Le CNNum se renouvelle pour penser les transformations sociétales

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Le CNNum se renouvelle pour penser les transformations sociétales

L’heure du changement a sonné pour le Conseil National du Numérique (CNNum), qui se donne comme nouvelle mission d’interroger notre rapport au numérique. Françoise Mercadal-Delasalles, directrice générale chez Groupe Crédit du Nord, et Gilles Babinet, multi-entrepreneur, succèdent à Salwa Toko, à la présidence du conseil pour les deux prochaines années.

Une nouvelle position résumée par Gilles Babinet en ces termes : « Prendre le numérique comme un fait de société, et non plus un sujet technique ». Ce virage stratégique est souhaité par le gouvernement, qui envisage le nouveau CNNum comme un antidote au « solutionnisme technologique », un terme répété à maintes reprises à l’occasion de la conférence de presse qui s’est tenue ce jeudi.

Des philosophes, sociologues, physchologues, anthropologues, économistes, dirigeants d’entrprises ou encore scientifiques et informaticiens composent désormais le conseil, qui a resseré ses rangs (17 membres au lieu de 30, et 4 parlementaires).

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Ouvrir le débat dans la société civile

Parmi les personnalités nommées, des membres au profil technique et académique comme Gilles Dowek, informaticien et logicien, chercheur à l’Inria, côtoieront des personnalités plus atypiques, comme Alexandre Lacroix, écrivain et directeur de la rédaction de Philosophie magazine, qui, à propos du numérique, a notamment publié Ce qui nous relie. Jusqu’où internet chagera nos vies ? (Allary éditions, 2018).

 « Nous sommes dans une course infernale pour continuer à exister, dans cette transition technologique, et donc également économique. (…) Cette dissonnance entre la vitesse de transformation de cette technologie et notre capacité à la comprendre, à la digérer, peut créer des malaises et des fractures » a déclaré Françoise Mercadal-Delasalles.

Ce nouveau CNNum va donc tenter d’ouvrir le débat, et de l’amener dans la société. « Il sera moins question de produire une parole d’experts, mais de faire émerger une pensée collective » examine la co-présidente.

Pour Gilles Babinet, il s’agit d’un « pari audacieux et exigeant. On a une phase d’accélération technologique qui est tout à fait spectaculaire » constate ce dernier. « Si on arrive à faire sortir une idée claire, et bien cette idée pourra se transcrire dans la réalité » note l’entrepreneur, qui, en paraphrasant Victor Hugo, constate que « rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue ».

Un challenge méthodologique

Si les futurs chantiers du CNNum ne sont pas encore à l’ordre du jour, c’est un challenge méthodologique auquel sera confronté ce conseil, créé en 2011 avec pour objectif d’éclairer la conduite des politiques publiques sur les questions relatives au numérique, à un moment où il fallait inscrire le numérique dans l’agenda des décideurs.

La mandature précédente a soulevé des enjeux numériques et sociétaux pendant la crise sanitaire, faisant naître notamment des débats sur l’application Tousanticovid, la haine en ligne ou encore la feuille de route environnementale, que l’on retrouve d’ailleurs dans son bilan 2018-2020.

Interrogés sur la question centrale de la santé, les représentants du CNNum ont tout de même reconnu que ce sujet aura une place centrale dans les débats à venir. La place du soin et le rôle du numérique associé à cette thématique seront traités « sous un angle différent, moins technique », a affirmé Françoise Mercadal-Delasalles.

La nouvelle mission du conseil consistera dans un premier temps à « formaliser les problématiques relatives au numérique » pour mettre en partage les élements utiles à la pensée et à la décision publique, tant à l’échelle nationale qu’européenne ».

Un « solutionnisme technologique » qui n’est «plus à la hauteur », selon Cédric O

Sur le papier, le CNNum se déleste en partie des acteurs de l’économie numérique et de l’écosystème des startups, même s’ils ne sont pas totalement exclus. « Entre le ferus de tout déterminisme technologique et le rejet de tout technosolutionnisme béat, c’est avec un regard lucide mais positif, volontaire et ouvert que nous partagerons nos visions du numérique » considère Gilles Babinet.

Cédric O a pris la parole pour défendre la lettre de mission du nouveau CNNum, qui assume un virage plus académique. « Je ne pense pas que les acteurs de l’économie numérique et les startups françaises considèrent qu’ils manquent de zones d’échange avec ce gouvernement. Il y a évidemment énormément d’échanges. La question qui est posée à travers ce nouveau conseil n’est plus la même question qui était posée par le passé : le sujet n’est pas d’avoir l’avis des startups sur ce que fait le gouvernement. Le sujet est de repenser de manière pluridisciplinaire la transformation de la société. Le besoin d’avoir des gens qui pensent le numérique » a déclaré le ministre.

« Nous avons mené au sein du gouvernement une réflexion depuis plusieurs semaines sur l’histoire et l’évolution du CNNum. Il a été créé il y a plusieurs années, à l’époque comme un agitateur au sein du gouvernement, pour aiguilloner la transformation de l’Etat, pour traiter de sujets extrêmement concrets. Ce sujet-là est un peu derrière nous. »

Aujourd’hui, « le numérique est partout », insiste Cédric O. « Je pense qu’il y a un problème de pensée. Le débat politique a tendance à saucissonner le sujet » poursuit-il, évoquant un « solutionnisme technologique » qui n’est plus à la hauteur pour « repenser le bouleversement plus complexe et général que représente la transformation du numérique ».

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