Le mastodonte de la fintech chinoise, Ant Group, reçoit les « conseils » des autorités

Spread the love
  • Yum

Après avoir lâché son rôle de PDG dans son entreprise Alibaba, le milliardaire et représentant de la Chine libérale Jack Ma est devenu le patron de sa filiale opérant dans la fintech, Ant Financial. Renommée « Ant Group » par la suite, elle a su prendre le même chemin du succès que sa maison-mère. Avec Alipay, son application de paiement utilisée par plus d’un milliard d’utilisateurs, Ant Group est devenu un géant dans son domaine.

En l’espace d’un an, particulièrement avec la crise sanitaire, son pouvoir s’est encore renforcé. Désormais, Ant Group possède un avenir aussi ambitieux qu’Alibaba. Et cela grâce à la diversification de ses services financiers, en passant du crédit à l’épargne, et aux assurances. Une véritable « dérive » pour les autorités, craignant à la fois la montée en puissance d’Ant Group et les perspectives de son fondateur Jack Ma, loin d’être l’ami de Pékin, malgré le rayonnement qu’il apporte à l’international (Alipay est disponible dans 50 pays).

Entrevue avec la Banque centrale chinoise

Ce week-end, Ant Group rencontrait la Banque centrale chinoise (PBoC). L’occasion, pour l’une des premières fois, que la fintech rencontre son régulateur de référence, et écoute les « conseils » que la Chine lui demanderait pour qu’il puisse réguler sa situation. En effet, le mois dernier, les hostilités avaient commencées avec le report de dernière minute de son introduction en bourse. Le modèle d’Ant Group n’avait finalement pas plu aux autorités qui lui demandaient une série de régulations.

La ligne très stricte de la Chine s’est matérialisée samedi par différentes demandes auxquelles Ant Group a dit qu’il établirait un groupe de travail pour mettre en œuvre la « rectification » demandée. Pour répondre aux exigences réglementaires, la Banque centrale lui demande de s’en tenir « à son activité d’origine » (autrement dit le paiement), alors que ses offres de crédit devront maintenant passer par la création d’une holding.

Régulation nécessaire

Pékin y voit une nécessité pour la sécurité des emprunts, mais le démantèlement d’Ant Group semble bien être la raison sous-entendue. En octobre, Jack Ma avait critiqué la ligne de conduite de l’État, la critiquant comme un obstacle à l’innovation. Ce samedi, les autorités « conseillaient » au dirigeant de ne pas sortir du pays.

Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, la Chine n’avait jamais vu son système bancaire démocratiser l’usage des cartes de paiement. Le pays est passé du yuan en espèces aux transactions par smartphone et code QR. Pour arriver à garder sa souveraineté monétaire là-dedans, le pays fait partie des plus avancés dans la mise en place de sa MNBC (monnaie numérique de banque centrale). En limitant Ant Group à son activité principale, les autorités espèrent donc garder les innovations technologiques du groupe tout en ne perdant pas de son pouvoir.

Du point de vue du marché aussi, la taille d’Ant Group ne peut qu’étouffer la concurrence. Sa place aujourd’hui dans l’innovation financière est en conflit avec celle de Tencent, qui propose son service WeChat en Chine et qui continue d’investir à l’international. Pour pouvoir maîtriser ces « big tech », les autorités chinoises n’auront d’autres choix que de mener une politique anti-monopole, à l’image de ce qu’il se passe aux États-Unis avec les GAFA.

La semaine dernière, la maison-mère d’Ant Group, Alibaba, débutait une période durant laquelle son activité fera l’objet d’une enquête par le principal organisme de surveillance du marché chinois. À l’ouverture de la bourse d’Hong Kong, lundi matin, Alibaba plongeait de plus de 6 %, pour son retour à un cours équivalent à celui du mois de juin.

Leave a Reply

%d bloggers like this: