Ce sont des images historiques qui ont marqué les mémoires. Mémoires de ceux qui les ont vues en direct à la télévision le 21 juillet 1969 à 3 h 56, comme de ceux qui, aujourd’hui, les revoient sur YouTube avec leur smartphone. Images tremblotantes, un peu floues, saisies à quelque 381 500 kilomètres de la Terre, d’un homme, Neil Armstrong qui allait être le premier à poser son pied sur la Lune. «That’s one small step for man, one giant leap for mankind» («C’est un petit pas pour (un) homme, (mais) un bond de géant pour l’humanité»).

Alors que la Nasa vient de fêter ses 60 ans d’existence le 1er octobre dernier, cette conquête de la Lune reste toujours le plus beau symbole de l’aventure spatiale. Ni l’édification de la station spatiale Mir, puis celle de l’ISS quelques années plus tard, ni les succès remarquables d’Ariane, ni les prouesses technologiques de la sonde Rosetta ou du robot Curiosity sur Mars, ni le new space que proposent Elon Musk avec Space X ou Jeff Bezos avec Blue origin n’ont bénéficié de la charge émotionnelle de voir un homme sur la Lune.

Nouvel objectif Lune

Dès lors, à l’heure où les agences spatiales s’interrogent sur leurs programmes, à l’heure où le voyage vers Mars semble encore lointain, les regards se tournent à nouveau vers la Lune, le satellite naturel de la Terre, si loin, si proche et dont il reste encore beaucoup à apprendre. Alors depuis quelques années, c’est bien un nouvel objectif Lune qui se dessine et vers lequel tendent plusieurs pays.

Les Etats-Unis bien sûr veulent retrouver cet âge d’or de la conquête spatiale lancée par John F. Kennedy. En 2004, George Bush père y songe et lance un programme, Constellation, qui vise à l’exploration du système solaire par des vols habités. Il prévoyait le retour de l’Homme sur la Lune à l’horizon 2018-2020. Après plusieurs retards et des audits très pessimistes, Barack Obama décide d’abandonner le programme en 2010. Élu en novembre 2016, Donald Trump ne l’entend pas de cette oreille. Lui qui souhaite privatiser la station spatiale internationale veut renvoyer des Américains sur la Lune, comme un exercice d’entraînement pour viser ensuite Mars. La Nasa a prévu d’envoyer un vaisseau Orion pour une mission non-habitée autour de la Lune fin 2019. Et envisage en 2023 une mission avec trois astronautes en orbite autour de la Lune avec un objectif là aussi tendu vers Mars : créer une «station-service» sur la route de la planète rouge ! «Si nous avons la capacité de produire du carburant à la surface de la Lune et le transporter en orbite, nous pourrons utiliser la plateforme comme un dépôt de carburant. Mais si nous voulons y parvenir, il nous faudra des partenaires», expliquait en mai dernier Jim Bridenstine, administrateur de la Nasa.

Concurrence féroce

Mais l’agence américaine va devoir compter sur la concurrence féroce d’autres nations spatiales, au premier desquelles le rival de toujours, la Russie. En dépit de difficultés à boucler son budget et à nouer des partenariats avec l’Inde et l’Europe, l’agence russe Rocosmos, qui ne s’est plus approchée de la Lune depuis 1976, prépare quatre missions. En 2020, l’atterrisseur Luna-Glob doit analyser les pôles lunaires ; en 2021, Luna Resours devrait cartographier la Lune ; en 2029 la mission Luna Grunt doit ramener des échantillons sur Terre. L’envoi d’un homme sur la Lune est prévu plus tard.

La Chine, nouvelle puissance spatiale, s’est quant à elle lancée dans un programme robotisé à la surface de la Lune, plus particulièrement sur la surface cachée, jamais explorée. En mai dernier, le CNSA, l’agence spatiale chinoise, a lancé Chang’e 4. Elle lancera Chang’e 5 l’année prochaine pour récupérer des échantillons avec un retour automatique sur Terre. Le programme chinois de missions habitées envisage l’envoi d’un taïkonaute sur la Lune à partir de 2030 et ambitionne d’y bâtir un «palais lunaire» baptisé Yuegong-1, c’est-à-dire une base de recherche scientifique. Le Japon, avec un atterrisseur prévu en 2021, mais aussi l’Inde qui prévoit de déployer un rover sur la face cachée de la Lune, sont aussi de la partie.

