Le piège de la loi sur la sécurité globale se referme sur Macron – Le Figaro

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La gauche veut le retrait du texte. La majorité reste divisée sur l’article 24. Ce lundi, Gérald Darmanin devrait le défendre devant la commission des lois.

Dans une impasse, la meilleure solution est parfois la marche arrière. Expert en la matière, François Hollande s’est chargé dimanche de recommander la manœuvre à Emmanuel Macron pour la proposition de loi sur la «sécurité globale». Dans le prolongement des manifestations de samedi partout en France, la revendication ne porte donc plus sur le seul article 24, celui qui pénalise la diffusion malveillante de l’image des forces de l’ordre, mais sur l’ensemble du texte.

«Le débat a été mal engagé, sa traduction législative a été aussi inappropriée qu’inopportune», résume l’ancien président socialiste dans un entretien à La Montagne. Mauvais signe pour l’exécutif, c’est toute la gauche qui fait bloc sur le sujet, de François Hollande à l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon en passant par le socialiste Olivier Faure, le communiste Fabien Roussel et l’écologiste Yannick Jadot. À droite, où l’on soutenait plutôt le texte, on ne se fait plus d’illusions sur son avenir, à commencer par l’article 24«déjà enterré par le gouvernement» selon Xavier Bertrand. Au sein même de la majorité, on évoque d’ailleurs l’hypothèse.

«Je ne suis fermée à rien, a résumé dimanche la présidente LREM de la commission des lois à l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet. Il nous est arrivé de modifier, supprimer des articles.» Une perspective que l’on rejette Place Beauvau. «Le retrait de l’article 24 n’est pas à l’ordre du jour, assure un proche du ministre de l’Intérieur. Il n’est pas question de l’enlever à ce stade.» Gérald Darmanin le défendra lundi devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, qui l’auditionne après le pataquès institutionnel de la fin de la semaine dernière.

Fureur dans la majorité

Affaiblis par la diffusion de la vidéo d’un tabassage du producteur de musique Michel Zecler par quatre policiers, la proposition de loi sur la sécurité globale et son article 24 ont également subi la maladresse de l’exécutif. Pour tenter de sortir de l’impasse, le premier ministre a proposé la mise en place d’une commission pour réécrire l’article 24. L’initiative a provoqué la fureur des députés de la majorité, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand et celui de Sénat Gérard Larcher allant jusqu’à écrire à Jean Castex pour lui rappeler que l’écriture de la loi ne relevait que du Parlement. Malgré ces fortes turbulences, l’exécutif tente de maintenir la proposition de loi sur les rails.

Je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations

Emmanuel Macron, sur son compte Facebook

«Nous avons encore des mois de travail devant nous. Ensuite, le Conseil constitutionnel sera saisi, a expliqué dans le JDD le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau. Toutes les garanties sont prises pour un débat apaisé.» Voilà pour les déclarations d’intention. Mais en coulisses, l’exécutif a cherché la porte de sortie tout le week-end.

Emmanuel Macron avait balisé le terrain dès vendredi soir en publiant un texte sur son compte Facebook pour s’indigner des images de violences policières. «Je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations», avait écrit le président de la République. Auparavant, l’Élysée avait téléphoné à Michel Zecler pour prendre de ses nouvelles et lui assurer que ce qu’il avait vécu était «une honte».

C’est dans ce cadre que, selon nos informations, le premier ministre a convoqué dimanche en milieu d’après-midi une réunion politique, à Matignon. Autour de Jean Castex, plusieurs cadres du mouvement présidentiel LREM étaient conviés, parmi lesquels Stanislas Guerini, délégué général, Stéphane Séjourné, eurodéputé et conseiller du président de la République, et Roland Lescure, porte-parole et président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale. Les responsables politiques ont évoqué «les pistes de travail pour répondre à la commande» du chef de l’État sur les violences policières et «le périmètre de la commission Burguburu».

Pour l’heure, pas question de reculer face à l’offensive de la gauche. D’autant que la droite et l’extrême droite attendent en embuscade, prêtes à intenter un procès en laxisme au chef de l’État au moindre signe de reculade. Tout le problème des impasses.

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