«Le Manta», ce bateau géant qui va débarrasser les océans des déchets plastiques – Le Parisien

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La même tignasse délavée par le sel et le soleil, mais un poil plus blanche, le navigateur Yvan Bourgnon continue de tracer sa route, qu’importe les mauvaises vagues, fussent-elles de Covid. A peine reconnaît-il que depuis que la pandémie s’est installée il « rencontre un peu moins de gens, mais le Manta avance bien », répond-il fonceur.

Il y a deux ans l’aventurier de 47 ans nous avait présenté une première ébauche de son bateau géant calibré pour s’attaquer à la pollution plastique des océans. Ce mardi, il dévoile les plans de la version définitive de ce projet un peu fou. « 15 000 heures d’étude, 30 salariés, 13 millions déjà levés sur un budget de 35 millions d’euros », compte-il. C’est dire si cette drôle d’idée est sérieuse.

«Le Manta», ce bateau géant qui va débarrasser les océans des déchets plastiques

Yvan nous a habitués aux exploits frappadingues : après avoir remporté la transat Jacques Vabres avec son grand frère Laurent ( disparu en 2015 en Polynésie ), il est le premier et reste le seul à avoir accompli le tour du monde sur un catamaran de sport « à l’ancienne », c’est-à-dire sans GPS, avec une boussole. Le seul aussi à avoir emprunté le passage entre l’Alaska et le Groenland toujours sur ce voilier sans cabine.

Une usine de recyclage sur flotteur

Cette fois, la prouesse promise par « le Manta » est de transformer les déchets plastiques repêchés en énergie. « On utilise une pyrolyse, une technologie déjà maîtrisée », affirme-t-il. Il a tout de même fallu l’adapter pour pouvoir traiter des plastiques déjà dégradés par leur bain de mer. Le procédé permet de produire de la vapeur d’eau qui sera injectée dans la turbine à air, laquelle produira l’électricité pour les cabines ou tout type d’appareillage à bord. « Là où c’est véritablement génial, s’enthousiasme Yvan Bourgnon, c’est de faire tenir cette usine sur un bateau de 56 m. » Oui parce que, par rapport au projet qu’il nous avait décrit en 2018, « le Manta » final a un peu rétréci et changé de silhouette aussi. Le quadrimaran de 70 m est devenu un catamaran de 56 m, « toujours un gros bateau », commente-t-il.

En 2018, il nous avait confié avoir d’abord imaginé des filets pour ramasser les plastiques et avoir choisi de « simples » tapis roulants qui aspirent les déchets sous les coques. Finalement, ce sera les deux : « Nous allons déployer des filets similaires à ceux qu’on voit sur les thoniers sauf qu’au lieu d’aller racler le fond, les mailles resteront en surface pour ratisser au plus large », décrit Yvan Bourgnon. La mission que s’est assignée cet amoureux de la mer est de repêcher les bouteilles, barquettes, morceaux de gouttières avant qu’ils ne coulent. Comme les déchets marins sont d’abord des déchets de terriens, « le Manta » ira se poster à l’embouchure des fleuves où il s’actionnera ses tapis roulants.

«Le Manta», ce bateau géant qui va débarrasser les océans des déchets plastiques

«La seule bonne solution est de stopper le plastique»

Les « collègues », marins et écolos, ne sont pas tous emballés par ce projet anti-plastique. Romain Troublé, le capitaine de la goélette « Tara », qui a entre autres révélé au grand public le 7 e continent de microplastiques, reste sceptique sur la possibilité de capter les PVC et autre caoutchoucs qui se désagrègent à vitesse grand V et polluent la grande bleue pour des décennies. « Mais il faut parler de cette pollution terrible de nos océans, la rendre visible, et le bateau géant d’Yvan sera un formidable ambassadeur », s’enthousiasme-t-il.

Isabelle Autissier, navigatrice et présidente d’honneur du WWF, est plus sévère « Ce projet part d’une extrêmement bonne volonté, mais je trouve que le message n’est pas le bon. C’est un peu comme si l’on disait : Jetez vos déchets, on pourra toujours les ramasser. La seule bonne solution est de stopper le plastique. » Avec des budgets bien moins conséquents, le WWF aide les communes et les collectivités à trouver les solutions à terre. Avec 9 à 12 millions de tonnes de plastiques déversées dans les océans par an, l’action du « Manta » sera une goutte d’eau. « Et alors face à l’ampleur du problème, on baisse les bras et on ne fait rien ? interroge le navigateur. Le Manta va ramasser 5 000 à 10 000 t par an ! » Il a calculé qu’à raison de 400 bateaux de ce type « on aura réglé un tiers du problème ».

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