Joe Biden face à l’affaissement moral des Etats-Unis – Le Monde

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Le président américain élu Joe Biden lors d’une conférence de presse le 7 janvier à Wilmington (Delaware).

« Laissez-moi être clair : les scènes de chaos au Capitole ne représentent pas qui nous sommes. » Le 6 janvier, Joe Biden a essayé d’incarner une forme de dignité et d’autorité respectable, en réaction aux émeutes de Washington. Par ces mots, le président élu poursuivait le récit de sa campagne victorieuse : celui d’une promesse de réconciliation, de restauration sur le plan des valeurs et du fonctionnement correct des institutions. Mais le vertige historique qui a saisi le Capitole et le pays entier révèle exactement ce qu’est l’Amérique aujourd’hui : un pays déchiré, abîmé, aux institutions sous tension, où brûle la haine décomplexée chez les extrémistes trumpiens, et dont l’image à l’étranger est durablement affectée.

Joe Biden sera investi le 20 janvier. Président, il sera entouré d’une équipe compétente et expérimentée, notamment en politique étrangère. Grâce à la double victoire arrachée lors du scrutin en Géorgie, il disposera même d’une courte majorité au Sénat. Sa marge de manœuvre sera donc plus large que prévu. Tous ceux, notamment en Europe, qui attendent un réengagement américain constructif dans les affaires du monde devraient donc trouver là des motifs d’espoir. L’équipe Biden n’a-t-elle pas souhaité constituer une coalition pour la démocratie, réhabilitant des expressions comme « leadership moral » ou « monde libre » ? Vapeurs d’un temps révolu.

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Hélas, le départ de Donald Trump ne sera pas une cure miraculeuse. Le jardinier en chef a fait son œuvre : les graines d’une haine trafiquée en patriotisme ont germé, grâce au soutien d’un écosystème médiatique irresponsable, à droite. L’intolérance et les réflexes complotistes conditionnés ne sont pas de simples perturbations passagères, par rapport à l’immense victoire électorale, en nombre de voix, de Joe Biden. Ils en relativisent et en diminuent la portée, creusant la polarisation.

Conviction ébréchée

Le court-circuit américain, dont ces émeutes représentent l’acmé en imposant des mots comme « sédition » ou « insurrection » dans le débat public, finit de vider de sa substance l’exceptionnalisme dont s’est longtemps prévalu le pays. Ce processus ne date pas d’hier. Le discours du secrétaire d’Etat Colin Powell à l’ONU, en 2003, sur les supposées armes de destruction massive de l’Irak, avait fracassé la crédibilité des discours sur la liberté à l’export. La pratique systémique de la torture et les détentions illégales, qui ont suivi l’intervention en Irak au nom de la lutte sans fin et sans limites contre le terrorisme, ont fini de déstabiliser un Moyen-Orient déjà traversé de tensions.

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