La déclaration de politique générale de Jean Castex : « ressouder » la France, « réarmer » les territoires et défendre la laïcité « avec intransigeance » – Le Monde

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Le premier ministre, Jean Castex, devant les députés mercredi 15 juillet.

Jean Castex a dévoilé, mercredi 15 juillet, dans sa déclaration de politique générale, sa feuille de route afin de « ressouder » la France ébranlée par la crise due au Covid-19. Le premier ministre a notamment érigé la lutte contre le chômage en « priorité absolue » et a fortement insisté sur le rôle des territoires. Dans cette perspective, il a développé devant les députés les lignes de force des deux dernières années du quinquennat : emploi, efficacité de l’action publique, souveraineté économique, transition écologique, protection sociale…

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  • « Réarmer » les territoires

Le premier ministre a affirmé que toutes les créations d’emploi de fonctionnaires pour 2021 seront affectées dans les services départementaux de l’Etat, et proposé qu’un « droit à la différenciation » des territoires soit « consacré dans une loi organique ».

« Les territoires, c’est la vie des gens. Libérer les territoires, c’est libérer les énergies. C’est faire le pari de l’intelligence collective. Nous devons réarmer nos territoires », a insisté le chef du gouvernement. La « confiance dans les territoires suppose que le droit à la différenciation soit consacré dans une loi organique » et passe « par une nouvelle étape de la décentralisation », et « une évolution profonde de l’organisation interne de l’Etat », a-t-il affirmé :

« Toutes les créations d’emploi qui seront autorisées par le projet de loi de finances pour 2021 seront affectées, sauf exception justifiée, dans les services départementaux de l’Etat, et aucun dans les administrations centrales. C’est une révolution. »

  • Lutter contre le chômage : une « priorité absolue »

Jean Castex a déclaré que la lutte contre le chômage et la préservation de l’emploi seraient « la priorité absolue du gouvernement pour les dix-huit prochains mois ». Il a précisé que « la première urgence » serait les jeunes, « les premiers touchés par la crise » et qu’un plan jeunesse « sera[it] discuté vendredi avec les partenaires sociaux ».

Le premier ministre a précisé que le dispositif d’exonérations de cotisations sociales pour favoriser l’emploi des « jeunes de moins de 25 ans » serait « à hauteur de 4 000 euros par an ». Cette exonération de cotisations sociales sera valable dans « toutes les entreprises » et « pour une durée d’au moins un an », a précisé le chef du gouvernement.

S’agissant de la formation, il a aussi indiqué qu’un effort supplémentaire d’un milliard et demi d’euros allait être fait et a « invité » les régions à « amplifier leurs interventions propres ». « Les personnes qui s’orienteront vers les formations dans les secteurs en tension verront leur compte personnel de formation abondé », avec un « objectif de 200 000 places supplémentaires de formation en 2021, notamment au bénéfice des jeunes et des demandeurs d’emploi ».

Le premier ministre a aussi précisé que le dispositif d’activité partielle mobiliserait « 30 milliards [d’euros] cette année » et « 8 milliards l’année prochaine ».

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  • 40 milliards d’euros pour reconstruire l’industrie

Le gouvernement consacrera 40 milliards d’euros à la reconstruction de l’industrie, dans le cadre du plan de relance économique, a-t-il annoncé :

« Notre industrie s’est affaiblie. […] Nous sommes aujourd’hui trop dépendants de nos partenaires extérieurs, et insuffisamment présents sur certains secteurs stratégiques. Nous consacrerons, dans le cadre du plan de relance, 40 milliards d’euros pour que cela change. »

  • 20 milliards d’euros pour l’environnement

Le nouveau chef du gouvernement a proposé de mobiliser « plus de 20 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments, pour réduire les émissions des transports et de nos industries, pour produire une alimentation plus locale et durable, pour soutenir les technologies vertes de demain, comme les batteries, pour mieux recycler et moins gaspiller ».

Dans le détail, le premier ministre a affirmé qu’il prévoira « un plan vélo très ambitieux » et « contractualisé » avec les collectivités, ajoutant que d’ici à la fin 2021, tous les territoires devront être dotés de « contrats de développement écologiques ».

Jean Castex a, par ailleurs, promis la mise en place d’un moratoire pour l’installation de nouveaux projets de centres commerciaux dans les zones périurbaines « pour lutter contre l’artificialisation des sols ». « A nous de concilier transition écologique et pouvoir d’achat », a encore lancé le premier ministre, rappelant que les travaux allaient commencer pour mettre en œuvre les propositions de la convention citoyenne pour le climat :

« L’écologie n’est pas l’apanage d’une génération, d’une classe sociale, des quartiers de certaines villes ou d’un parti. L’écologie, c’est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses », a-t-il exhorté.