Quant à l’Europe, l’agence spatiale européenne a théorisé avec les Chinois «Moon village» : une première colonie composée de six à dix personnes (scientifiques, ingénieurs, techniciens) pourrait s’installer sur la Lune d’ici 2030. Et à terme, c’est un millier d’hommes qui pourrait fouler le sol lunaire en 2050.

Mais là où dans les années 60-70, la conquête lunaire et spatiale était pilotée par les Etats, on voit cette fois apparaître des acteurs privés, des start-up qui veulent aussi être de l’aventure. Par exemple, Astrobotic, une entreprise américaine, a annoncé qu’elle enverrait un module lunaire avec la fusée de l’United Alliance Rocket. Blue origin, prépare un alunissage pour 2023. La société japonaise Ispace a signé un contrat avec Space X pour deux missions lunaires.

Les objectifs ne sont plus là scientifiques mais bassement commerciaux, ces start-up se positionnant pour permettre l’exploitation des ressources minières de la Lune (comme l’helium-3) ou effectuer des transports Terre-Lune…


La saga de la NASA

Il y a 60 ans, stimulés par la concurrence avec l’Union soviétique, les Etats-Unis créaient la Nasa, point de départ d’une aventure spatiale qui allait les emmener sur la Lune. Aujourd’hui, l’agence peine à se réinventer dans un secteur où se côtoient de plus en plus d’agences spatiales internationales et d’intérêts commerciaux.

Depuis sa naissance, la Nasa a repoussé les frontières de l’exploration spatiale, mais a aussi vécu des échecs retentissants comme l’explosion de deux navettes en 1986 et 2003 (14 morts).

Son ambition de retourner dans l’espace lointain pourrait se heurter à un problème de financement, qui l’empêcherait d’aller à nouveau sur la Lune au cours de la prochaine décennie et sur Mars d’ici les années 2030. La Nasa est devenue dépendante du secteur privé et a passé des contrats avec SpaceX et Boeing pour envoyer ses astronautes dans l’espace à partir de 2019, dès que leurs capsules habitées seront prêtes.

Car l’agence ne peut plus envoyer seule des astronautes dans l’espace depuis 2011, lorsque son programme de navettes spatiales a pris fin au bout de 30 ans.

Elle doit aujourd’hui payer 80 millions de dollars par siège à la Russie pour envoyer des Américains dans une capsule Soyouz.

Les débuts de la NASA

En 1957, l’Union soviétique envoie son premier satellite dans l’espace avec Spoutnik 1, alors que les tentatives américaines, principalement sous les auspices de l’armée, échouent piteusement. Le président de l’époque, Dwight D. Eisenhower, appelle alors le Congrès à créer une agence spatiale civile et séparée. Le 29 juillet 1958, il signe la loi créant la National Aeronautics and Space Administration (Nasa).

Kennedy et le programme Apollo

Les Soviétiques remportent malgré tout une autre manche en avril 1961, quand Youri Gagarine devient le premier homme dans l’espace. Un mois plus tard, le président américain John F. Kennedy dévoile des plans pour envoyer un homme sur la Lune à la fin des années 1960. Le programme Apollo est né.

En 1962, l’astronaute John Glenn devient le premier Américain en orbite autour de la Terre. Et en 1969, Neil Armstrong entre dans l’Histoire comme le premier homme à marcher sur la Lune. «Apollo fut une démonstration unilatérale du pouvoir d’une nation», se souvient John Logsdon, professeur émérite au Space Policy Institute de l’Université George Washington. «C’est le fait que Kennedy ait décidé d’utiliser le programme spatial comme un instrument déclaré de concurrence géopolitique qui a fait de la Nasa un instrument de politique nationale, avec une part budgétaire très importante», dit-il. Pendant l’ère Apollo, pas moins de 5 % du budget national est allé à la Nasa.

Aujourd’hui, cette part est passée à moins de 0,5 % du budget fédéral (soit près de 18 milliards de dollars par an), et la Nasa ne joue plus le même rôle dans la politique nationale, selon M. Logsdon.

La Nasa a connu d’autres épisodes de gloire dans les années 1980, comme la naissance du programme de navettes spatiales, puis en 1998, avec le début des opérations de la Station spatiale internationale (ISS).

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Le président Donald Trump a défendu un retour sur la Lune, appelant à une passerelle lunaire qui permettrait à un flux continu de vaisseaux spatiaux et de personnes de visiter la Lune, et qui servirait de point de départ pour Mars. Il a également appelé à la création d’une force spatiale, une sixième branche de l’armée qui serait axée sur la défense des intérêts américains.

