Le Royaume-Uni largue définitivement les amarres européennes – Le Monde

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Le 31 janvier 2020, le drapeau de l’Union européenne flotte à côté du drapeau de Gibraltar et de celui du Royaume-Uni, à Gibraltar.

Après un demi-siècle d’intégration européenne et quatre ans et demi d’une saga du Brexit riche en rebondissements, les Britanniques s’apprêtent à larguer définitivement les amarres de l’Union européenne (UE), jeudi 31 décembre, pour ouvrir une nouvelle page de leur histoire dans un contexte de crise profonde.

Les gongs de Big Ben résonneront à 23 heures à Londres, minuit à Paris. Le Brexit deviendra alors réalité pour le Royaume-Uni, sorti officiellement de l’UE le 31 janvier mais ayant bénéficié d’une période transitoire pour amortir le choc.

« La destinée de ce grand pays réside à présent fermement entre nos mains », s’est réjoui le premier ministre, Boris Johnson, grand artisan de cette sortie, après la ratification express mercredi par le Parlement britannique de l’accord de libre-échange signé le jour même avec l’UE.

Fin de la libre circulation

A Douvres (sud-est), dont le port est en première ligne des échanges commerciaux avec l’UE, des habitants sont partagés entre espoir d’une nouvelle ère de prospérité et crainte de perturbations, comme les récentes files monstres de camions dans la zone.

L’accord commercial conclu in extremis évite une rupture trop abrupte et ses conséquences potentiellement dévastatrices pour l’économie, mais la libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière prendra fin – sauf pour les personnes se déplaçant entre l’Espagne et l’enclave britannique de Gibraltar, en vertu d’un accord conclu jeudi.

Exportateurs et importateurs seront confrontés à de nouvelles formalités et les marchandises risquent d’être ralenties aux frontières par des contrôles. Les entreprises de la finance, secteur majeur à Londres, perdront leur droit automatique d’offrir leurs services dans l’UE. Et les universités britanniques ne seront plus éligibles au programme d’échanges Erasmus.

Jour « triste »

Depuis le référendum du 23 juin 2016, remporté à 51,9 % par le « leave », il aura fallu trois premiers ministres, des heures de houleux débats parlementaires nocturnes à Westminster et trois reports pour que le Royaume-Uni coupe vraiment les ponts.

A l’image de ce processus douloureux, ce n’est que la veille de Noël que les laborieuses négociations ont fini par aboutir à un accord commercial de 1 246 pages, ne laissant que quelques jours pour le mettre en œuvre.

S’il a été adopté mercredi par le Parlement britannique, les eurodéputés ne se prononceront qu’au premier trimestre 2021, et le texte ne s’applique que de manière provisoire d’ici là.

Lire aussi : Ce que contient l’accord conclu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne

« Un pays quitte l’UE pour la première fois après plus de quarante-cinq ans de vie commune (…), mais il faut se porter vers l’avenir », malgré ce jour « triste », a commenté sur la chaîne LCI le secrétaire d’Etat aux affaires européennes français, Clément Beaune.

Au grand soulagement de pans entiers d’économies très connectées, l’UE offre au Royaume-Uni un accès sans droits de douane ni quotas à son marché de 450 millions de consommateurs. Mais il prévoit, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non-respect de ses règles en matière d’aides d’Etat, d’environnement, de droit du travail et de fiscalité.

Concernant la pêche, sujet difficile jusqu’aux dernières heures, l’accord prévoit une période de transition jusqu’en juin 2026, à l’issue de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement renoncé à 25 % de leurs prises. Un résultat qui a profondément déçu les pêcheurs britanniques, fers de lance du Brexit, qui espéraient plus des promesses de souveraineté retrouvée martelées par M. Johnson.

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Rassembler un pays déchiré

Malgré ses critiques envers un accord commercial qu’il juge insuffisant, Keir Starmer, le chef de l’opposition travailliste, s’est voulu optimiste : « Nos meilleures années restent à venir. »

C’est donc une victoire pour M. Johnson, triomphant dans les urnes sur la promesse de rendre effectif le Brexit mais depuis mis en difficulté par la pandémie de Covid-19, avec des hôpitaux au bord de la rupture, une flambée des contaminations et une grande partie de la population reconfinée, plongeant le pays dans sa pire crise en trois cents ans.

Au-delà de la pandémie, les défis sont considérables pour le gouvernement de M. Johnson, qui a promis de donner au Royaume-Uni une nouvelle place dans le monde, résumée par le slogan « Global Britain ». Il s’apprête cependant à perdre un allié de poids avec le départ de Donald Trump, fervent partisan du Brexit, remplacé à la Maison Blanche par le démocrate Joe Biden, plus europhile.

A l’intérieur, il doit rassembler des Britanniques qui se sont déchirés sur le Brexit, au point de voir l’unité du pays se fissurer, l’Irlande du Nord et l’Ecosse ayant voté en majorité contre la sortie de l’UE.

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Le Monde avec AFP

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