police de Singapour peut obtenir toutes les données, y compris les données de TraceTogether, selon le ministre de l’Intérieur, Desmond Tan. Il répondait à une question posée lundi au Parlement sur l’utilisation des données de TraceTogether pour les enquêtes criminelles, et les garanties régissant l’utilisation de ces données.

Desmond Tan précise que le gouvernement de Singapour est le « gardien » des données de contact tracing et que des « mesures strictes » ont été mises en place pour protéger les données personnelles. « Parmi ces mesures, on peut citer le fait de ne permettre qu’aux agents autorisés d’accéder aux données, d’utiliser ces données uniquement à des fins autorisées et de stocker les données sur une plateforme de données sécurisée », souligne-t-il.

Il ajoute que les agents publics qui divulguent sciemment les données sans autorisation ou qui en font un usage abusif peuvent se voir infliger une amende allant jusqu’à 5 000 dollars de Singapour ou une peine de prison allant jusqu’à deux ans, ou les deux.

A la question de savoir si l’utilisation des données par la police ignore l’engagement de confidentialité de TraceTogether, Desmond Tan répond : « nous n’excluons pas l’utilisation des données de TraceTogether dans des circonstances où la sûreté et la sécurité des citoyens sont affectées, et cela s’applique également à toutes les autres données ».

Il note que les « officiers de police autorisés » peuvent invoquer le code de procédure pénale pour accéder aux données de TraceTogether à de telles fins, ainsi que pour les enquêtes criminelles, mais que ces données ne sont sinon utilisées que pour la recherche de contacts et pour lutter contre la propagation de la Covid-19.

En fait, la police de Singapour joue un rôle clé depuis février, en aidant le ministère de la Santé dans l’identification et la localisation des personnes qui ont été en contact étroit avec des malades de la Covid-19. Les forces de l’ordre mènent des enquêtes sur le terrain et examinent les images de vidéosurveillance pour établir la localisation et les déplacements de ces personnes.

Une forte demande pour TraceTogether, une surprise

Au cours de la session parlementaire de lundi, le ministre de l’Education Lawrence Wong a expliqué que la plateforme TraceTogether continuera à jouer un rôle essentiel dans les efforts de Singapour pour contenir la propagation de la Covid-19.

Le ministre, qui copréside le groupe de travail multi-ministériel consacré à la Covid-19, affirme qu’environ 10 millions de dollars de Singapour ont été dépensés pour développer TraceTogether et SafeEntry.

Parmi les 4,2 millions de participants à TraceTogether, quelques 2 millions utilisent l’application sur leur smartphone. Selon Desmond Tan, le gouvernement ne s’attendait pas à une forte demande pour la déclinaison mobile du programme, étant donné l’accessibilité de l’application mobile. Ce qui a entraîné des retards dans la fabrication et la distribution de l’appareil portable.

L’utilisation obligatoire de TraceTogether sera mise en place une fois que tous ceux qui souhaitent s’équiper de l’appareil portable auront eu la possibilité d’en connecter un, précise Lawrence Wong.

Selon l’expert de la société ProPrivacy Ray Walsh, le fait que la police puisse accéder aux données devrait servir à rappeler pourquoi les systèmes centralisés sont préjudiciables à la vie privée.

Dans une déclaration publiée en réponse à la nouvelle, Ray Walsh expliquait que, « comme on le soupçonne, les informations de localisation recueillies dans la base de données centralisée dans le but de prévenir la propagation du virus peuvent également être exploitées par la police singapourienne – grâce à la législation existante. Cela signifie que les données de localisation des citoyens sont stockées d’une manière extrêmement préjudiciable à leur vie privée, leur liberté de mouvement et leur droit à la libre association ».

« C’est extrêmement préoccupant, étant donné que le gouvernement prévoit de rendre l’utilisation de l’application TraceTogether obligatoire pour tous les citoyens », alerte-t-il. « Les systèmes de test et de traçabilité imposés au grand public dans le but de prévenir la propagation de la pandémie n’ont pas le droit d’être utilisés pour créer un réseau de surveillance étendu, et il est extrêmement déconcertant de voir une application bientôt obligatoire être exploitée de cette manière. »

Vivian Balakrishnan a cependant déjà indiqué que dans le cas de TraceTogether, les données n’étaient pas stockées dans une base de données centralisée, mais qu’elles étaient « décentralisées et chiffrées sur les téléphones et les appareils ». Ces données ne seraient téléchargées que lorsque l’individu serait testé positif à la Covid-19, d’après le ministre singapourien.

Des préoccupations similaires concernant l’accès de la police aux données de contact tracing au Royaume-Uni ont incité le ministère de la Santé et de l’Aide sociale du pays à déclarer que ni la police ni le gouvernement ne recevraient de données de son application.

Dans un tweet d’octobre dernier, le service national de santé britannique affirmait que les données des utilisateurs de son application liée à la Covid-19 étaient anonymes et que l’application ne pouvait pas être utilisée pour localiser les utilisateurs, pour faire respecter la loi ou pour surveiller l’isolement et la distance sociale. L’application de contact tracing a enregistré plus de 18 millions de téléchargements depuis son lancement en septembre.

En France, l’application de contact tracing StopCovid a été mise à jour au profit d’une nouvelle version, sous le nom de TousAntiCovid. Celle-ci est parvenue à rassembler un total de 11 millions d’utilisateurs.

Source : ZDNet.com

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