Sérieuse concurrence

La Nasa a longtemps été considérée comme un leader de l’innovation spatiale, mais fait face à une sérieuse concurrence aujourd’hui.

«Vous avez quelque chose comme 70 pays qui sont d’une manière ou d’une autre impliqués dans l’activité spatiale», rappelle M. Logsdon. Plutôt que de rivaliser avec les agences spatiales internationales, «l’accent a été mis sur la coopération» pour réduire les coûts et accélérer l’innovation, a déclaré Teasel Muir-Harmony, conservateur au Musée national de l’air et de l’espace. L’administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine, a déclaré début octobre qu’il désirait travailler avec d’autres pays tournés vers l’espace. Il a mentionné la possibilité de renforcer la coopération avec la Chine et a raconté s’être récemment rendu en Israël pour rencontrer des groupes travaillant sur un atterrisseur lunaire.

Son prédécesseur à la tête de la Nasa, Charles Bolden, a mis en garde contre la répétition des erreurs de l’ère des navettes, lorsque les États-Unis ont mis fin à leur programme sans autre vaisseau spatial prêt à prendre la relève.

«Nous ne pouvons tolérer un autre vide comme celui-là», a déclaré Bolden. Avec en ligne de mire une mission d’équipage sur la Lune dans seulement cinq ans, la Nasa prévoit de consacrer à l’exploration lunaire environ 10 milliards sur un budget de près de 20 milliards de dollars pour 2019.


Inventions du quotidien : ce que l’on doit à la Nasa

L’aspirateur de table

Black & Decker, entreprise du Maryland, remporte le contrat de la Nasa pour la fabrication d’une foreuse lunaire, électrique et autonome que devaient utiliser les astronautes. Black & Decker produit ensuite le Spot Vac, un aspirateur sans fil destiné aux ateliers de bricolage, puis le «dustbuster», premier aspirateur de table.


Les matelas à mémoire de forme

Les matériaux qui reprennent leur aspect originel après avoir été déformés sont aujourd’hui utilisés pour nos matelas et améliorent la qualité de notre sommeil.

Ils ont été développés notamment à l’origine pour réduire la force des impacts lors de l’atterrissage des vaisseaux spatiaux.


Les chaussures Nike Air

En 1979, Marion «Frank» Rudy, ancien ingénieur de la Nasa, a breveté des alvéoles de gaz intégrées aux semelles des chaussures de course à pied. Ce système allait être connu sous l’appellation «Nike Air».

Rudy s’est inspiré de son travail à la Nasa qui l’avait familiarisé avec le procédé de moulage par soufflage du caoutchouc.


La poêle en téflon

Le Téflon a été utilisé pour protéger les premiers satellites, cette matière ayant une excellente résistance thermique et chimique, ainsi qu’un coefficient de frottement extrêmement faible (les éléments extérieurs «glissent» dessus). Il a été adapté pour les poêles au milieu des années 50, notamment grâce aux ingénieurs français de Tefal.


L’ordinateur portable

Le premier ordinateur portable à circuits intégrés a été conçu pour les fusées Apollo dans les années 1960. Baptisé Block 1, cet ancêtre pesait 30 kg. Le circuit intégré comprenait trois transistors et quatre résistances montés sur une puce. Il pouvait exécuter près de 100 000 instructions par seconde… 100 000 fois moins qu’aujourd’hui !


