L’empreinte de Kaboul sur le voyage d’Emmanuel Macron en Irak – Le Monde

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Emmanuel Macron visite la mosquée Al-Nouri en cours de réhabilitation à Mossoul,le 29 août 2021.

C’est là que le chef de l’organisation Etat islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, s’est autoproclamé, voici sept ans, calife des territoires conquis par le groupe terroriste. Les ruines de la mosquée Al-Nouri ont été dégagées depuis la reprise de Mossoul en 2017, mais la reconstruction de l’édifice est à peine commencée. La partie basse du minaret de brique détruit par les djihadistes lors de leur défaite est encore recouverte d’une bâche marron. Ce qui reste de la salle de prière est soutenu par des étais. Les lieux donnent une idée du travail à mener en Irak pour surmonter les heures noires du « califat » et les années de guerre ouvertes après le renversement, par les Etats-Unis et leurs alliés, du régime de Saddam Hussein.

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C’est ici qu’Emmanuel Macron a donc choisi, dimanche 29 août, au deuxième jour de son déplacement dans le pays, de mesurer le chemin parcouru depuis la défaite des djihadistes. La visite s’est cependant muée en un exercice délicat, voire un pari risqué, sur fond de débâcle occidentale sur un autre théâtre d’opération, si loin et si proche à la fois : l’Afghanistan.

Emmanuel Macron visite la mosquée Al-Nouri en cours de réhabilitation à Mossoul, le 29 août 2021.

Dans les rues du centre-ville de Mossoul, les ruines et les tas de gravats sont partout. Rares sont les boutiques qui ont levé leur rideau, tandis que le quartier est transformé en un vaste camp retranché pour cause de visite présidentielle. Le convoi accompagnant Emmanuel Macron – une vingtaine de véhicules blindés – s’est frayé un accès sous étroite surveillance des forces irakiennes et françaises. Preuve que la menace reste vive.

Appel à la cohabitation

Dans cette ville martyre, le chef de l’Etat, venu de son côté d’Erbil en hélicoptère, a d’abord visité l’église Notre-Dame de l’Heure. L’édifice catholique est moins ravagé que la Grande Mosquée, toute proche, mais porte encore les stigmates du « califat » : l’organisation avait transformé les lieux en tribunal. Elle en utilisait les caves pour exécuter, par pendaison entre autres, les victimes de son expéditive justice. « Trois cordes ont encore été retrouvées ces derniers jours », constate le frère Olivier Poquillon, un dominicain revenu en 2019, afin d’accompagner le chantier de restauration mené, comme celui de la mosquée Al-Nouri, sous l’égide de l’Unesco, grâce aux dons des Emirats arabes unis. « Nous relevons les pierres pour rebâtir la confiance », dit le moine habillé de blanc.

Emmanuel Macron à l'église Notre-Dame de l'Heure en cours de réhabilitation à Mossoul, le 29 août 2021.

Dans l’esprit de M. Macron, ce geste de soutien aux chrétiens irakiens, dont très peu sont revenus dans la ville, va bien au-delà de cette seule communauté. Tard la veille, avant même la mosquée sunnite de Mossoul, il avait visité à Bagdad, avec le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, un sanctuaire chiite, une communauté dont l’influence n’a cessé de grandir dans le pays avec le soutien de l’Iran. M. Macron s’est entretenu aussi avec Nadia Murad, Prix Nobel de la paix d’origine yézidie persécutée par l’EI. A Erbil, enfin, hommage a été rendu aux combattants kurdes et à leurs dirigeants, dont l’ex-président du Kurdistan et figure tutélaire Massoud Barzani.

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