VIDÉO – Âgé de 68 ans, José Antonio Urrutikoetxea courait depuis 2002. Il a été interpellé jeudi 16 mai à Sallanches, en Haute-Savoie.

Il était en cavale depuis 17 ans. Un ancien dirigeant historique de l’ETA, José Antonio Urrutikoetxea, alias «Josu Ternera», a été arrêté en France tôt jeudi 16 mai à Sallanches, dans les Alpes françaises, a rapporté le ministère espagnol de l’Intérieur, confirmant les informations des journaux espagnols. En France, on indiquait de source judiciaire que Ternera avait été arrêté en exécution d’un mandat d’arrêt suite à sa condamnation en 2017, en son absence, à 8 ans de prison.

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Considéré comme le numéro un de l’ETA dans les années 1980, l’homme de 68 ans a fait partie des dirigeants les plus influents de l’organisation terroriste. Il était l’un des responsables du groupe lorsque les deux attentats les plus meurtriers se sont produits: l’explosion d’une voiture piégée dans le parking d’un supermarché de Barcelone (21 morts) et l’attentat à la bombe tout près du quartier général de la Garde civile de Saragosse (11 personnes, dont 5 enfants).

«J’ai été, je suis et je serai toujours membre de l’ETA, je suis fier de l’être»

«Josu Ternera», lors de son procès en 1990 en France

Comme le rappelle le quotidien El Pais , il a rejoint le groupe terroriste très jeune, en 1968, année de la première action violente de l’ETA, lorsque le garde civil José Antonio Pardines a été tué. En 1971, «Ternera» part se réfugier en France. Arrêté à Bayonne en 1989, il a été condamné à 10 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris en 1990 pour financement et appartenance à l’ETA, «J’ai été, je suis et je serai toujours membre de l’ETA, je suis fier de l’être», avait-il déclaré lors de son procès. «Je milite dans les rangs de l’ETA depuis ma jeunesse, dès que j’ai pris conscience de la répression qui s’exerçait contre ma culture, mon pays et ma langue. J’ai alors voulu entrer dans une organisation qui luttait sur tous les fronts pour faire reconnaître le droit du Pays Basque à l’indépendance», avait-il ajouté.

«Ternera» passe plusieurs années derrière les barreaux de Fresnes avant d’être expulsé vers l’Espagne en 1996. Deux ans plus tard, il est élu député au parlement régional basque sous l’étiquette d’Herri Batasuna («Union populaire» en Français), considéré comme la branche politique du mouvement, qui sera interdite des années plus tard.

En 2002, «Ternera» disparaît dans la nature. Soupçonné d’être impliqué dans l’attentat de Saragosse en 1987, il est visé par un mandat d’arrêt. À deux reprises, celui-ci refuse de comparaître devant le Tribunal suprême espagnol. Il est considéré comme le commanditaire de cette attaque et l’instigateur de la stratégie d’attentats à la voiture piégée adoptée par l’ETA dans les années 80. Parallèlement, le clandestin œuvre en faveur d’un cessez-le-feu permanent convenu en mars 2006 entre la vitrine politique du mouvement, Batasuna, et les socialistes espagnols. Mais la trêve est de courte durée. Fin 2006, un attentat à l’aéroport de Madrid met fin au cessez-le-feu et au processus de paix engagé avec le gouvernement espagnol. Il est écarté de la direction du groupe.

Il se faisait passer pour un professeur

En décembre 2010, «Josu Ternera» est de nouveau condamné par défaut par la cour d’appel de Paris à sept ans de prison pour «association de malfaiteurs à visée terroriste». Mais le fugitif reste introuvable. À l’été 2013, on apprend qu’il a échappé de peu à une opération de police franco-espagnole, dans un petit village ariégeois. Il vivait depuis 2007 à Durban-sur-Arize, commune de 150 âmes, près de la frontière espagnole. Le Basque se faisait passer «pour un professeur auprès de la population du village et s’efforçait avec sa compagne de passer inaperçus», racontait un journal espagnol à l’époque.

Après des décennies de violences et d’attentats, l’organisation séparatiste, tenue pour responsable de la mort d’au moins 829 personnes depuis 1968, a renoncé à la lutte armée en octobre 2011 et s’est engagée à se désarmer en 2014. Trois ans plus tard, elle a rendu les armes et en mai 2018 a annoncé sa dissolution. Très influent dans l’organisation, «Josu Ternera», qui serait gravement malade, faisait partie des deux hommes qui avaient prononcé la fin de l’ETA.