Le gouvernement a décidé de suspendre, dans l’alimentation, cet additif formé de nanoparticules de titane et suspecté d’être cancérogène sur la base d’un rapport de l’Anses remis lundi.

Par Stéphane Mandard Publié hier à 17h00, mis à jour à 01h12

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Le magasin QK d’Angers (Maine-et-Loire), une chaîne de confiseries britannique, le 5 avril. Le colorant E171 est présent dans de nombreux bonbons.

Le magasin QK d’Angers (Maine-et-Loire), une chaîne de confiseries britannique, le 5 avril. Le colorant E171 est présent dans de nombreux bonbons. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Après de longues tergiversations, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a finalement décidé d’interdire l’additif alimentaire E171. La décision devrait être annoncée « dans la semaine », indique au Monde, lundi 15 avril, une source proche du ministre, confirmant une information d’Europe 1.

Cette suspension fait suite à la remise d’un rapport que Bruno Le Maire avait commandé en janvier à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour faire le point sur les risques associés à ce colorant très présent dans les confiseries, les gommes à mâcher, les biscuits ou encore les plats préparés. D’après nos informations, le rapport de l’Anses conclut à l’impossibilité de démontrer l’absence de danger lié au E171. Les nouveaux éléments rassemblés par les experts de l’agence « ne permettent pas de lever les incertitudes sur l’innocuité de l’additif E171 », relève l’Anses.

Suspecté d’être cancérogène, cet additif formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2) est encore très utilisé par les industriels de l’agroalimentaire, même si certains se sont récemment engagés à les retirer de leurs recettes.

« Une forme d’incohérence »

L’E171 était sur la sellette depuis plusieurs mois. Sa suspension est prévue dans la loi Egalim promulguée en novembre 2018 dans la foulée des états généraux de l’alimentation. Mais pour qu’elle soit effective, un arrêté ministériel est nécessaire.

Dans une tribune publiée dans Le Monde fin décembre 2018, une vingtaine d’associations – dont la Ligue contre le cancer, Greenpeace, Foodwatch, 60 millions de consommateurs ou encore l’Alliance pour la santé et l’environnement, qui rassemble plusieurs dizaines d’ONG, de sociétés savantes et d’instituts de recherche européens – exhortaient M. Le Maire de signer l’arrêté, afin de « ne pas entraver une décision importante de santé publique ». Las. En janvier, le ministre avait préféré reporter sa décision en attendant les résultats d’une nouvelle expertise confiée à l’Anses.

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Après avoir pris connaissance dudit rapport, Bruno Le Maire devrait désormais signer le fameux arrêté dans les prochains jours. Ce dernier n’est pas encore complètement rédigé. Selon nos informations, l’interdiction de l’E171 s’appliquera seulement aux aliments et concernera aussi bien les produits fabriqués en France que les importations. En revanche, elle ne s’appliquera ni aux médicaments ni aux dentifrices.

Dès 2017, une étude de l’UFC-Que choisir avait montré que près de 4 000 médicaments, dont certains d’usage très courant (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan ou encore Advil) contenaient le controversé E171. Fin mars, des tests réalisés par l’association Agir pour l’environnement relevaient la présence de dioxyde de titane dans deux tiers des dentifrices.

« Pour les médicaments, tout comme pour le dentifrice, c’est plus compliqué, cela prendra plus de temps », indique-t-on à Bercy. « Il y a une forme d’incohérence à prendre acte des incertitudes qui règnent autour du dioxyde de titane et à limiter son interdiction aux seuls aliments alors même qu’on ingère aussi cet additif lorsqu’on se brosse les dents, particulièrement les enfants, et à plus forte raison avec les médicaments », réagit Stéphen Kerckhove, le délégué général d’Agir pour l’environnement.

Stéphane Mandard