La contestation contre le coup d’Etat se poursuit en Birmanie, Aung San Suu Kyi assignée à résidence – Le Monde

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Un professeur d’université fait le salut à trois doigts, lors d’une manifestation devant l’université Dagon, à Rangoun, le 5 février.

Les protestations contre le coup d’Etat se poursuivent en Birmanie. Vendredi 5 février, des centaines de personnes se sont réunies à Rangoun pour manifester contre le renversement du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi en début de semaine. L’ex-dirigeante est « assignée à résidence » dans la capitale, Naypyidaw, et « en bonne santé », a fait savoir vendredi un porte-parole de son parti.

Désormais au pouvoir, l’armée continue, elle, les arrestations de personnalités politiques et de militants.

A la tête de la contestation figuraient en cette fin de semaine les professeurs et les étudiants, réunis par centaines devant l’université Dagon, à Rangoun. Les manifestants ont fait le salut à trois doigts, un geste de résistance utilisé par des mouvements prodémocratie notamment en Thaïlande, scandant un vieux chant popularisé lors du soulèvement de 1988 (violemment réprimé par l’armée) et « longue vie à Mother Suu » Kyi.

Des fonctionnaires de plusieurs ministères ont également cessé temporairement le travail dans la capitale, Naypyidaw, arborant un ruban rouge, couleur du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). La veille, des avocats et des médecins avaient pris part à la protestation, tandis que des habitants de Rangoun klaxonnaient et tapaient sur des casseroles pour la troisième soirée d’affilée pour « chasser les démons », les militaires.

Des habitants de Rangoun klaxonnent et tapent sur des casseroles pour marquer leur opposition au coup d’Etat, dans la nuit du 4 au 5 février.

Près de 150 arrestations

Les généraux, qui ont mis brutalement fin lundi à la fragile transition démocratique du pays, poursuivaient les interpellations, malgré les condamnations venues de l’étranger.

Win Htein, 79 ans, vétéran de la LND, « a été interpellé au domicile de sa fille » à Rangoun, vendredi à l’aube, a fait savoir le porte-parole du parti. « Je m’attends à être arrêté, mais je ne suis pas inquiet. Nous sommes habitués à la lutte pacifique », avait déclaré mercredi sur RFI Win Htein, qui a passé plus de vingt ans en détention lorsque la junte était au pouvoir.

Le réalisateur Min Htin Ko Ko Gyi, qui a déjà fait de la prison pour avoir critiqué l’armée, a également été interpellé, d’après son neveu.

Quatre jours après l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, ce sont près de 150 responsables politiques et militants ont été interpellés d’après les données de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, une organisation non gouvernementale établie à Rangoun.

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Accès à Twitter restreint

La peur était vive dans le pays, qui a déjà vécu près de cinquante ans sous un régime militaire depuis son indépendance, en 1948. Mais, depuis les répressions de 1988 et de 2007, la donne a changé : les Birmans utilisent désormais la Toile pour résister.

Des groupes appelant à la « désobéissance civile » se sont créés sur Facebook, porte d’entrée d’Internet pour des millions d’habitants. En réponse, l’armée a ordonné aux fournisseurs du pays de bloquer l’accès à la plate-forme. Ses services étaient toujours perturbés vendredi. Aussi, beaucoup sont passés sur Twitter et les hashtags #hearthevoiceofmyanmar (« Entendez la voix de la Birmanie »), #respectourvotes (« Respectez nos votes ») ont été utilisés des millions de fois, notamment par plusieurs célébrités birmanes.

Vendredi soir aux alentours de 22 heures (16 h 30 heure français), l’accès à Twitter a commencé à être restreint dans le pays. Telenor, l’un des principaux opérateurs de télécommunications du pays, a confirmé que les autorités avaient ordonné, vendredi, le blocage de Twitter et d’Instagram, et ce « jusqu’à nouvel ordre ».

L’entreprise, basée en Norvège, « a contesté la nécessité et la proportionnalité de la directive (…) et souligné [sa] contradiction avec le droit international relatif aux droits de l’Homme », a-t-elle indiqué dans un communiqué, se disant « gravement préoccupée ».

Puis Twitter a condamné samedi l’ordre de l’armée birmane de bloquer l’accès à sa plateforme. « Nous sommes profondément préoccupés par l’ordre de bloquer les services internet », a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) un porte-parole de Twitter. Cela porte atteinte « au droit des gens de faire entendre leurs voix ».

Selon un document du ministère des transports et des communications, Twitter et Instagram étaient utilisés pour « provoquer des malentendus chez le public ». D’autres services de Facebook tels que Whatsapp connaissent eux aussi des perturbations.

Nouvelles élections promises

Le putsch a aussi ses partisans, dont plusieurs centaines se sont réunis jeudi dans la capitale. Le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, a justifié le coup d’Etat en alléguant d’« énormes » fraudes lors des élections législatives de novembre, largement remportées par la LND. Les observateurs indépendants n’avaient pas décelé de problèmes majeurs lors du scrutin. Les militaires, qui ont instauré l’état d’urgence pour un an, ont promis la tenue d’élections libres à l’issue de cette période.

Aung San Suu Kyi, fille d’un héros de l’indépendance assassiné, est adulée dans son pays depuis qu’elle a pris la tête de l’opposition démocratique face à la junte en 1988, passant quinze années en résidence surveillée. Son image s’est en revanche beaucoup écornée à l’étranger, de nombreuses voix condamnant sa passivité dans la crise des Rohingya.

Le Monde avec AFP

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