La politique africaine d’Emmanuel Macron, un projet de renouveau à l’épreuve du réel – Le Monde

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Il s’est trouvé, une nouvelle fois, un élément de réel discordant pour venir contredire la théorie, celle du renouveau de la relation entre la France et l’Afrique mise en œuvre par Emmanuel Macron. C’était le 24 mai, deux jours avant que le président français ne s’envole vers le Rwanda, première étape hautement attendue d’un déplacement africain au cours duquel il s’agissait de marquer une « étape finale de normalisation », selon l’Elysée, avec ce pays où la France a eu « un rôle, une histoire et une responsabilité politique » dans ce qui mena, en 1994, au génocide des Tutsi, reconnaîtra le président. Quarante-huit heures avant cette déclaration, au Mali, le colonel Assimi Goïta renversait les autorités de transition mises en place après un premier coup d’Etat en août 2020.

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Alors qu’à Kigali, Emmanuel Macron poursuivait son travail de renouvellement espéré entre la France et l’Afrique, à Bamako, surgissait le rappel des continuités fâchantes. Lors du premier putsch, un président élu, Ibrahim Boubacar Keïta, avait été renversé. Paris s’était fait une raison à l’égard des militaires mutins, s’appuyant sur une realpolitik supposée tenir compte en priorité des difficultés sécuritaires au Sahel, au détriment des valeurs démocratiques. Un calcul balayé donc, quelques mois plus tard, par un colonel malien qui, lui aussi, menait sa propre realpolitik.

Tout cela sur un fond, en Afrique francophone, d’opinions braquées contre la France, sur lesquelles Emmanuel Macron espère influer. Le président français, depuis son discours enflammé devant des étudiants à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso, en 2017, est parti à la reconquête de cœurs et des esprits avec des outils parmi lesquels figure la « politique mémorielle », cet examen des responsabilités françaises dans les dossiers parmi les plus épineux, ceux de la guerre d’Algérie ou des compromissions au Rwanda aux côtés du régime qui allait mettre en œuvre le génocide de 1994.

Le « moment Macron »

Il s’agit tout à la fois de briser des tabous et de rapprocher les sociétés, au lieu de se laisser enfermer dans les relations avec les dirigeants. Seulement, sans ces derniers, pas d’influence. Et la France, puissance moyenne inquiète de son déclin, consciente de ses limites, a plus souvent besoin de dirigeants alliés que de peuples hermétiques à ses velléités de renouveau.

« Algérie, restitution des œuvres africaines, Rwanda : les trois grands rapports commandés par Emmanuel Macron depuis qu’il a été élu ont tous été consacrés à l’Afrique » Achille Mbembe, philosophe

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