First man : l’homme qui décrocha la lune

Il y a deux ans, avec «Lala Land», le jeune réalisateur franco-américain Damien Chazelle faisait faire des claquettes à Ryan Gosling. Le voilà maintenant qui l’envoie en l’air avec «First man», odyssée intime et spatiale qui raconte l’épopée de Neil Armstrong et du programme Gemini et Apollo, entre 1961 et le 21 juillet 1969. On est ce que l’on a vécu et Chazelle, pour raconter cette épopée à portée universelle suit en parallèle la vie familiale d’Amstrong et le long processus de travail et d’essais dangereux et génial, parsemé de morts pour la science, mené par ce pilote obstiné, ne lâchant rien, au courage fou que ses supérieurs dans l’armée avaient jugé «un peu distrait» D’une tristesse sidérale, – hanté par la mort de sa petite fille à l’âge de 2 ans, mutique, jamais souriant, (un rôle parfait pour Gosling), Neil Amstrong semble avoir fui toute sa vie sa triste réalité terrestre ; affrontant lucidement tous les dangers. Déjà ailleurs… «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait» disait Mark Twain. Puissant film sur la grandeur des conquêtes humaines et sur l’intelligence, la volonté, la détermination et le courage qu’il a fallu à tous ces hommes, astronautes, chercheurs, ingénieurs pour décrocher la lune, mais aussi hymne au dépassement de soi, «First man» est spectaculaire par la justesse du ressenti de l’immersion dans un vaisseau spatial qu’il propose. .À ce titre la scène de l’alunissage est d’une puissance émotionnelle et sensorielle impressionnante. Un émerveillement à donner des frissons et des larmes. Images, cadrage, musique : tout concourt à nous mettre dans la peau d’Amstrong. à nous faire ressentir ce que cela peut faire de s’apprêter à poser un pied là ou jamais, au grand jamais, aucun être humain n’est jamais allé. Mais aussi à nous imprégner de la beauté de ce que l’Homme est capable de faire quand il met son intelligence au service de ses rêves. À ce titre se poser sur la lune, ce 21 juillet 1969 était une pure œuvre d’art. Humaine et universelle.


Armée, lune, mars : les ambitions de Donald Trump

Donald Trump s’est vanté le 18 juin dernier du dynamisme de l’industrie spatiale américaine privée, promettant l’hégémonie des États-Unis pour l’exploration de la Lune et de Mars, mais aussi dans toute éventuelle guerre spatiale. «L’Amérique sera toujours la première dans l’espace», a déclaré le président américain lors d’un discours à la Maison Blanche. «Nous ne voulons pas que la Chine et la Russie et d’autres pays nous dominent, nous avons toujours dominé», a-t-il poursuivi. «Mon administration va reprendre le flambeau en tant que premier pays de l’exploration spatiale».

«Nous devons dominer l’espace»

Le commandant en chef a confirmé ce qu’il avait déjà évoqué auparavant : il souhaite la création d’une force spatiale indépendante de l’armée de l’air, un sujet controversé à Washington et notamment au sein du Pentagone. La décision en revient au Congrès, mais il a ordonné au département de la Défense d’en poser les jalons.

«Nous allons avoir une armée de l’air, et une force armée de l’espace, séparée mais égale», a-t-il dit, tranchant le débat actuel en défaveur de ceux qui voulaient que la nouvelle force spatiale soit rattachée à l’US Air Force. «Pour défendre l’Amérique, une simple présence dans l’espace ne suffit pas, nous devons dominer l’espace», a déclaré Donald Trump. Depuis son arrivée au pouvoir, le milliardaire s’est réinvesti dans les sujets spatiaux, reprenant à son compte le vocabulaire historique des «nouvelles frontières». Il a cherché à augmenter le budget de la Nasa, et ordonné à l’agence spatiale américaine, en décembre, de retourner sur la Lune pour la première fois depuis 1972, et de préparer des missions vers Mars. Le président a aussi engagé une déréglementation pour accélérer le processus d’autorisation et de licence par lequel les compagnies privées doivent passer avant de lancer une fusée ou un satellite.

Retourner sur la Lune pour aller sur Mars

Depuis 2012, l’agence est sous contrat avec deux entreprises, SpaceX et Orbital ATK (rachetée récemment par Northrop Grumman), pour ravitailler la Station spatiale internationale. Elle ne sait plus envoyer d’astronautes dans l’espace depuis 2011 et dépend du Soyouz russe ; SpaceX et Boeing sont censés prendre le relais en 2019. L’administration Trump veut privatiser la station à partir de 2025, ce qui est controversé au Congrès, afin de consacrer la majorité des moyens de la Nasa au retour d’astronautes sur la Lune. «Cette fois, nous établirons une présence de long terme», a promis le président.

«La raison pour laquelle nous voulons retourner sur la Lune est que nous voulons faire atterrir des Américains à la surface de Mars», a expliqué Jim Bridenstine, le nouvel administrateur de la Nasa, un élu républicain nommé par Donald Trump. Le plan de la Nasa est de construire la fusée la plus puissante de son histoire, «SLS», pour emmener dans l’espace suffisamment d’astronautes et de matériels pour des missions vers la Lune et, un jour, la planète rouge. Elle veut aussi construire une station en orbite autour de la Lune. Mais là encore le privé aura sa place. La Nasa a déjà demandé au privé de concevoir des missions de livraison de matériel sur la surface lunaire. «Les riches adorent les fusées», s’est amusé Donald Trump.