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  • Retraites : une réforme « nécessaire »

Jean Castex a jugé « nécessaire » de mettre en œuvre la réforme des retraites universelle par points voulue par Emmanuel Macron. « En matière de retraites, la crise nous invite plus que jamais à poursuivre nos objectifs vers un système plus juste et plus équitable […] passant par la création d’un régime universel », a déclaré le chef du gouvernement. « Cela implique clairement la disparition à terme des régimes spéciaux, tout en prenant pleinement en considération la situation des bénéficiaires actuels de ces régimes », a-t-il poursuivi.

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Face aux parlementaires, le premier ministre a reconnu que la réforme, suspendue sine die après son vote en première lecture à l’Assemblée nationale par la procédure du 49-3, avait « généré de l’inquiétude et de l’incompréhension ». « Je proposerai donc aux partenaires sociaux comme aux parlementaires que la concertation reprenne afin d’améliorer le contenu comme la lisibilité de cette réforme nécessaire, en la distinguant très clairement de toute mesure financière », a expliqué Jean Castex.

  • Revalorisation de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire

Le premier ministre a annoncé une revalorisation de 100 euros « de façon exceptionnelle » de l’allocation de rentrée scolaire. En outre, « le plan pauvreté lancé par le précédent gouvernement sera poursuivi et amplifié en fonction de l’évolution de la conjoncture », a-t-il souligné. « La solidarité nationale doit continuer à jouer à plein, pour éviter une crise sociale majeure et des drames humains, individuels, désastreux », a dit Jean Castex.

  • Des repas à 1 euro pour les étudiants boursiers

Afin de « soutenir les étudiants, notamment les plus modestes, qui se retrouvent en difficulté avec moins d’accès aux petits boulots », le chef du gouvernement a annoncé que « dès la rentrée, les repas dans les restaurants universitaires seront à 1 euro pour les étudiants boursiers », contre 3,30 euros actuellement.

  • Des « juges de proximité » pour réprimer « les incivilités du quotidien »

Jean Castex a dit vouloir créer à partir de 2021 « dans les territoires, des juges de proximité » dont la mission sera de réprimer « les incivilités du quotidien ». « Dans beaucoup de territoires, la petite délinquance, les petites incivilités, le tag, l’insulte, le petit trafic […] se sont développés au point de gâcher la vie quotidienne des gens. Ils se sont développés, car faute de réponse judiciaire une forme d’impunité s’est installée », a-t-il justifié.

Le premier ministre a, en outre, assuré que l’Etat allait apporter une réponse « ferme et sans complaisance » aux « minorités ultraviolentes », qui « viennent systématiquement ternir les manifestations », et à « la banalisation de la délinquance du quotidien ».

« Les violences commises dans les quartiers des Grésilles et de Chenôve, à Dijon, l’attaque ignoble contre un chauffeur de bus à Bayonne, les guets-apens tendus aux représentants des forces de l’ordre et à nos pompiers dans certains quartiers, les trafics en bas des cages d’escaliers, la banalisation de la délinquance du quotidien sont autant de faits inacceptables, qui exaspèrent les Français », a déclaré Jean Castex devant les députés.

  • Un projet de loi « contre les séparatismes » à la rentrée

Le premier ministre a annoncé « un projet de loi contre les séparatismes », qui sera présenté en conseil des ministres à la rentrée. Il s’agira avec ce texte d’« éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses », a indiqué le chef du gouvernement, qui entend défendre la laïcité « avec intransigeance ».

Jean Castex a, par ailleurs, affirmé que « lutter contre l’islamisme radical sous toutes ses formes est et demeure l’une de nos préoccupations majeures ». « La République, c’est la laïcité comme valeur cardinale, comme fer de lance de la cohésion de la société. Aucune religion, aucun courant de pensée, aucun groupe constitué ne peut s’approprier l’espace public et s’en prendre aux lois de la République », a déclaré le chef du gouvernement.

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  • Six milliards d’euros d’investissement dans le système de santé

Le chef du gouvernement a annoncé un plan d’investissement de 6 milliards d’euros dans le système de santé, venant s’ajouter aux 13 milliards d’euros de reprise de la dette hospitalière d’ores et déjà prévus par le gouvernement. « Notre système de santé a été rudement mis à l’épreuve au cours de la crise [due au Covid-19] et justifie aujourd’hui » cet « investissement inédit », a estimé le premier ministre.

« L’objectif est de donner davantage de souplesse aux établissements, d’intégrer la qualité des soins dans les règles de financement des hôpitaux et des médecins de ville » et « de mettre l’accent sur la prévention », a poursuivi Jean Castex.

« C’est également en partant des territoires que nous progresserons sur le sujet de l’accès à un médecin de ville », a-t-il souligné, affirmant vouloir « attirer davantage de médecins dans nos territoires ». « Il faut aussi développer la télémédecine, […] dont il faut maintenant consolider la place dans les pratiques médicales », a-t-il ajouté.

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