Le terroriste de Nice semble être venu en France pour tuer – Le Journal du dimanche

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Brahim Issaoui semble bien être venu en France pour commettre un attentat. Trois jours après l’attaque au couteau qui a coûté la vie à trois personnes dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, c’est l’hypothèse la plus sérieuse aux yeux des enquêteurs de la police judiciaire et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Selon plusieurs sources, un détail chronologique conforte ce scénario, démontrant la détermination de l’assaillant : il s’est écoulé très peu de temps (quarante-huit heures au plus) entre l’arrivée sur le sol français de ce Tunisien de 21 ans et son passage à l’acte, comme si l’attaque était son unique objectif.

Selon les images des caméras de vidéoprotection, le terroriste semble avoir effectué des repérages aux alentours de l’église plusieurs heures avant l’attentat. Il aurait tourné dans trois rues autour de l’édifice puis passé la nuit dans les parties communes d’un immeuble voisin. A-t-il reçu l’aide de complices? Deux des trois personnes qui avaient été placées en garde à vue ont été mises hors de cause samedi soir. Elles auraient fourni des explications précises et suffisamment convaincantes sur leur rencontre avec le terroriste, attestée par les images de vidéosurveillance. Le récit du troisième homme était encore en cours de vérification dans la soirée. Un quatrième homme a été interpellé samedi à Grasse (Alpes-Maritimes).

L’interrogatoire de l’auteur du triple assassinat de Nice est suspendu à son état de santé. Atteint de 8 balles lors de son arrestation, il est encore hospitalisé et ne sera pas en état d’être questionné avant plusieurs jours. Dans les bribes d’explications qu’il avait pu fournir jeudi, il avait seulement revendiqué sans équivoque son attaque. Le parcours de ce jeune homme issu d’une famille nombreuse résidant à Sfax, au sud de Tunis, et qui ne parle pas le français est peu à peu reconstitué par les enquêteurs. Issaoui aurait quitté son pays à bord d’une embarcation de fortune en compagnie d’une dizaine d’autres jeunes gens désireux de gagner l’Europe. Selon son frère aîné et sa mère, interrogés depuis son crime par plusieurs journaux et chaînes de télévision, il se prétendait en quête d’un meilleur travail que l’emploi de mécanicien pour motos qu’il exerçait en Tunisie.

Le calendrier actuel alimente les inquiétudes

Les policiers cherchent désormais à localiser ses compagnons de voyage afin de recueillir leurs témoignages. Pendant son séjour en Italie, Issaoui aurait occupé divers petits emplois clandestins. Les conditions de son passage en France et les éventuels concours reçus pour franchir la frontière restent à établir.

A aucun moment de son périple Brahim Issaoui ne semble avoir attiré l’attention des services de renseignement. Moins de deux semaines après l’assassinat sauvage du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), l’attentat de Nice a encore accentué la pression sur le gouvernement, confronté à trois attaques en quatre semaines. Une telle intensité dans la menace n’avait pas été enregistrée depuis 2016, quand trois attentats avaient eu lieu en six semaines. Samedi, à Lyon, un prêtre orthodoxe a été la cible de deux tirs. Mais le parquet antiterroriste ne s’est finalement pas saisi, laissant penser à un crime crapuleux. Le calendrier alimente en outre les inquiétudes, confiait au JDD une source haut placée : la rentrée scolaire lundi, la fête juive de Hanoukka et la fin du procès des attentats de janvier 2015 à la mi-novembre sont autant de moments susceptibles d’intéresser des fanatiques à la recherche de cibles et de symboles.

Des conseils de défense hebdomadaires consacrés au terrorisme

Les mesures de sécurité ont donc été renforcées. Le plan Vigipirate a été porté à son niveau le plus élevé, “urgence attentat”. Sept mille soldats, contre 3.000 jusqu’alors, ont été mobilisés dans le cadre de l’opération Sentinelle. Ils seront mis à la disposition des préfets, qui pourront les mobiliser pour des opérations de surveillance et de protection. S’y ajoutent 3.500 gendarmes mobiles et CRS et 3.500 réservistes qui seront notamment chargés de surveiller des lieux de culte et des écoles. Un accent particulier a été mis sur les établissements scolaires et les postes diplomatiques à l’étranger, après les manifestations qui se sont tenues dans plusieurs pays arabes et les injures lancées contre la France et Emmanuel Macron.

Au lendemain de la mort de Samuel Paty, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait annoncé l’expulsion à venir de 231 personnes fichées S en situation irrégulière ; à ce jour, 14 ont été conduites hors de France et 18 ont été placées dans des centres de rétention administrative, dans l’attente d’une décision. Le mouvement devrait être accéléré grâce aux efforts diplomatiques auprès des pays dont ces individus sont originaires – notamment le Maroc et l’Algérie.

Signe de l’inquiétude au sommet de l’Etat : les conseils de défense consacrés au terrorisme deviennent hebdomadaires. “Le Président souhaite qu’ils soient très opérationnels au vu de la situation, explique Laurent Nunez, coordonnateur du renseignement à l’Elysée. Nous examinons l’état de la menace, fixons les objectifs en matière de prévention aux services de renseignement et travaillons au renforcement de la sécurisation des Français.” Le gouvernement doit à la fois rassurer la population et apaiser les oppositions. Dans une lettre adressée vendredi à Emmanuel Macron, le député (LR) Eric Ciotti demande qu’à l’état d’urgence sanitaire s’ajoute l’état d’urgence terroriste.

Une arrestation en Moselle

Il n’a que 15 ans, mais son projet d’attentat avait l’air sérieux. Un adolescent a été interpellé par la police il y a quelques jours en Moselle, dans l’est de la France, en raison de son profil jugé “extrêmement inquiétant”. Ce sont des conversations téléphoniques avec des djihadistes d’autres pays européens qui ont attiré l’attention sur lui de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), chef de file de la lutte antiterroriste. Il aurait évoqué dans ces échanges son envie de passer à l’action. En dépit de son jeune âge, il a été incarcéré mardi dernier. Les services de renseignement portent une attention d’autant plus particulière à ce type de suspects après l’assassinat de Samuel Paty, le professeur d’histoire tué le 16 octobre à la sortie de son collège par Abdoullakh Anzorov, un Tchétchène de 18 ans.

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