Alors que l’opérateur britannique Vodafone commercialisera la 5G outre-Manche début juillet, sa direction envisage déjà de mettre fin à ses offres 3G. Interrogé par le site spécialisé Pocket-Link, Andrea Dona, le responsable des réseaux mobiles de Vodafone au Royaume-Uni a indiqué lors d’un point presse envisager la fin des offres 3G de l’opérateur à échéance de deux ou trois années.

 

“À moyen terme, nous couperons la 3G, parce que l’utilisation de la bande 3G et ce que nous obtenons en retour n’est pas très efficace et nous pourrons donc utiliser certaines des bandes de fréquences 3G pour la 5G”, a expliqué le dirigeant, qui confirme là le danger que représente le déploiement des réseaux 5G pour la 3G. Pour autant, la question risque d’être épineuse pour l’état-major de Vodafone, qui devra en passer par certaines conditions préalables à la désactivation de son réseau 3G. A commencer par la migration de ses clients vers les offres voix sur le LTE (et donc la 4G).

“L’arrêt de la 3G est un programme très complexe parce qu’il faut s’assurer que tous les appareils disponibles sur le marché sont d’un certain type et qu’ils sont tous compatibles avec la 4G. Nous devons également veiller à ce que, dans les régions où nous assurons une couverture 3G, celle-ci soit remplacée par la 4G voire la 5G”, a ainsi fait valoir le responsable des réseaux mobiles de Vodafone au Royaume-Uni, qui a indiqué ne pas avoir de date précise pour la fin des offres 3G de l’opérateur, tout en la situant dans un horizon “de deux à trois ans”.

Si la désactivation du réseau 3G est donc fortement envisagée par l’opérateur, ce n’est pas le cas de son réseau 2G, qu’il destine à notamment à des applications IoT dédiées aux objets connectés. Interrogé par le site britannique, Andrea Dona a ainsi indiqué “la 2G aura une durée de vie plus longue, un rôle plus important à jouer, en particulier lorsqu’il s’agit de l’Internet des objets où vous n’avez pas besoin d’un débit ou d’une bande passante importante”. Pour rappel, Vodafone a indiqué avoir investi des sommes de l’ordre de 2,2 milliards d’euros dans le déploiement de son réseau 5G outre-Manche.

Une question qui ne se pose pas – encore – en France

Bien que la question ne se pose pas – du moins publiquement – en France, elle pourrait toutefois être envisagée au cours des prochaines années afin de désengorger le spectre des fréquences mobiles. La redistribution des fréquences de la 3G – et notamment de ses fréquences basses, situées depuis 2008 dans la bande des 900 MHz – pourrait en effet permettre de faire le vide sur le spectre de fréquences alloué aux télécommunications mobiles, actuellement touché par un embouteillage monstre.

Reste que la solution actuellement à l’étude du côté de l’Arcep pour renforcer la diffusion des futurs réseaux 5G sur l’ensemble du territoire ne semble pas s’orienter vers la redistribution des fréquences allouées à la 3G. Interrogé la semaine passée sur les moyens de permettre une meilleure diffusion de la 5G sur l’ensemble du territoire lors d’une audition tenue au Sénat, le président du gendarme des télécoms Sébastien Soriano s’est plutôt positionné en faveur d’une redistribution vers les réseaux 5G des fréquences allouées à la TNT (limitée depuis ce mois-ci à la bande 470-694 MHz).

“Les fréquences qui permettent de faire de l’aménagement du territoire sont des fréquences basses, inférieures à 1 GHz. Or, les fréquences que nous allons attribuer sont des fréquences hautes, sur la bande des 3,5 GHz, qui ne sont structurellement pas adaptée à couvrir beaucoup de territoire. Nous allons bien sûr veiller à ce qu’il y ait un équipement global du territoire en 5G, mais il faut bien être conscient que quand on va mettre sur un pylône 4G la 5G avec la fréquence 3,5 GHz, l’étendue de la couverture ne sera pas aussi importantes que la 4G”, a estimé le président de l’Autorité, soulignant de ce fait l’importance stratégique que prennent aujourd’hui les fréquences basses pour assurer une couverture mobile efficace sur l’ensemble du territoire.

Pour ce dernier, “il se posera un jour la question de savoir s’il ne faut pas dégager de nouvelles bandes de fréquences pour le secteur des télécoms”, car la “question de savoir si les fréquences basses ne seraient pas plus utiles à faire de la 5G se pose”.

Si ce dernier s’est limité à évoquer explicitement les fréquences actuellement allouées à la TNT, qui a déjà perdu récemment une partie de sa bande (la bande des 700 MHz) au profit des télécoms, l’hypothèse d’une future réallocation des fréquences basses allouées à la 3G vers la 5G pourrait également se poser, tant la ressource se fait rare. Un constat posé en ces termes par Sébastien Soriano : “s’il faut faire de l’aménagement du territoire en 5G on sera toujours limité par la physique et la propagation des ondes”. L’équation est posée, reste maintenant à savoir si la désactivation des réseaux 3G fera, comme chez nos voisins britanniques, partie ou non de sa solution.