La campagne de vaccination débute en France – Le Figaro

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INFOGRAPHIE – Les premiers patients ont reçu une injection contre le coronavirus dans deux structures hospitalières, à Sevran (Seine-Saint-Denis) et à Dijon (Bourgogne).

«Ça chauffe!», a réagi Mauricette aussitôt après l’injection. À 78 ans, l’ancienne habitante du Bourget (Seine-Saint-Denis) accueillie dans l’unité de soins de longue durée de l’hôpital René-Muret de Sevran (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Seine-Saint-Denis) est devenue hier la première Française à bénéficier du vaccin de Pfizer et BioNTech contre le Covid-19. Elle se verra injecter une seconde dose dans 21 jours. Son système immunitaire produira alors des anticorps efficaces pour lutter contre le Sars-CoV-2, la protégeant du Covid-19, qui a déjà fait plus 60.000 morts dans le pays. Selon les données publiées par le laboratoire allemand, le vaccin pourrait même s’avérer efficace dès le 11e jour après la première dose.

Dans la matinée, une dizaine d’autres résidents de plus de 75 ans de la même unité de soins, ainsi qu’un de leurs médecins (âgé de plus de 65 ans), se sont, eux aussi, vu administrer une première dose de vaccin. En début d’après-midi, c’est une dizaine de pensionnaires du centre gériatrique de Champmaillot, dépendant du CHU de Dijon, et un médecin spécialiste (âgé de plus de 65 ans) qui leur ont succédé.

«Nous avons assisté à un coup d’envoi symbolique de la campagne vaccinale», analyse Jérôme Marty, médecin généraliste et président du syndicat Union française pour une médecine libre (UFML). Le Dr Marty craint cependant que la véritable campagne ne s’avère plus complexe à mettre en œuvre. «Le protocole distribué par les autorités est assez lourd, et semble plus adapté aux grosses structures comme l’AP-HP qu’à la réalité des Ehpad. J’ai de vraies interrogations sur la capacité de tous ces établissement à le mettre en place correctement.» Principal sujet d’inquiétude, le consentement des patients. Le vaccin n’étant pas obligatoire, chacun doit manifester clairement son choix. «Dans les Ehpad, beaucoup de pensionnaires n’ont pas toutes leurs capacités cognitives, continue le médecin. Dans ce cas, il faut mobiliser la personne de confiance. Que fait-on quand elle n’est pas désignée? Si la famille n’est pas d’accord? Il ne s’agit pas d’une simple piqûre, il y a tout un procédé en amont pour lequel les personnels ne semblent pas assez accompagnés.»

Le gouvernement espère avoir vacciné 15 millions de personnes à l’horizon de cet été, avec des vaccins 100% gratuits pour l’ensemble des assurés.

D’ici la fin du mois de février, un million de personnes devraient suivre les pensionnaires dijonnais et sevranais dans les 7 000 Ehpad de France. La montée en puissance de la campagne vaccinale sera ensuite progressive. Elle concernera la semaine prochaine 23 établissements dans les régions de Paris, Lyon, Lille et Tours, avant de s’intensifier pour atteindre une centaine de lieux dans les deux premières semaines de janvier. «C’est à ce moment que l’on pourra juger le dispositif et notre bonne préparation, juge Jérôme Marty. Suivront tous les retraités de plus de 65 ans jusqu’au printemps, puis le reste de la population âgée de 16 ans et plus, toujours sur une base volontaire. Le gouvernement espère avoir vacciné 15 millions de personnes à l’horizon de cet été, avec des vaccins 100% gratuits pour l’ensemble des assurés.

Une première victoire de poids

Avec la France, c’est l’ensemble des pays de l’Union européenne qui ont entamé dimanche leurs campagnes de vaccination contre le Covid-19, saluant une première victoire de poids dans la lutte contre le coronavirus. «Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser flamber l’épidémie à nouveau», a réagi dans le Journal du dimanche le ministre de la Santé, Olivier Véran, alors que l’épidémie marque un plateau légèrement ascendant depuis le début du mois de décembre. «Si la tendance de hausse lente se maintient, les services hospitaliers demeureront sous tension, explique sur Twitter l’équipe de modélisation de l’épidémiologie et de l’évolution des maladies infectieuses de Montpellier (CNRS, IRD, université de Montpellier). Si on ajoute un effet du réveillon de Noël, cela suffirait malheureusement à faire repartir l’épidémie avec un risque prononcé d’avoir plus de 3 000 personnes en soins intensifs au 1er février.» Interrogé sur l’éventualité d’un troisième confinement, le ministre de la Santé s’est dit prêt à prendre «les mesures nécessaires si la situation devait s’aggraver».

La campagne de vaccination pourrait-elle nous en dispenser? Il est encore impossible de savoir quelle sera la trajectoire épidémique dans les prochains jours, les fêtes de fin d’année ouvrant une période totalement imprévisible. Les rassemblements familiaux du 24 et du 25 décembre risquent d’augmenter les contaminations au sein des foyers, alors que les vacances, avec notamment la fermeture des écoles pendant deux semaines, peuvent contribuer à l’effet inverse. Quant à la discipline des Français lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, difficile de l’anticiper.

Sur le plus long terme, les modèles mathématiques développés par l’Institut Pasteur et présentés par la Haute Autorité de santé (HAS), indiquent que la vaccination de 5 millions de personnes permettrait d’éviter 47,6% à 48,6% des décès de 2021 dus au Covid en ciblant les personnes de 75 ans et plus avec un vaccin efficace à 90%. Il est intéressant de noter que les résultats sont nettement moins impressionnants sur les autres classes d’âge: ainsi on éviterait 11,3% à 11,5% des décès en ciblant les 65-74 ans, 3,6% en ciblant les 50-64 ans et 0,2% en ciblant les 18-49 ans.

Empêcher les formes graves

Des données qui confortent la HAS dans ses recommandations de priorisation, que le vaccin se contente d’empêcher les formes graves ou qu’il permette en plus de limiter la contagiosité. «Les résultats du modèle indiquent que la maximisation des décès et des hospitalisations évités par la vaccination est obtenue en ciblant d’abord les populations de 75 ans et plus», peut-on lire dans le rapport de la HAS.

En revanche, la question est moins évidente pour la mise en place de la «deuxième vague» vaccinale. Si le vaccin ne permet «que» de réduire la sévérité de la maladie, il semble plus opportun de vacciner dans un second temps les 65-74 ans présentant au moins deux comorbidités et les 50-64 ans présentant au moins deux comorbidités. Le but est ainsi d’éviter qu’ils ne développent des formes graves. En revanche, si le vaccin permet de réduire également la transmission, il paraît avantageux de privilégier dans un deuxième temps les groupes contribuant davantage à celle-ci, notamment les 18-49 ans. Seul le suivi attentif des premières vaccinations permettra d’avoir une idée plus précise de l’efficacité sur la transmission, et d’adapter la stratégie vaccinale en fonction des informations remontées.

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