« L’Amérique va de nouveau de l’avant » : devant le Congrès, Joe Biden affiche sa volonté réformatrice – Le Monde

Spread the love
  • Yum
Joe Biden lors de son discours devant le Congrès, à Washington, mercredi 28 avril. En soutien du président américain, sa vice-présidente Kamala Harris (à gauche) et la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

Le président américain Joe Biden a vanté, mercredi 28 avril soir, face au Congrès les avancées de son début de mandat, dressant le tableau d’une Amérique qui avait surmonté une série de crises sans précédent, et avait répondu avec détermination à la pandémie de Covid-19.

Décrivant un « pays en crise » à son arrivée au pouvoir – crise sanitaire et économique mais aussi l’assaut contre le Capitole du 6 janvier, « la pire attaque contre notre démocratie depuis la guerre de Sécession » –, Joe Biden a affiché sa confiance : « Après cent jours, je peux le dire au pays : l’Amérique va de nouveau de l’avant. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Joe Biden à la Maison Blanche, un président discret et réformateur

Deux femmes derrière le président, une première

Pour la première fois dans l’histoire, deux femmes avaient pris place derrière le président, dans le champ des caméras : Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre, et Kamala Harris, devenue en janvier la première femme à accéder à la vice-présidence. « Il était temps ! », a lancé le président américain, sous des applaudissements nourris, juste avant d’entamer son discours.

Le président démocrate s’est posé en défenseur de la classe moyenne, en vantant un gigantesque plan d’investissement visant à créer des millions d’emplois pour les Américains qui se sentent tenus à l’écart. Il en a profité pour épingler, dans une allusion à peine voilée, son prédécesseur Donald Trump qui se présentait en champion des « oubliés ».

« Je sais que certains d’entre vous se demandent si ces emplois sont pour vous. Vous vous sentez abandonnés et oubliés dans une économie qui change rapidement. »

« Laissez-moi vous parler directement », a-t-il ajouté, promettant que ses plans d’investissement créeraient des « millions d’emplois ». « Près de 90 % des emplois dans les infrastructures [prévus dans son plan présenté le mois dernier] ne nécessitent pas de diplômes universitaires », a-t-il encore dit.

Lire aussi : Le plan Biden, succès politique et risque économique

Et de rappeler devant le Congrès une formule mille fois prononcée en campagne : « Ce n’est pas Wall Street qui a construit ce pays. La classe moyenne a construit ce pays. Et les syndicats ont construit la classe moyenne. »

Faire payer les riches

Le plan, qui suscite déjà la colère des républicains, est ambitieux : 1 000 milliards de dollars d’investissements, en particulier dans l’éducation, et 800 milliards de réductions d’impôts pour la classe moyenne. Pour le financer, le démocrate propose d’annuler les baisses d’impôts pour les plus riches votées sous Donald Trump, et d’augmenter les impôts sur les revenus du capital pour les 0,3 % d’Américains les plus fortunés. Avec une promesse martelée sur tous les tons : aucun Américain gagnant moins de 400 000 dollars par an (330 000 euros) ne verra ses impôts augmenter.

« Il est temps que les entreprises américaines et que les 1 % d’Américains les plus riches commencent à payer leur juste part », a lancé le président démocrate.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après les entreprises, Joe Biden veut augmenter les impôts des très riches aux Etats-Unis

Cette allocution marque aussi le début d’un âpre combat au Congrès : si son plan de soutien à l’économie de 1 900 milliards de dollars a franchi l’obstacle sans véritable difficulté, les discussions sur ses gigantesques plans d’investissement dans les infrastructures et l’éducation s’annoncent beaucoup plus houleuses.

« Le président Biden s’est présenté en campagne comme un modéré, mais j’ai du mal à trouver jusqu’ici la moindre décision qui démontre un sens de la modération », a ironisé le sénateur républicain Mitch McConnell avant le discours.

Le succès de la campagne de vaccination

A la tribune, le président démocrate a vanté les « progrès extraordinaires » réalisés aux Etats-Unis ces derniers mois face au Covid-19 avec en particulier la fulgurante accélération du rythme de vaccination, « l’un des plus grands succès logistiques » de l’histoire du pays.

