Le cascadeur Rémy Julienne est mort à l’âge de 90 ans – Le Monde

Spread the love
  • Yum
Rémy Julienne au Festival de Cannes, en 2017.

L’homme aux 1 400 films, qui a réalisé ou conçu d’innombrables et inoubliables cascades pour le cinéma et la télévision et a doublé, entre autres, Yves Montand, Alain Delon, Roger Moore ou encore Jean-Paul Belmondo (à quatorze reprises), est mort à l’âge de 90 ans, des suites du Covid-19. Il était en réanimation à l’hôpital de Montargis (Loiret) depuis le début du mois.

Rémy Julienne était né le 17 avril 1930, à Cepoy (Loiret). Elève très agité, c’est en le chargeant de la section cinéma de son école qu’un instituteur trouvera le moyen de le calmer. Il découvre Charlot, Laurel et Hardy, Buster Keaton… C’est une première entrée dans le monde du septième art. Mais, pour l’instant, sa passion reste les deux-roues. A 24 ans, il achète sa première moto de cross, et il devient champion de France de 500 cc trois ans plus tard, en 1957.

Lire aussi Rémy Julienne, carambolages en tout genre

La moto, le cinéma et un peu le goût de la cabriole l’amènent à passer un casting pour le film Fantômas (réalisé par André Hunebelle), en 1964. Le cascadeur Gil Delamare (1924-1966) cherche un casse-cou pour doubler Jean Marais. Rémy Julienne tente sa chance, obtient le contrat, il pénètre alors dans un monde « totalement fou », selon ses dires. Sa carrière est lancée.

Un véritable tremplin

Deux ans plus tard, il se voit confier la responsabilité des cascades dans La Grande Vadrouille, l’immense succès de Gérard Oury. Dans la fameuse scène de poursuite sur une route de Bourgogne, le motard allemand « qui se prenait une citrouille sur la figure » puis filait dans le décor, c’était lui. Il enchaîne sur la série des Gendarmes, dont Le gendarme se marie (Jean Girault, 1968), puis avec Le Cerveau (Gérard Oury, 1969), Le Mur de l’Atlantique (1970, Marcel Camus), Sur un arbre perché (Serge Korber, 1970), L’aventure c’est l’aventure (Claude Lelouch, 1972), Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), L’Aile ou la Cuisse (Claude Zidi, 1976) ou Le Solitaire (Jacques Deray, 1987).

« Je devais sans cesse canaliser Belmondo. C’était quand même imprudent, ce qu’on faisait ! »

Il travaillera aussi pour François Truffaut, Philippe de Broca, Yves Boisset et surtout Georges Lautner, avec qui il tourne dans une quinzaine de films, notamment Le Guignolo (1980), avec Jean-Paul Belmondo, film dans lequel « Bébel » effectue la cascade la plus dangereuse de sa carrière, survolant Venise suspendu à un hélicoptère. Julienne assure alors la coordination des opérations. C’est bien Belmondo qui l’a le plus impressionné. « Il n’en avait jamais assez. Il était inarrêtable. Je devais sans cesse le canaliser. C’était quand même imprudent, ce qu’on faisait ! Quand j’y repense, aujourd’hui, j’en ai les poils qui se dressent… », se souvenait Rémy Julienne.

Il a aussi beaucoup tourné aux Etats-Unis. Après la mort, lors d’une cascade au Bourget, de Gil Delamare, en 1966, on lui a demandé d’honorer ses contrats, notamment outre-Atlantique. Alors qu’il hésitait encore sur la suite de sa carrière, « les Américains ont trouvé que je faisais du bon boulot, donc j’ai continué ». En 1969, le réalisateur Peter Collinson le contacte pour tourner L’or se barre. Ce film constitue un véritable tremplin pour le cascadeur. La scène des Mini Cooper est, à cet effet, légendaire dans le monde de la cascade. « Faire sauter des Mini Austin entre des toits d’usine était un défi. Peu de gens y croyaient. C’est là, le vrai tournant de ma carrière… » Laquelle a continué avec plusieurs James Bond (Rien que pour vos yeux, Octopussy, Dangereusement vôtre, Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer et GoldenEye).

A la fraction de seconde près

L’homme est un professionnel, un pragmatique, dont le principe de base est : « La maîtrise du risque exige de passer par son identification. » Tout doit être calculé, à la fraction de seconde près. C’est cette exigence de perfection qui assure son succès et sa réputation. Mais l’imprévu est toujours possible, et l’un de ses plus mauvais souvenirs remonte au tournage des Aventures de Rabbi Jacob, lorsque le cascadeur, coincé dans une DS après un plongeon dans un étang, s’est vu mourir, avant d’être finalement sauvé par des plongeurs.

Sa carrière a connu un moment dramatique avec la mort d’un membre de son équipe, le cadreur Alain Dutartre, en 1999 au cours du tournage du film Taxi 2, accident pour lequel il a été condamné à six mois de prison avec sursis en juin 2009. Cet événement exceptionnel n’a pas entamé sa passion, qu’il partageait avec ses deux fils, Michel, né en 1956, et Dominique, né en 1963, devenus eux-mêmes cascadeurs. Rémy Julienne a aussi créé un centre de formation et ouvert un show de cascades sur le site de Disneyland (Seine-et-Marne) en 2002.

Rémy Julienne a raconté cette vie trépidante dans un livre publié en 2009 : Ma vie en cascades (Calmann-Lévy), préfacé par Georges Lautner et Claude Pinoteau.

Voir un résumé de la carrière de Rémy Julienne en images et en interviews : « Rémy Julienne, 50 ans de cascades », documentaire de Vincent Perrot (2013, 52 min).

Rémy Julienne en 7 dates

17 avril 1930 Naissance à Cepoy (Loiret)

1958 Victoire au championnat de France de motocross

1964 Premières cascades dans « Fantômas » (André Hunebelle)

1981 Premier James Bond, « Rien que pour vos yeux » (John Glen)

1982 Prix pour les cascades de « Rien que pour vos yeux »

2009 « Ma vie en cascades » (Calmann-Lévy)

2020 Mort à l’âge de 90 ans

Leave a Reply

%d bloggers like this: