Jonathann Daval condamné à 25 ans de prison : le récit d’une semaine intense – Le Parisien

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« Faites entrer l’accusé ». Il est 9h05, ce lundi 16 novembre. Empreint de solennité, le président Matthieu Husson déclare ouverts les débats de la cour d’assises de la Haute-Saône. En raison de l’affluence médiatique, la formule consacrée fait aussi inévitablement écho à sa jumelle télévisuelle, qui intitule la fameuse émission consacrée aux faits divers : 41 journalistes accrédités et presque autant qui patientent sur le perron du palais de justice de Vesoul, guettant à chaque suspension du procès Daval les réactions des acteurs de ce dossier hors-norme. Une frénésie qui ne se démentira jamais, tout au long de la semaine.

« Oui ». En cette première matinée, Jonathann Daval, visage craintif et les traits tirés, confirme qu’il est bien l’auteur, et le seul auteur, du crime dont on l’accuse : le meurtre de son épouse Alexia, frappée, étranglée et brûlée dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017 à Gray.

Devant l’horreur des photos, la salle se fige

Mais comment pourrait-il en être autrement? Les enquêteurs défilent à la barre. Dès le premier jour, le mari est suspect. Tout est déjà là : les premières incohérences, la mésentente du couple, les griffures, la morsure. Les retours d’expertises – le mouchard GPS, le moulage des pneus, la bombe aérosol, les écoutes − transformeront les suspicions en certitudes.

Bientôt, la technique cède la place à l’horreur. En fin de journée, les proches d’Alexia désertent la salle, plongée dans la pénombre et devant l’insoutenable : les photos de la découverte du corps sont projetées sur écran géant. La salle se fige face à ce cadavre carbonisé, annihilé. La réalité crue de ce crime que l’accusé ne veut pas voir en face, caché derrière la rambarde de son box.

Pas plus qu’il ne semble vouloir entendre le rapport d’autopsie, détaillé le mardi 17 novembre par le légiste. Jonathann Daval se bouche les oreilles, recroquevillé sur lui-même. A-t-il même violé Alexia après sa mort? L’a-t-il empoisonnée? Des traces de sperme et de médicaments ont semé le doute. Les médecins partagent leurs recherches, leurs hypothèses. Leurs limites, aussi. La journée se referme sans certitude, et sans plus d’explication sur les mystérieuses « crises » d’Alexia.

«J’ai encore du mal à admettre que je l’ai fait…»

Une femme hystérique et violente, comme la dépeint son époux? Ou une femme éprise d’un homme aux deux visages, cet « être atypique aussi gentil que diablotin », qu’elle décrit dans une vibrante lettre d’amour, lue par sa mère Isabelle Fouillot? A la barre, mercredi 18 novembre, les parents d’Alexia livrent tout à tour un émouvant plaidoyer pour leur fille, trahie comme eux par un homme à qui elle adressait ces mots, quatre ans avant sa mort : « Mon Valentin. J’ai juste besoin de toi. Si tu m’aimes, prends soin de moi. Comble-moi. Je t’aime. »

PODCAST. L’affaire Daval. Des pleurs aux aveux d’un époux dans le mensonge

« Je voudrais d’abord donner des excuses, même si c’est pas excusable ce que j’ai fait ». L’accusé, enfin appelé à s’exprimer sur les faits, présente, ému, ses regrets d’avoir « menti », d’avoir « détruit » les proches d’Alexia. Puis entame, d’un ton robotique, son récit de cette fatale nuit et cette dispute, née d’une injonction mal vécue à procréer. « Elle était fixée sur la grossesse, dit-il d’Alexia. C’était : l’enfant, l’enfant, l’enfant. » Le président lui fait part de ses doutes sur la réalité de cette demande de relation sexuelle, incohérente ce soir-là. Pris en défaut, Jonathann Daval s’effondre, victime d’un malaise vagal. Il est 19h35, il est conduit aux urgences de l’hôpital de Vesoul, où il passera la nuit.

Le lendemain, jeudi 19 novembre, l’interrogatoire reprend, d’un ton clinique : la dispute, les reproches, les « mots de trop » sur ses problèmes d’érection, puis la morsure. « Là, j’ai pété un câble, ça m’a mis hors de moi, j’étais en rage », raconte l’accusé, dénué d’émotion. « Je la plaque contre le mur. Je lui cogne deux fois la tête avant de la frapper ». Puis : « je l’ai saisie par le cou, j’ai serré. Pour qu’elle se taise ». Oui, il voulait « donner la mort » ce soir-là, reconnaît-il pour la première fois, avant de soudain, fendre l’armure… ou feindre de le faire : « J’ai encore du mal à admettre que je l’ai fait », pleure-t-il.

«J’ai besoin de savoir»

Plus tôt dans la matinée, les experts psychiatres et psychologues avaient justement décrit ce double visage, l’un « lisse et convenable », l’autre « solide et beaucoup plus agressif », révélé par l’acte criminel. Une « personnalité pathologique », un « caméléon » qui s’adapte aux attentes de l’autre pour se nourrir de lui, parvenant à mentir tout en offrant d’indéniables accents de sincérité.

En témoignent ses larmes dans le bureau du juge d’instruction, lors d’une confrontation avec sa belle-mère le 7 décembre 2018, et dont le film est projeté à l’ouverture de l’audience, vendredi 20 novembre. Instant judiciaire surréaliste : on y voit le criminel, le menteur enfoncé dans le déni de sa version du « complot familial », céder à nouveau la place au « gentil » Jonathann et tomber à genoux. Celui qu’Isabelle Fouillot finit par prendre dans ses bras pour le remercier d’avoir avoué. Or, pour la crémation, il mentait encore…

VIDÉO. Meurtre d’Alexia : Jonathann Daval condamné à 25 ans de prison

« C’est la dernière fois que je te vois, c’est la dernière fois qu’on se parle tous les deux. J’ai besoin de savoir », énonce la mère d’Alexia dans la foulée à la barre, regard maternel vers l’accusé. Tous s’y sont essayés, mais seule Isabelle Fouillot peut encore espérer accoucher Jonathann Daval d’une vérité – si tant est qu’il n’ait pas déjà tout dit. De cet accusé indéchiffrable, et de ce dossier encore empreint de plusieurs incohérences, on peut tout imaginer, et même le pire. Sa belle-mère, elle, croit tout simplement qu’Alexia voulait divorcer. « Ne me dis pas que tu l’as tuée seulement pour quelques mots… » L’échange est d’une extraordinaire intensité, la salle happée. Mais son gendre se refuse. « Non », il n’était pas question de séparation. « Non. Non. Non. » Dont acte. « Je te souhaite un bon séjour en prison, Jonathann. Adieu ».

«Une décision à la hauteur de nos souffrances»

« Sang-froid, détachement, cynisme horrifiant ! », fustige au nom des Fouillot Me Gilles-Jean-Portejoie. Alexia, cette jeune femme « massacrée », « traînée comme un vulgaire sac à patate dans les ronces », puis brûlée « pour faire en sorte qu’elle n’ait jamais existé », s’indigne le bâtonnier : « Nous attendons une décision à la hauteur de nos souffrances », demande-t-il au terme de sa plaidoirie, clôturant, en cette soirée du vendredi 20 novembre cinq journées d’audience d’une extrême densité.

Le lendemain, l’avocat général requiert la réclusion criminelle à perpétuité. Condamné à 25 ans de prison, Jonathann Daval fait savoir qu’il ne fera pas appel.

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