« Plus de la moitié des adultes ont reçu au moins une injection » et « les décès de personnes âgées ont baissé de 80 % depuis janvier », a-t-il souligné, tout en ajoutant, avec prudence : « Il reste du travail à faire pour battre le virus, nous ne pouvons pas baisser la garde. »

Plus de 96 millions de personnes, soit près de 30 % de la population, sont considérées comme totalement vaccinées. Et, dans une décision chargée en symboles, les autorités sanitaires ont annoncé, mardi, que les Américains ayant reçu les piqûres salvatrices n’avaient désormais plus besoin de porter de masque en extérieur, sauf au milieu d’une foule.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Aux Etats-Unis, la vaccination de masse contre le Covid-19 se passe dans des « mégacentres » gérés par l’armée

Un autre thème d’actualité s’est imposé dans le discours présidentiel : les violences policières. Joe Biden a appelé le Sénat à adopter dès mai un vaste projet de réforme de la police qui porte le nom de l’Afro-Américain George Floyd, mort sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis. Le texte qui prévoit notamment de lutter contre la large immunité judiciaire dont jouissent les agents, et a déjà été adopté à la Chambre des représentants.

« Je sais que les républicains ont leurs propres idées », a-t-il ajouté, « nous devons travailler ensemble pour trouver un consensus, finissons-en le mois prochain, pour le premier anniversaire de la mort de George Floyd », tué le 25 mai 2020.

Lire aussi Etats-Unis : plaqué au sol par des policiers, un homme meurt dans les mêmes circonstances que George Floyd

Pas d’« escalade » avec Moscou, ni de « conflit » avec Pékin

Sur le plan diplomatique, Joe Biden a abordé le dossier sensible de la Russie avec laquelle Washington entretient des relations brouillées. « J’ai dit clairement au président Poutine que si nous ne cherchons pas l’escalade, leurs actes auront des conséquences », a-t-il déclaré. « J’ai répondu de manière directe et proportionnée à l’interférence de la Russie dans nos élections et aux cyberattaques visant notre gouvernement et nos entreprises », a-t-il poursuivi. « Mais nous pouvons aussi coopérer lorsque c’est dans notre intérêt mutuel », a-t-il ajouté.

Tonalité identique concernant les relations avec la Chine, avec qui il a assuré ne pas « chercher le conflit » mais être « prêt à défendre les intérêts américains dans tous les domaines ».

« Dans mes discussions avec le président Xi [Jinping], je lui ai dit que nous étions favorables à la compétition » mais que « nous nous battrons contre les pratiques commerciales injustes », « maintiendrons une présence militaire forte dans la région indo-pacifique » et « ne renoncerons pas à défendre les droits humains », a-t-il déclaré.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les Etats-Unis sont devenus les boucs émissaires systématiques de la Chine

Ambiance plus détendue

Si le discours présidentiel sur la colline du Capitole est un rituel qui rythme la vie politique américaine, celui de cette année, s’est déroulé dans une atmosphère singulière, Covid-19 oblige. Seules quelque 200 personnes, contre plus de 1 600 habituellement, se sont retrouvées dans la prestigieuse enceinte de la Chambre des représentants pour y assister. Et les élus ont été priés cette année de présenter une liste d’invités « virtuels ».

John Roberts était le seul juge de la Cour suprême présent. Le chef de la diplomatie, Antony Blinken, et le chef du Pentagone, Lloyd Austin, étaient également sur place mais le reste du gouvernement a regardé le discours à la télévision.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les 100 jours de Joe Biden : « L’impact des réglementations sur l’économie est intrinsèquement difficile à quantifier »

Autre rupture avec la tradition : il n’a pas été nécessaire cette année de choisir un « designated survivor », un membre du gouvernement désigné chaque année pour ne pas assister au discours et qui reste dans un endroit tenu secret afin d’être en mesure de prendre les rênes du pouvoir en cas d’attaque visant le bâtiment.

L’atmosphère était nettement moins tendue que lors du dernier discours de Donald Trump dans cette enceinte, en février 2020. Avant le discours, il avait ostensiblement évité de serrer la main que lui tendait Nancy Pelosi. Une fois l’allocution terminée, cette dernière avait déchiré sa copie du discours d’un geste théâtral.

Écouter aussi Joe Biden, le révolutionnaire qu’on n’attendait pas

Le Monde avec AFP

Leave a Reply

%d bloggers like this: