Joe Biden, la victoire d’un rescapé – Le Monde

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Publié aujourd’hui à 18h13, mis à jour à 18h18

La vie commence-t-elle à 78 ans ? Lorsqu’il s’avancera pour prêter serment de défendre la Constitution et devenir le 46e président des Etats-Unis d’Amérique, le 20 janvier, après sans doute la plus tumultueuse des transitions, Joe Biden pourra enfin se poser cette question sans pouvoir encore y répondre. Que sera son élection ? Un épilogue en majesté ou bien un improbable nouveau départ ?

Joe Biden lors d’un rassemblement au volant au Heinz Field à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 2 novembre

A deux reprises, il a envisagé des candidatures à l’élection présidentielle comme des points culminants d’une carrière d’un parfait classicisme, engagée au Sénat des Etats-Unis en 1972. Pour sa première tentative, en 1987, il avait mis en avant un argument générationnel qui tenait en une ligne : son âge, 45 ans à l’époque. Cette candidature était à ce point dépourvue de souffle qu’elle avait été éteinte par une polémique liée à un médiocre plagiat. Comme si Joe Biden avait eu besoin de l’inspiration du dirigeant travailliste britannique Neil Kinnock pour masquer sa peine à habiller son ambition de convictions.

La deuxième, vingt ans plus tard, avait été placée sous le signe de la méritocratie. Le président de la prestigieuse commission sénatoriale des affaires étrangères et ancien président de la commission des affaires juridiques, offrait en partage ses trente-six ans d’expérience et d’ancienneté. Mais Joe Biden n’avait pas tenu la distance face à deux candidatures qui promettaient d’écrire une page d’histoire, celles d’Hillary Clinton et de Barack Obama.

Le sens d’une troisième tentative

La compétence n’avait cependant pas été mise au rebut. Le jeune sénateur de l’Illinois, qui n’avait que 11 ans lorsque Joe Biden avait été élu pour la première fois dans le Delaware, avait fait de lui un vice-président. Tout en se montrant d’une loyauté inattaquable, le second concevait son poste comme une antichambre vers la présidence. Mais Barack Obama était alors convaincu que l’heure d’une femme, Hillary Clinton, son ancienne adversaire des primaires de 2008, avait sonné.

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Contraint et forcé, Joe Biden en avait pris acte. Il avait contemplé avec impuissance la campagne laborieuse qui s’était achevée par la victoire de Donald Trump, convaincu qu’il aurait pu faire rempart contre la désertion des cols bleus. Il ne pouvait être qu’accablé par l’effet dévastateur du mépris de classe qui avait affleuré lorsque la démocrate avait stigmatisé les « pitoyables » qui composaient, selon elle, une partie des fidèles du président.

Joe Biden, à droite, et l’ancien président Barack Obama se saluent avec un coup de coude, à la fin du rassemblement au Northwestern High School de Flint, Michigan,le1 octobre 2020.

Quatre années plus tard, le sens d’une troisième tentative aurait pu s’avérer une nouvelle fois introuvable. A quoi bon être le plus vieux candidat, pour espérer devenir le plus vieux président, quand une nouvelle génération de sénateurs et de sénatrices, de gouverneurs, de maires et d’hommes d’affaires, l’un d’eux né après son élection au Sénat, frappait à la porte ? Comment tenir tête face à ce flot rompu aux nouvelles façons de faire de la politique, rapide, mobile et déterminé.

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