Kinésithérapeutes : le télésoin à l’épreuve du Covid-19

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Kinésithérapeutes : le télésoin à l'épreuve du Covid-19

Depuis l’adoption des mesures de confinement, les kinés ont fermé leur cabinet mais sont tenus de rester joignables pour les patients. Par quels moyens ? Beaucoup pratiquent la téléconsultation via WhatsApp ou Skype, d’autres recourent aux plateformes en ligne, comme Doctolib, dont certaines adaptent leurs services pendant l’épidémie.

Interrogée par ZDNet, une professionnelle sur Paris, qui dispose des coordonnées de ses patients, a fait le choix de garder le lien avec eux par téléphone et sur WhatsApp. Pourquoi WhatsApp ? Elle considère qu’il s’agit d’une “messagerie sécurisée”, mais n’envisage pas du tout de communiquer sur Facebook Messenger, qui, selon elle, est “loin d’avoir un niveau de confidentialité suffisant”.

Il lui arrive de réaliser des visio via WhatsApp pour effectuer des bilans, “guider et conseiller” ses patients. Mais ce genre de consultation à distance n’est possible qu’au “cas par cas” estime-t-elle. “Ce n’est pas pour tout, ni pour tout le monde, et le métier de kiné reste un métier manuel”. Un autre praticien d’Ile-de-France partage le même constat : “Je pense que dans notre métier nous sommes des mécaniciens du corps humain. Donc pour apprendre à quelqu’un à conduire ou diagnostiquer une voiture à distance pourquoi pas, mais pour la réparation, il faut mettre les mains dessus”.

“Nous avons des patients lombalgiques, pour qui, des mouvements bien guidés et du renforcement musculaire peut être utile” assure-t-il. Comme beaucoup, ce professionnel ne s’estime toutefois “pas préparé à ce genre d’événement”.

“Alors tu improvises !” sourit-il au téléphone. Face à l’urgence, lui aussi se tourne vers WhatsApp. Dans la pratique, le professionnel estime qu’avoir un “bon smartphone” est important. “Il faut bien positionner son téléphone quand on explique un exercice, et il faut que le patient le positionne bien aussi quand il le lâche pour faire les exercices…souvent hors champ !” D’où l’importance d’un mode “grand angle” pour le cadrage, note-t-il.

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Et le RGPD dans tout ça ?

Dans ces circonstances exceptionnelles, les kinés peuvent-ils utiliser WhatsApp ? “C’est difficile de se prononcer” juge Maître Jeanne Bossi Malafosse, avocate associée au sein du Cabinet DELSOL Avocats, spécialisée en protection des données personnelles et systèmes d’information de santé, DPO de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK), interrogée par ZDNet. “Ce qui est certain, c’est que la situation sanitaire actuelle a rebattu les cartes.”

“Hors Covid-19, WhatsApp n’est pas sécurisé pour partager les données médicales” assure la juriste. Mais “des dérogations sortent tous les jours actuellement” note-t-elle. “Il est donc difficile de juger les cas particuliers, à savoir si un kiné choisit, dans l’urgence, de se servir de Skype ou WhatsApp pour garder le contact avec ses patients” estime-t-elle.

Quid des données personnelles recueillies ? “Cette question n’a pas été tranchée. Il faudra passer au crible la totalité des contrats des solutions en ligne, mais nous sommes submergés” fait part, quant à lui, Jean-François Dumas, secrétaire général de l’Ordre, à ZDNet.

Dans ce contexte d’urgence, le syndicat national des masseurs-kinésithérapeutes (SNMKR) appelle, dans un communiqué, les kinésithérapeutes à “faire preuve de créativité pour mettre en place du télésoin, en utilisant tous les outils de communication possible.” Le président du syndicat, Mickaël Mulon, se dit optimiste : “Aujourd’hui, tout est à inventer” explique-t-il à ZDNet, prenant notamment pour exemple l’apparition des sondes connectées ou encore des bracelets connectés.

“Si demain le télésoin est autorisé, alors j’y serai favorable” nous assure la professionnelle basée à Paris, qui affirme utiliser déjà des applications, telle que MonKiné, pour prescrire des exercices à distance et les envoyer par mail aux patients connectés.

Un texte attendu dans les prochains jours

Dans l’urgence, l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a demandé la publication d’un texte qui permettrait de mettre en oeuvre des actes de télé rééducation pour les soins interrompus au cabinet. “L’Ordre a déposé une proposition de texte en ce sens au ministère de la Santé” a confirmé Jean-François Dumas.

Une première base légale a été posée l’été dernier au travers de la loi du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, dont l’article 53 porte sur le télésoin. Mais aucun décret d’application n’a été publié à ce jour. C’est pourquoi une distinction s’opère entre les actes de télémédecine et de télésoin, les premiers étant très encadrés tandis que les seconds sont toujours en attente d’un texte d’application. “Ce texte pourrait être publié dans l’urgence du Covid-19” indique Maître Jeanne Bossi Malafosse, soulignant l’importance de bien distinguer “le temps normal à cette période de confinement”.

“L’Ordre soutient la mise en place du télésoin dans le cadre du conseil, de l’éducation thérapeutique et du suivi de contrôle de l’auto-rééducation, à condition que la première séance puisse avoir lieu en présentiel” explique Jean-François Dumas. Jusqu’alors, cette absence d’encadrement avait laissé les kinés dans un “flou juridique”, posant “le problème de remboursement et de paiement à l’acte” précise-t-il.

Alors que les discussions sont en cours avec le Ministère de la Santé et la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, un texte pourrait être publié dans le courant de la semaine prochaine dans le cadre de l’urgence sanitaire. Les détails restent à peaufiner, à savoir la liste des actes qui seront pris en charge ou non.

“On peut imaginer qu’il y aura un avant et un après” observe Jean-François Dumas. Ce qui est certain, c’est que l’usage du numérique n’est pas encore pleinement accepté par tous les professionnels de la santé. “Ce qui les inquiète, c’est de perdre la relation humaine” note Jean-François Dumas.

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