La justice britannique refuse l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis – Le Monde

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La justice britannique a considéré, lundi 4 janvier, que Julian Assange ne pouvait pas être extradé vers les Etats-Unis pour s’être procuré et avoir publié en 2010 des documents gouvernementaux américains secrets, ainsi que pour piratage informatique. La juge Vanessa Baraitser a estimé que l’état psychologique de Julian Assange était incompatible avec une extradition.

Lors d’une lecture des principaux éléments de son jugement, la juge a pourtant écarté un à un la plupart des arguments présentés par la défense du fondateur de WikiLeaks. Elle avait ainsi conclu que la liberté d’expression ne s’opposait pas à l’extradition de l’Australien.

Elle s’est cependant montrée beaucoup plus réceptive aux arguments liés à son état de santé. Lors de l’audience, plusieurs professionnels ayant examiné Julian Assange avaient décelé de grandes fragilités psychologiques et conclu qu’il souffrait notamment de dépression sévère – en ayant notamment planifié son suicide en prison. La juge a estimé qu’une extradition vers les Etats-Unis, probablement vers une prison de haute sécurité en attendant son procès, faisait courir un trop grand danger à M. Assange pour qu’elle accède à la demande américaine d’extradition.

Dans une interview publiée dimanche par le journal Der Spiegel, l’avocate Stella Moris, avec qui M. Assange a eu deux enfants pendant sa réclusion à l’ambassade d’Equateur à Londres, avait ainsi déclaré que la situation dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, où il est actuellement détenu, « n’est rien comparé aux conditions de détention auxquelles il serait soumis aux Etats-Unis s’il était extradé », estimant que le lanceur d’alerte serait alors « enterré vivant ».

Lire notre compte-rendu de l’audience d’extradition de septembre

Des craintes pour la liberté d’expression

Aux Etats-Unis, le fondateur de WikiLeaks encourt une peine de prison de 175 ans. Outre la possession et la publication de documents secrets, il est aussi accusé de piratage informatique pour avoir aidé sa source à se procurer des documents. L’accusation américaine reproche également à Julian Assange d’avoir mis en danger certains informateurs de l’armée américaine en révélant leur identité, ce que l’Australien et son équipe ont démenti avec véhémence. Au cœur des accusations américaines figure l’activité de WikiLeaks en 2010 et 2011, lorsque l’organisation a publié, en partenariat avec de nombreux médias, dont Le Monde, des documents secrets mettant en lumière les activités de l’armée américaine en Irak, en Afghanistan, mais aussi des pièces issues de la prison de Guantanamo ou encore des dizaines de milliers de télégrammes diplomatiques.

Lire aussi Il y a dix ans, WikiLeaks publiait les « journaux de guerre afghans »

Cette décision offre une victoire à l’équipe de Julian Assange, qui disait s’attendre à une validation de l’extradition, mais aussi aux nombreux observateurs et organisations non gouvernementales (ONG) ayant souligné qu’une extradition vers les Etats-Unis, pour des faits quasi exclusivement journalistiques, représentait une grave menace pour la liberté de la presse. Sous Barack Obama, la justice américaine avait renoncé à poursuivre Julian Assange, reconnaissant qu’il était impossible de le faire sans également incriminer les médias avec qui WikiLeaks avait travaillé. Les poursuites ont finalement été relancées sous la mandature de Donald Trump et rendues publiques en 2019. « Les charges qui pèsent contre lui aux Etats-Unis mettent en péril les fondations de la démocratie et de la démocratie dans nos deux pays » écrivait à la mi-décembre le quotidien britannique The Guardian.

Ce jugement marque une étape décisive dans le bras de fer qui oppose l’Australien à la justice britannique et américaine. Ce n’en est cependant pas l’épilogue : l’accusation peut faire appel de la décision de la justice britannique.

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