Légion d’honneur du 1er janvier 2021 : bravo la «promotion Covid» ! – Le Parisien

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De tous les promus de la Légion d’honneur, en ce 1er janvier 2021, on ne retiendra peut-être que le chanteur Michel Sardou, l’artiste lyrique Roberto Alagna, le photographe Yann Arthus-Bertrand, l’économiste nobélisée Esther Duflo, et quelques autres noms déjà célèbres. Pourtant, l’essentiel des rubans et autres rosettes décernés seront bientôt épinglés sur des blouses blanches. Et plus largement, au veston de centaines de Français anonymes ayant bataillé sur le front du Covid-19.

Médecin, infirmier, directeur d’hôpital, chercheur, responsable d’Ehpad, pilote d’hélicoptère de la Sécurité civile, enseignant ou encore chef d’entreprise… 63 % des 3884 promus du jour (ordre national du Mérite et Légion d’honneur) l’ont été pour leur dévouement lors de la crise sanitaire. Dans leur domaine, tous et toutes — parité respectée — ont fait preuve d’un « engagement particulier » dans la lutte contre l’épidémie, « le plus souvent dans l’ombre ». « La nation montre qu’elle leur est reconnaissante », confie au Parisien le général Benoît Puga, le grand chancelier de la Légion d’honneur.

Alors qu’une nouvelle flambée virale menace la France, cette « promotion Covid » a été voulue par Emmanuel Macron, comme pour illustrer cet appel aux Français lancé le 28 octobre dernier à la veille du second confinement : « La réussite dépend du civisme de chacune et chacun d’entre nous ». Jeudi soir, lors de ses vœux, il a, dans le même esprit cité Marie-Corentine, Jean-Luc, Rosalie ou Lucas pour leur dévouement lors de la crise sanitaire : « Tous ces prénoms, ces visages, sont ceux de l’espérance, ils ont tenu notre pays dans l’épreuve », a salué Macron, qu’on dit très sensible aux figures de l’héroïsme sous toutes ses formes.

«Une émotion républicaine…»

Parmi tous ces promus, peut-être reconnaîtrez-vous le nom de Karine Lacombe, faite chevalier de la Légion d’honneur. C’est dans un chalet de sa Haute-Savoie natale, loué avec ses amis d’enfance, que cette infectiologue de 50 ans a appris la nouvelle… par les médias.

« Je suis en plein brouillard de montagne, mais heureuse de partager cette reconnaissance avec tous ceux qui m’ont accompagnée cette année, souvent dans l’ombre. Une décoration comme celle-ci n’est jamais l’œuvre d’une seule personne, mais toujours la récompense d’une action collective », réagit cette experte du VIH et de la tuberculose, à la tête du service Infectiologie de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, où elle manage une équipe de cent personnes. Pendant la crise sanitaire, elle avait notamment croisé le fer avec le très médiatique Pr Raoult, lui-même décoré de la Légion d’honneur en 2010, rang de chevalier puis l’année suivante comme officier.

Pierre Gouabault, 38 ans, a été prévenu ce vendredi matin par un ami qu’il devenait lui aussi chancelier. Quand le Parisien l’a joint quelques heures plus tard, ce directeur de trois Ehpad dans le Loir-et-Cher, en était encore tout retourné. « Une émotion républicaine… Oui, je suis fier de ce qu’on a accompli collectivement pour nos résidents et leur famille. Cela a été très dur, mais nous n’avons pas été pris en otage par cette pandémie. Nous l’avons dépassée en inventant de nouvelles façons d’être fraternels. Il a fallu que nos maisons soient foudroyées par cette crise pour qu’on comprenne la nécessité de réenchanter les solidarités. » Fier oui, mais épuisé par deux saisons en Covid, et accaparé par l’organisation de la vaccination qui démarre ce mardi dans l’un de ses Ehpad.

« Je suis fier de ce qu’on a accompli collectivement pour nos résidents et leur famille », confie Pierre Gouabault, directeur de trois Ehpad dans le Loir-et-Cher./DR
« Je suis fier de ce qu’on a accompli collectivement pour nos résidents et leur famille », confie Pierre Gouabault, directeur de trois Ehpad dans le Loir-et-Cher./DR  

Safiya Kocaaga, 50 ans, est agent d’entretien au Centre hospitalier de Guéret (Creuse). Mais ce sont ses talents de couturière qui lui ont valu l’ordre national du Mérite. Face à la pénurie de surblouses au printemps pour les soignants, elle a organisé un petit atelier et confectionné avec une collègue des centaines de blouses, en rafistolant des chemises d’opération avec des bouts de drap pour allonger les manches et les faire adhérer aux gants de protection.

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« J’ai un CAP de couture, ça aide », sourit cette maman de trois enfants, d’origine turque. Sitôt posés ses chiffons et balais, elle se postait derrière sa machine à coudre, ramenée de la maison, et ne comptait plus ses heures. « J’ai adoré me rendre utile parce que c’était très dur à l’hôpital en mars avril. J’ai fait ça pour mes collègues, pour que les soignants ne chopent pas le Covid, pas pour la médaille ! »

Leurs trois dossiers et des centaines d’autres, le général Puga les a attentivement lus, comme autant de destins rattrapés par la crise sanitaire. « Beaucoup ont fait un travail exceptionnel. Le plus bluffant, c’est tous ceux qui ont œuvré sur le front sanitaire alors que ce n’est pas leur profession, salue le grand chancelier de la Légion d’honneur. Ça se vérifie encore une fois, c’est dans l’adversité, quand ça barde, que les Français peuvent se montrer le plus géniaux, inventifs, débrouillards et solidaires. Cette promotion en est incontestablement le reflet ! »

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