Le prix Nobel de la paix décerné au Programme alimentaire mondial des Nations unies – Le Monde

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Des villageois récupèrent de l’aide alimentaire envoyée par le Programme alimentaire mondial, en février 2020 au Soudan du Sud.

Le prix Nobel de la paix a été décerné, vendredi 9 octobre, au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. Le PAM est récompensé pour « ses efforts de lutte contre la faim, pour sa contribution à l’amélioration des conditions de paix dans les zones touchées par les conflits et pour avoir joué un rôle moteur dans les efforts visant à empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre », a déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen.

L’ONU distinguée pour la douzième fois

Un porte-parole de l’ONU a fait part d’un « moment de fierté ». Le Programme alimentaire mondial (PAM) est « très honoré » d’avoir reçu le prix Nobel de la paix vendredi, a déclaré son directeur exécutif, l’Américain David Beasley : « C’est une formidable reconnaissance de l’engagement de la famille PAM qui œuvre chaque jour à éradiquer la faim dans plus de 80 pays. » « Je suis sans voix pour la première fois de ma vie », a-t-il ajouté dans une vidéo où il rend hommage aux 17 000 employés du PAM. « Ils sont sur le terrain, dans les zones les plus difficiles, les plus complexes de la planète, que ce soit à cause de la guerre, des conflits, des conditions climatiques extrêmes, peu importe, ils sont sur le terrain et ils méritent cette récompense », a souligné M. Beasley.

C’est la douzième fois que le prix de la paix consacre les Nations unies, une de ses agences ou une personnalité qui y est liée. Le comité Nobel norvégien a fait valoir que le besoin de solutions multilatérales était « plus visible que jamais ». Le prix, qui consiste en une médaille d’or, un diplôme et une somme de 10 millions de couronnes suédoises (près de 950 000 euros), sera formellement remis le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, l’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel (1833-1896).

Crise du Covid-19 oblige, la présidente du comité Nobel norvégien, Mme Berit Reiss-Andersen, a révélé le nom du lauréat dans la grande salle de l’Institut Nobel à Oslo, devant une assistance très clairsemée.

Le PAM a nourri des dizaines de millions de personnes

Du Yémen à la Corée du Nord, le PAM des Nations unies a nourri des dizaines de millions de personnes dans un monde où la faim, redoutable « arme de guerre », devrait encore progresser du fait du Covid-19.

Opérant aussi bien par hélicoptère qu’à dos d’éléphant ou de chameau, le PAM se présente comme « la plus grande organisation humanitaire », une nécessité puisque, selon ses estimations, 690 millions de personnes – une sur 11 – souffraient de sous-alimentation chronique en 2019. Et sans doute davantage cette année à cause de la pandémie.

Fondé en 1961, son siège étant établi à Rome et financé intégralement par des contributions volontaires, le PAM dit avoir distribué 15 milliards de rations et assisté 97 millions de personnes dans 88 pays l’an dernier.

Un chiffre vertigineux, mais qui ne représente qu’une fraction du besoin total. Malgré les progrès enregistrés au cours des trois dernières décennies, l’objectif établi par l’ONU d’éradiquer la faim d’ici à 2030 semble hors d’atteinte si les tendances actuelles se poursuivent, selon les experts.

« Le seul moyen d’en terminer avec la faim, c’est de mettre fin aux conflits »

Par définition ennemie déclarée du Nobel de la paix, la guerre peut être à la fois la cause et la conséquence de la faim : les populations vivant dans des pays touchés par des conflits sont nettement plus susceptibles d’être sous-alimentées, selon l’organisation. « Il n’y a pas 1 000 façons de procéder », déclarait le directeur général du PAM, l’Américain David Beasley, le 21 septembre. « Le seul moyen d’en terminer avec la faim, c’est de mettre fin aux conflits. » Le Yémen en fournit une preuve tragique. Tant les Nations unies que les ONG alertent sur les conséquences désastreuses du conflit qui oppose depuis 2015 le gouvernement, appuyé par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, et les rebelles houthis, soutenus par l’Iran.

Les combats ont fait des dizaines de milliers de morts – pour la plupart des civils, selon les ONG –, déplacé trois millions de personnes, et poussé le pays au bord de la famine. Deux tiers des 30 millions d’habitants « ne savent pas de quoi sera fait leur prochain repas », selon le PAM.

L’horizon pour la planète s’est encore assombri cette année avec le choc sanitaire et économique causé par la pandémie de Covid-19, qui cause des pertes de revenus en cascade, renchérit les aliments et perturbe les chaînes d’approvisionnement. « Nous pourrions être confrontés à de multiples famines de proportions bibliques en quelques mois », prévenait David Beasley dès avril. La récession mondiale due au virus risque de pousser vers la faim entre 83 millions et 132 millions de personnes supplémentaires, estimait l’ONU dans un rapport publié à la mi-juillet.

« Le Programme alimentaire mondial aurait été un lauréat légitime sans la pandémie, mais la pandémie et ses conséquences renforcent absolument les raisons de l’attribution de ce prix », a justifié Mme Reiss-Andersen. Face aux tentations de replis nationalistes, la présidente du comité Nobel, arrivée en béquilles à cause d’une fracture de la jambe, a souligné l’importance de trouver des « solutions multilatérales pour combattre les défis mondiaux ».

Le Monde

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