Les ingénieurs de la Nasa ont enregistré un petit sursaut de rayons cosmiques qui laisse penser que la sonde Voyager 2 partie en 1977 se rapproche de la frontière du Système solaire, franchie en 2012 par sa grande sœur Voyager 1.

En août 2012, la sonde Voyager 1 est devenue le premier objet construit par la main de l’homme à quitter le Système solaire. Il aura fallu attendre un peu plus d’un an pour que le responsable scientifique du programme, l’inusable Ed Stone, 82 ans aujourd’hui, ne consente à officialiser le franchissement de la barrière symbolique appelée héliopause qui sépare la zone d’influence du Soleil, l’héliosphère, et le milieu interstellaire. À l’époque, le chercheur attendait en effet une modification brutale de la direction du champ magnétique qui n’est jamais venue. Il a finalement accepté l’idée que le franchissement de cette frontière ne correspondait pas exactement à l’idée qu’il s’en était faite.

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Six ans plus tard, c’est la 2e sonde Voyager qui s’apprête à son tour à effectuer le grand saut après plus de 40 ans de traversée interplanétaire. Partie avec deux semaines d’avance (contrairement à ce que leur numérotation suggère), la sonde Voyager 2 a été ralentie par son survol de Neptune en 1989. Elle n’est ainsi située «qu’à» 17,8 milliards de kilomètres de la Terre contre plus de 21 milliards de kilomètres pour sa grande soeur Voyager 1. En dépit de leur distance, les deux sondes continues à fonctionner grâce à leur pile au plutonium (avec respectivement 4 et 5 de leurs instruments initiaux en état de marche).

Dans un communiqué publié vendredi par le Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, les ingénieurs américains annoncent ainsi que Voyager 2 se rapprocherait à son tour de la frontière fatidique. Deux instruments ont en effet enregistré une augmentation significative des quantités de rayons cosmiques qui le frappent entre début août et fin août (environ 5% supplémentaires). Une partie de ces rayonnements, émis entre autres par les explosions d’étoiles dans la Voie lactée, est en principe détournée par la bulle formée par les particules chargées émises par notre étoile (qu’on appelle plus communément le vent solaire). Plus on se rapproche des «bords», plus on s’attend à recevoir de rayons cosmiques.

Un calendrier incertain

Pour la sonde Voyager 1, c’est quelques mois seulement avant le franchissement de l’héliopause, en mai, que les scientifiques avaient relevé ce petit sursaut. Mais il n’est pas sûr que la sonde Voyager 2 connaisse exactement le même sort, en tout cas pas selon le même calendrier. Tout d’abord parce qu’elle ne suit pas la même trajectoire que sa grande sœur. Or, contrairement à ce que son nom indique, l’héliosphère n’est pas une sphère. Le Soleil se déplace en effet à grande vitesse dans la Voie lactée et comme le milieu interstellaire n’est pas complètement vide, cela déforme la bulle de vent solaire. Il est donc possible que la zone de transition traversée par Voyager 2 soit un peu plus épaisse par exemple.

Mais ce n’est pas la seule différence. Le Soleil connaît des cycles d’activités d’une durée moyenne de onze ans pendant laquelle la quantité de particules chargées émises connaissent un minimum et un maximum. Les frontières de l’héliosphère peuvent ainsi s’éloigner ou se rapprocher avec le temps. «Nous voyons un changement dans l’environnement de Voyager 2 , il n’y a aucun doute à ce propos», détaille Ed Stone. «Nous allons en apprendre beaucoup dans les mois qui viennent, mais nous ne savons toujours pas quand nous atteindrons l’héliopause. Nous n’y sommes pas encore, c’est la seule chose dont nous soyons absolument certains.»