Le premier échange de Biden avec un dirigeant étranger sera avec Trudeau, sur un sujet qui fâche… – Le Parisien

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Quelques heures seulement après sa prise de fonction, Joe Biden a signé une série de décrets dont l’un portant sur le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat mais aussi un autre, une promesse de campagne, avec l’arrêt de la construction de l’oléoduc de Keystone entre les Etats-Unis et le Canada.

Son premier entretien téléphonique avec un dirigeant étranger en l’occurrence Justin Trudeau, le Premier ministre risque donc d’être un peu tendu. En effet, ce projet de 7,5 milliards d’euros est soutenu par Ottawa.

Les deux dirigeants « vont très certainement discuter des relations très importantes » entre les Etats-Unis et le Canada ainsi que « de sa décision sur l’oléoduc Keystone », a reconnu Jen Psaki, la porte-parole de la Maison Blanche.

Un projet relancé par Donald Trump

Depuis l’origine, ce projet de pipeline lancé en 2008 entre les Etats-Unis et le Canada a été critiqué par les écologistes et des amérindiens. Il avait été annulé une première fois par Barack Obama pour des raisons environnementales puis remis sur les rails par Donald Trump pour des raisons économiques…

Après peine avait-il félicité le nouveau président des Etats-Unis que Justin Trudeau s’est dit « déçu » par cette décision. « Nous saluons l’engagement du président à lutter contre les changements climatiques, mais nous sommes déçus par sa décision à l’égard du projet Keystone XL », a expliqué Justin Trudeau en ajoutant : « nous reconnaissons toutefois la décision du président de tenir la promesse qu’il avait fait en campagne électorale. »

Le groupe canadien TC Energy, qui construit Keystone, a de son côté annoncé la suspension des travaux quelques heures avant la signature du décret par Joe Biden.

Selon ce groupe basé à Calgary, dans l’Ouest canadien, la décision du nouveau président américain va entraîner « le licenciement de milliers de travailleurs syndiqués. »

« Ce n’est pas comme ça qu’on traite son ami et allié »

Le Canada possède les troisièmes réserves prouvées du monde, principalement contenues dans des sables bitumineux de l’ouest dont l’exploitation est critiquée pour son impact environnemental. Mais Justin Trudeau, sous pression de l’opposition conservatrice mais surtout de la province pétrolière de l’Alberta en difficulté en raison de la chute des cours de l’or noir a apporté son soutien.

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Le Canada est « le premier fournisseur d’énergie des Etats-Unis, a-t-il rappelé. À ce titre, nous contribuons à la sécurité énergétique et à la compétitivité économique des États-Unis et nous soutenons des milliers d’emplois des deux côtés de la frontière. » Encore plus en colère le Premier ministre de l’Alberta (ouest) Jason Kenney a immédiatement dénoncé une décision « profondément inquiétante » en ajoutant : « ce n’est pas comme ça qu’on traite son ami et allié. »

Cet oléoduc devait permettre d’acheminer dès 2023 plus de 800 000 barils de pétrole par jour entre la province canadienne d’Alberta et les raffineries américaines du golfe du Mexique. TC Energy avait repris l’an dernier les travaux de construction sur la portion nord de l’oléoduc, longue de 1 947 km, entre la frontière canadienne et l’Etat du Nebraska. Les travaux sur la portion sud vers le Texas étant déjà terminés.

Un plan de 2 000 milliards pour le climat

En attendant, Joe Biden semble déterminé pour lutter contre le changement climatique. « Nous allons combattre le changement climatique comme nous ne l’avons jamais fait jusqu’ici », a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale. Nommé émissaire spécial pour le climat, John Kerry a estimé que le retour des Etats-Unis dans cet accord « restaurait la crédibilité de l’Amérique », mais n’était qu’un point de départ. « C’est l’heure de se mettre au travail », a-t-il tweeté. Une détermination saluée par de nombreux dirigeants de la planète et en particulier par Emmanuel Macron.

Pour cela, Joe Biden prévoit de réunir les dirigeants des nations les plus polluantes pour un sommet où il entend convaincre ces pays de revoir à la hausse leurs engagements.

La nouvelle administration prévoit aussi d’imposer des limites strictes en matière de méthane pour les nouvelles infrastructures pétrolières et gazières a indiqué à Vox, un porte-parole de l’équipe de transition du président élu, Jamal Brown. Et il est probable que Joe Biden va à court terme rétablir la série de réglementations environnementales qui avaient été annulées par Donald Trump comme notamment sur les normes d’émissions des voitures ou encore avec la protection de 30 % des terres et des eaux américaines d’ici 2030.

Le président démocrate présentera au Congrès le mois prochain son plan de 2 000 milliards de dollars pour le climat, censé placer durablement les mesures vertes au cœur de l’économie américaine. Au cours de sa campagne, il avait promis de « faire face à la crise climatique, de construire une économie basée sur l’énergie propre, de s’attaquer à l’injustice environnementale et de créer des millions d’emplois syndicaux bien rémunérés ». Ces mesures sont très similaires au « Green new deal » préconisé par la frange progressiste du parti démocrate.

Sauf que dans ce domaine, la partie est loin d’être jouée d’avance. Le parti démocrate ne dispose pas d’un contrôle suffisant au Sénat et pour faire passer certains projets le défi sera de rallier des républicains qui à l’image de Donald Trump soutiennent les énergies fossiles et l’économie de cette filière. Et dans ce domaine, si Joe Biden veut rassembler l’Amérique, il va falloir qu’il avance à pas de velours.

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