L’affront d’Erdogan à Von der Leyen fait bouillir Bruxelles – Les Échos

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Publié le 7 avr. 2021 à 16:33Mis à jour le 7 avr. 2021 à 18:03

Tout Bruxelles l’a déjà surnommé le « sofagate ». Mardi, lors de la visite des présidents des institutions de l’UE à Ankara , le leader turc, Recep Tayyip Erdogan, a infligé un affront à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Durant leur entretien de deux heures avec le président turc, l’Allemande a été plaçée en retrait, sur un divan, en face du ministre turc des Affaires étrangères, pendant que Charles Michel, le président du Conseil européen, avait, lui, droit à un fauteuil à côté de celui du président turc.

Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, on voit Ursula von der Leyen, visiblement surprise et désemparée, lâcher un « Ehm » (« Hum » en français) lourd de signification, les mains écartées en signe d’incompréhension. Sans que cela ne semble émouvoir Charles Michel, bien calé dans son fauteuil et passif face à la tournure des événements.

« SofaGate »

L’affaire n’a rien d’anecdotique tant elle constitue, selon la Commission européenne, une entorse au protocole lourde de sens. Difficile, pour beaucoup d’observateurs, de ne pas y voir une volonté du président turc de reléguer Ursula von der Leyen au second rang en raison de son sexe. L’incident est intervenu à un moment diplomatique délicat, alors que l’UE et la Turquie cherchent à renouer leurs relations après une année de tensions.

Les Européens ne cachent pas leurs inquiétudes face aux violations des droits fondamentaux en Turquie et notamment la décision du président Erdogan de quitter la convention d’Istanbul sur la prévention de la violence contre les femmes et les enfants, un choix qu’a de nouveau dénoncé avec virulence Ursula von der Leyen lors de déclaration à la presse qui a suivi la rencontre.

Surprise

« La présidente von der Leyen a été surprise. Elle a décidé de passer outre et de donner la priorité à la substance. Mais cela n’implique pas qu’elle n’accorde pas d’importance à l’incident », a expliqué mercredi son porte-parole, Eric Mamer. « Madame von der Leyen attend d’être traitée selon les règles protocolaires et elle a demandé à ses services de faire en sorte que ce genre d’incidents ne se répète pas à l’avenir », a-t-il ajouté, appelant les autorités turques à « expliquer pourquoi il a été offert ce type de siège à Madame von der Leyen. » Le Conseil cherche aussi à obtenir des explications de la Turquie. Selon nos informations, ce dernier avait une équipe protocolaire sur place lors de la visite, contrairement à la Commission européenne.

L’affront fait à la première femme présidente de la Commission a été vivement dénoncé à Bruxelles. « D’abord, ils se retirent de la Convention d’Istanbul et maintenant ils laissent la présidente de la Commission européenne sans siège lors d’une visite officielle. C’est honteux. #WomensRights », s’est insurgée la présidente du groupe socialiste au Parlement européen, l’Espagnole Iratxe García Perez, sur son compte Twitter. « ‘Ehm’ est le nouveau terme pour ‘ce n’est pas comme ça que la relation UE-Turquie devrait être menée’ », a commenté l’eurodéputé écologiste allemand Sergey Lagodinsky.

Silence

Charles Michel n’a pas été épargné par les critiques. Comme d’autres, l’eurodéputée libérale néerlandaise Sophie in ‘t Veld s’est demandé pourquoi le président du Conseil était resté « silencieux » durant cet épisode. En réponse, son entourage a plaidé que le président du Conseil européen a la préséance sur la Commission pour le protocole international. Ce que conteste la Commission européenne, où Eric Mamer a soutenu mercredi que « les présidents des deux institutions ont le même rang protocolaire ». En 2015, lors du G20 à Antalyia, en Turquie, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, alors président du Conseil et de la Commission, avaient chacun eu droit à un fauteuil de part et d’autre de celui de Recep Tayyip Erdogan.

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