Le navire sans équipage de SeaOwl largue les amarres

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Le navire sans équipage de SeaOwl largue les amarres

L’opérateur français de services maritimes et offshore, SeaOwl, a fait hier devant la presse la « démonstration de faisabilité » de son système de navire télé-opéré par satellite, vidé de son équipage et sans capitaine. Nom de code ? ROSS, pour “Remotely operated Services at Sea”. Cette innovation consiste à opérer à distance des missions sous-marines, essentiellement pour les installations offshores en haute mer.

Quatre ans de recherche et développement plus tard, SeaOwl a mis sur pied le PoC du premier navire français télé-opéré par satellite. « C’est une première mondiale ! La maîtrise des mers est un jeu éminemment stratégique », s’est enthousiasmé le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Cédric O, présent à Polytechnique pour la démonstration du premier trajet du VN Rebel au port de Toulon. Preuve en est que l’IT maritime sort la tête hors de l’eau, Xavier Genin, PDG de SeaOwl, soutient l’émergence d’un « Windows du maritime » dans un secteur « encore un peu archaïque », admet-il.

 

Le ministre assiste à la démonstration depuis le poste de pilotage. Crédit photo : Jérôme Chauvelot.

D’un coût total de 13 millions d’euros, dont 4 déjà engagés, le projet est soutenu à hauteur de 2 millions d’euros, en subventions et avances remboursables en cas de succès commerciaux. Outre le soutien financier apporté lors de la phase de R & D, l’Etat et SeaOwl se sont aussi entendus sur le volet réglementaire. Le groupe Seaowl recevra aujourd’hui même son permis de navigation des mains de la ministre de la Mer, Annick Girardin. Plus symbolique qu’autre chose pour le moment, cette autorisation officielle marque la première étape vers un déploiement commercial du projet ROSS.

Le navire pourra également déployer sur demande un robot télé-opéré (ROV) chargé des missions d’inspection, de réparation et de maintenance (IMR) des installations sous-marines pétrolières et gazières.

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Pas d’automatisation complète

Ce point d’étape, c’est avant tout l’occasion de « valider techniquement et règlementairement la possibilité de télé-opérer un navire à grande distance, d’une région du monde à une autre, par un officier de marine marchande », expliquent les porteurs de projet.

Xavier Genin, PDG de SeaOwl, insiste sur la distinction entre un navire autonome et télé-opéré. Le projet ROSS n’est pas un drone à proprement parler, car il n’est pas équipé d’un système pointu d’intelligence embarquée lui permettant de conduire seul une mission préprogrammée, et n’est pas non plus à 100 % autonome. « Même si l’équipage est à terre, il garde le même niveau de responsabilité qu’à bord », précise le président. L’équipe doit donc anticiper tous les cas de figure possibles.

Le VN Rebel, long de 80 mètres et utilisé pour la démonstration en conditions réelles, a effectué ce jeudi matin un tour dans la rade toulonnaise, télécommandé à 800 kilomètres de là, depuis le plateau de Polytechnique. Le commandant de bord, installé sous une bulle géante immersive et entouré de huit écrans, manettes et radar, confie avoir surpassé ses appréhensions. « On fonctionne exactement de la même façon qu’à bord. Je ne ressens pas vraiment de latence », témoigne-t-il. Et en effet, avec huit caméras et trois antennes satellites rivées sur le navire, il n’y a aucun point mort, nous garantit l’un des membres.

Crédit photo : Jérôme Chauvelot.

Ce n’est pas une croisière tranquille à laquelle les spectateurs assistent. Le clou du spectacle repose sur la démonstration du “failsafe”, le test qui dépeint le scénario catastrophe, à savoir la coupure du lien satellite. Une telle situation, si elle devait se produire en mer, entraînerait une perte de contrôle des commandes du navire. Sang-froid oblige, le commandant de bord en a fait la démonstration, hier, en fin de session.

Au poste de pilotage, soudain, la vidéo se coupe. Le navire ralentit progressivement sa course et se stabilise dans son “triangle de sécurité”. Le bruit de la corne de brume retentit, pour signaler que le bateau est en incapacité de manœuvrer. Le drone prend le relai et survole le navire pour maintenir le contact visuel. La vitesse diminue encore, puis le bateau commence à s’orienter face au vent.

Ce n’est malheureusement pas le seul risque auquel le navire est soumis. La cybermenace est toute aussi forte, reconnaît Xavier Genin. Le risque cyber est « pris à bras le corps » sous la surveillance, notamment, du CTO très engagé sur ces sujets, indique-t-il à ZDNet. Il précise que la société a fait le nécessaire sur ses softwares en interne, sans recourir à un blindage externe.

Business model d’avenir

Pour concurrencer les grandes puissances mondiales maritimes, l’entreprise devra s’atteler à définir son business model sur des projets précis. Si cela fonctionne, alors SeaOwl mettra en œuvre des levées de fonds et démarrera la construction des futurs navires autonomes.

SeaOwl, qui revendique un chiffre d’affaires annuel de 100 millions d’euros en 2020 (stable par rapport à 2019), a entamé sa transformation digitale en 2015, sous la pression des acteurs du secteur en quête d’une amélioration de la chaîne logistique. De là est née l’idée de concevoir un navire sans équipage, avec des technologies de téléopération et d’automatisation telles qu’elles ouvrent la voie à de nouveaux services maritimes (renforcement des capacités de surveillance, désenclavement des zones isolées, etc.)

Xavier Genin confirme que de tels navires autonomes engendreront des économies certaines, en se dispensant du coût d’affrètement des gros navires de services offshore et de leurs équipages pour les opérations subsea, sur les champs d’Afrique de l’Ouest. La prise de risque humaine dans les zones sensibles sera mécaniquement aussi moindre.

Selon le PDG de SeaOwl, en se basant sur les coûts d’intervention d’un robot sous-marin (ROV), le recours à un navire télé-opéré permettrait d’économiser « 20 à 30 % » sur la mission. Il estime qu’en moyenne, le coût de construction d’un navire de 30 mètres pourrait atteindre 10 millions d’euros. « Tout l’investissement est dans le software », insiste-t-il.

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