Les oreilles des Balkany vont beaucoup siffler ce jeudi 13 juin. A partir de 13h30, l’avocat du fisc, Me Xavier Normand-Bodard, partie civile à l’audience, va réclamer réparation. Des millions d’euros en jeu. Puis les deux procureurs de l’audience, deux magistrats du Parquet national financier, vont présenter l’ardoise judiciaire aux cinq prévenus de l’audience. Des demandes de peines de prison ferme sont prévisibles. Combien ? Dans le premier procès, celui de la « simple » fraude fiscale, le PNF a requis contre le maire de Levallois quatre ans de prison ferme et un mandat d’arrêt à l’audience, tant selon le parquet « M. Balkany ne reconnaît jamais rien »

Dans ce second procès, celui de la corruption et du blanchiment, la probabilité est forte que le parquet réclame une peine supérieur encore tant le camp Balkany s’échine à nier… jusqu’aux évidences. Trois maisons sont en jeu. Les deux villas des Antilles ne sont plus contestées par les époux Balkany. Et pour cause, quand le juge Van Ruymbeke a fini par obtenir, via des commissions rogatoires internationales, les preuves qu’ils étaient les véritables ayant droit économique de la cascade de sociétés offshore propriétaires des villas, Isabelle puis Patrick Balkany ont reconnu. Pour leur défense, lui pour la villa Serena, elle pour la villa Pamplemousse, prétendent que les fonds ayant servi à l’achat et l’entretien de ces maisons de l’ile de Saint-Martin provenaient de leur fortune familiale. Si Isabelle Balkany a des arguments (des traces de virement de son frère et de sa sœur, domiciliés en Suisse) et une excuse (son frère et sa sœur n’auraient pas voulu qu’elle déclare la provenance des fonds) cela n’explique pas tout. Notamment pourquoi elle n’a tout simplement pas déclaré ces dons familiaux.

Qui est prêt à aller en prison ?

Et pourquoi au contraire, la villa Pamplemousse, via de savants montages, est toujours apparue comme une villégiature de vacances dont les Balkany n’étaient « que » locataire. Quant à Patrick Balkany, qui a acheté la villa Serena au milieu des années 80, avant de la revendre en 2002, même s’il prétend que les fonds venaient de Suisse et de la fortune de son père, rien ne vient étayer ses dires. Lors des débats, Me Normand Bodard lui a déjà demandé s’il avait la moindre trace bancaire d’un compte helvétique de son père, sans obtenir d’autre réponse qu’un haussement d’épaules. Bien peu probable que le parquet retienne l’argument d‘une fortune familiale fantôme…

Reste le cas de la maison de Marrakech, que le camp Balkany dans son ensemble dit être propriété du milliardaire saoudien Mohamed Al Jaber. Assis sur le banc des prévenus, se faisant traduite les débats, Al Jaber nie. Nie. Et nie encore. Face à lui, Jean-Pierre Aubry, homme de confiance du maire de Levallois, prétend qu’Al Jaber lui avait demandé de lui « acheter une maison à Marrakech ». Arnaud Claude l’avocat de la ville de Levallois, assure que lui aussi pensait que « la maison était à Al Jaber ». Patrick Balkany assure qu’Al Jaber avait « besoin d’une planque ». Et enfin, Alexandre Balkany, le fils, prétend avoir loué la maison la mettant ensuite à disposition de ses parents.

Tout un bloc soudé comme un seul homme derrière le maire. Soudé aussi quand un banquier Suisse, Marc Angst, seul témoin cité par le parquet, est venu témoigner. Selon Angst, Jean-Pierre Aubry, dans le bureau de l’avocat parisien Arnaud Claude lui a confié qu’il « portait la maison pour son ami Balkany et qu’il le nierait jusqu’au bout ». Interrogé par le procureur Arnaud de Laguiche, Marc Angst a même reconnu que chaque année, « Arnaud Claude venait en Suisse régler les frais bancaires », soit 15.000 euros annuels, qu’il payait « en espèces ». Une déposition accablante pour le banc de la défense, qui a pourtant continué de faire bloc. Un bloc impressionnant. « Je suis prêt à aller en prison au besoin », avait avoué Jean-Pierre Aubry à Marc Angst. A la barre, même s’il nie aujourd’hui ces aveux, Aubry démontre bel et bien qu’il est « prêt »