Le bilan économique de Donald Trump anéanti par le Covid-19 – Le Monde

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Editorial du « Monde ». Donald Trump fait mine de se réjouir du rebond économique des Etats-Unis : en septembre, la première économie du monde avait recréé 11,4 millions d’emplois, la moitié des 22 millions détruits en mars-avril, lorsque éclata la crise du Covid-19. En réalité, ce chiffre est une catastrophe pour le président sortant : jamais le taux de chômage (7,9 %) n’avait été si élevé à la veille d’une élection présidentielle américaine depuis la deuxième guerre mondiale. Donald Trump a perdu l’un de ses arguments de campagne les plus forts, son bilan économique.

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En 2019, à l’issue de sa troisième année de mandat, les Etats-Unis étaient au mieux, comme en attestent des statistiques peu contestées : un chômage au plus bas depuis cinquante ans, y compris pour les Afro-Américains ; un taux de pauvreté absolue le plus faible depuis les années 1960 ; un revenu médian record et une croissance supérieure à celle de l’Europe.

Tout cela se faisait au prix d’un déficit budgétaire jugé alors insoutenable, proche de 5 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, et d’une politique monétaire accommodante. Mais le grief contre cette politique de la surchauffe était politiquement inaudible. Trump pouvait l’emporter.

Un choix désastreux

Ce récit a volé en éclats avec la crise du Covid. A la différence de ce qui s’est souvent passé lors des crises précédentes, les pouvoirs publics américains n’ont pas tergiversé. Dès mars, la banque centrale américaine a inondé l’économie de liquidités, évitant les faillites, tandis que démocrates et républicains du Congrès ont distribué l’argent sans compter, en accord avec Donald Trump. Trop sans doute, on verra dans les mois qui viennent que des effets d’aubaine furent considérables. Mais le résultat social a été atteint : jusqu’en août, le revenu des Américains a été préservé et les drames humains contenus.

Sauf qu’il reste à accomplir la moitié du chemin, et rien ne se passe comme prévu. La crise du Covid-19 a perduré, accentuée par la volonté de Donald Trump et des républicains de rouvrir l’économie à marche forcée. Il était possible d’endiguer la maladie, comme le montre l’exemple de New York. Politiquement, M. Trump a fait le choix inverse, qui se révèle désastreux sanitairement et contre-productif économiquement. Alors que la Chine redémarre, la deuxième vague économique s’annonce, avec des licenciements massifs dans le tourisme et l’aérien, des fermetures définitives de petits commerces, la faillite des collectivités locales, qui va conduire à la fermeture de services sociaux et d’écoles.

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Pour cela, il faut un nouveau plan d’aide à l’économie. Donald Trump a voulu passer outre le Congrès, sans vrai succès, car il n’en a pas le pouvoir. Républicains et démocrates sont incapables de s’entendre, les républicains refusant de renflouer les Etats et les villes les plus touchés sous prétexte qu’ils sont démocrates. C’est explicable à un mois d’une élection dans un climat détestable, mais peu défendable.

Cette crise frappe les faibles, alors qu’une autre partie de l’Amérique, celle qui gagne, engrange les dividendes de la révolution numérique. Qu’on ne s’y trompe pas : l’Amérique 2.0 – celle des Amazon, des Zoom, des Netflix, de la télémédecine… – se porte à merveille, dopée par le Covid-19, plus puissante et plus riche que jamais, grâce à l’envolée de Wall Street. Sa mise à contribution semble inéluctable. Mais si Donald Trump perd la présidentielle, ce n’est pas lui qui le fera.

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Le Monde

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