La Russie « punit » Twitter, sur fond de tensions avec les géants du web

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La sanction reste pour l’heure modeste mais elle n’en est pas moins emblématique. L’agence russe de surveillance des télécommunications et des médias, le Roskomnadzor, a annoncé sa volonté de ralentir le fonctionnement de Twitter dans le pays. Le réseau social est accusé de ne pas avoir supprimé des publications « qui incitent les mineurs à se suicider, contenant de la pédopornographie, ainsi que des informations sur l’usage de drogues ».

Dans son communiqué, l’autorité russe affirme pourtant avoir effectué « plus de 28 000 demandes de suppression initiales et répétées de liens et de publications illégales » à la société américaine depuis 2017, sans qu’elles soient suivies d’effets. Dès lors, la sanction mise en œuvre s’applique sur 100 % des appareils mobiles et 50 % des appareils fixes. Et le Roskomnadzor menace même la plateforme d’un blocage pur et simple « si Twitter continue d’ignorer les exigences de la loi ».

Un contexte politique agité en Russie

Dans un communiqué, la compagnie américaine a répliqué en expliquant :

Nous avons une politique de tolérance zéro concernant l’exploitation sexuelle des enfants, il est contraire aux règles de Twitter de promouvoir, de glorifier ou d’encourager le suicide et l’automutilation, et nous n’autorisons pas l’utilisation de Twitter pour tout comportement illégal, y compris l’achat et la vente de drogues.

Le réseau social ajoute : « Nous restons déterminés à plaider en faveur de l’Internet ouvert dans le monde et sommes profondément préoccupés par les tentatives croissantes de bloquer et d’étrangler la conversation publique en ligne ».

De fait, cette décision intervient dans un contexte politique très particulier en Russie, où des manifestations de contestation du pouvoir son intervenues dans de nombreuses villes, suite à l’arrestation de l’opposant du Kremlin, Alexeï Navalny.

Le gouvernement n’apprécie pas vraiment que ses rivaux puisse s’organiser en ligne. Vladimir Poutine a ainsi récemment exhorté la police à agir plus activement pour surveiller les réseaux sociaux et traquer « ceux qui entraînent les enfants dans des actions de rue illégales et non autorisées ».

En janvier dernier, dans la foulée des manifestations, nous avions également appris que les autorités avaient demandé à Mark Zuckerberg et à ses équipes de supprimer les contenus appelant à manifester. Le géant américain avait affirmé dans un communiqué ne pas avoir donné de suite à ces sollicitations.

Cité par l’agence de presse AP, Artyom Kozlyuk, chef du groupe de défense des droits sur Internet, Roskomsvoboda estime que la sanction contre Twitter est donc « un tir d’artillerie visant, entre autres, à effrayer d’autres grands réseaux sociaux ». Ce à quoi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a répondu que le gouvernement « n’a aucune volonté de bloquer quoi que ce soit » et veut seulement faire appliquer la loi.

Bloquer ou ralentir une plateforme est plus difficile qu’il n’y paraît

On peut tout de même remarquer que la pression s’accroît sur les géants du web au cours de ces dernières années. Pour ne citer qu’un seul exemple récent, Anton Gorelkin, un député du parti majoritaire Russie Unie, a déposé une proposition de loi qui vise les plateformes YouTube, Twitter et Facebook. Si ces dernières sont déclarées coupables de discrimination flagrante vis à vis de médias russes, par exemple en rajoutant des étiquettes pour signaler qu’ils sont financés par l’État, elles pourraient être sanctionnées. L’amende s’élèverait à 39 000 dollars en cas de manquement répétés, les autorités pourraient décréter un blocage partiel, voire total.

Notons enfin que les blocages et ralentissements ne se font pas toujours sans heurts. Ainsi, en 2018, lorsque le Roskomnadzor a décidé de bloquer l’application de messagerie Telegram en Russie, l’interdiction n’avait pas totalement fonctionné et des centaines de sites web avaient été perturbés dans leur fonctionnement. Il est du reste assez simple de contourner la censure en utilisant un VPN.

Hier, peu après la mise en place du ralentissement de Twitter, certains sites web gouvernementaux ont souffert de diverses pannes et problèmes d’accès. La cause n’est pas connue mais certains experts évoquent des cyberattaques indépendantes, tandis que d’autres suggèrent l’hypothèse d’un accident provoqué par une erreur technique dans le cadre de l’application de la sanction contre Twitter. De son côté, le ministère du numérique russe affirme qu’il s’agit simplement de problèmes d’équipement de l’entreprise de télécommunication Rostelecom.

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