“Je n’oublierai jamais”: le témoignage de François Molins avant le procès des attentats de janvier 2015 – BFMTV

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L’ancien procureur de la République de Paris, François Molins, revient pour BFMTV sur les attentats de janvier 2015, les premiers d’une longue série qui ont meurtris la France.

Il est devenu au fil des mois et des conférences de presse l’un des visages de la période violente qu’a connu la France en 2015 et 2016. François Molins était le procureur de la République de Paris lorsque la rédaction de Charlie Hebdo, la policière de Montouge et le magasin Hyper Cacher ont été attaqués entre les 7 et 9 janvier 2015.

Le 7 janvier 2015, François Molins est prévenu immédiatement de la tuerie qui vient de se produire dans les locaux de l’hebdomadaire satirique situés dans le 11e arrondissement de Paris. Deux hommes lourdement armés, Cherif et Saïd Kouachi, ont fait feu dans la salle où se tenait la conférence de rédaction. Dix personnes ont été assassinées. Juste avant, les terroristes ont également tué un employé en charge de la maintenance dans l’immeuble voisin à celui de Charlie Hebdo et blessé un journaliste.

“Une scène de guerre”

Le procureur se rend sur les lieux. “Je n’oublierai jamais le silence et l’odeur mêlée à la fois de sang et de poudre qui règne dans l’immeuble”, confie aujourd’hui François Molins sur notre antenne. “Je vais jusqu’à l’entrée de la salle de rédaction dans laquelle on ne peut évidemment pas entrer. C’est un véritable carnage, c’est plus qu’une scène de crime, c’est une scène de guerre. Je n’ai jamais vu ça (…) dans la mesure où on est confronté à une petite salle dans laquelle les gens avaient été exécutés de sang froid, par à-coups, ce n’est pas des rafales, à l’arme de guerre.”

François Molins évoque alors une vision d’horreur face à “un enchevêtrement de corps effroyable”. “Ce sont des images qu’on ne peut pas oublier, c’est certain”, souffle-t-il gravement.

Avec cette attaque meurtrière, la France est plongée dans l’horreur et l’angoisse. Pour les autorités débutent alors trois jours de traque qui se concluront pour les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële. Dans le même temps, Amedy Coulibaly assassine une policière à Montrouge avant de tuer quatre personnes et de retenir en otages des clients dans un magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris.

“Le plus dur, c’est ce qui nous animera pendant trois jours”, concède l’ancien procureur de la République de Paris. “C’est d’abord un effet de sidération par rapport à ce qu’on vient de connaître et dont on ne s’attendait pas du tout, et une forme d’angoisse permanente de ne jamais sortir de la spirale infernale d’événements qui vont s’enchaîner pendant trois jours et qui peuvent laisser craindre qu’on ne s’en sortira jamais. On est face à un enchaînement d’événements qu’on ne maîtrise plus et dont on ne verra pas la fin.”

“Sentiment d’impuissance”

Entre le mercredi 7 et le vendredi 9 janvier 2015, Cherif et Saïd Kouachi sont introuvables. Leur trace est repérée d’abord dans l’Aisne, où ils ont braqué une station-service, puis dans une forêt en Seine-et-Marne. Des indices qui ne conduisent pas, malgré tout, les enquêteurs jusqu’à eux. Amedy Coulibaly est lui aussi activement recherché depuis qu’il a assassiné Clarissa Jean-Philippe une policière municipale à Montrouge.

“On n’arrive pas à trouver Amedy Coulibaly malgré trois perquisitions qui seront organisées dans la nuit de jeudi à vendredi sur trois lieux possibles”, se remémore François Molins. Il se souvient arriver à la journée de vendredi “avec un sentiment d’impuissance”. “Comment on va s’en sortir? Qu’est-ce qui va arriver?” font partie des questions qu’il se pose à cet instant.

Cherif et Saïd Kouachi réapparaissent le vendredi matin lorsqu’ils prennent en otage le gérant d’une imprimerie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. En fin d’après-midi, après avoir relâché leur otage, ils sortent, armes à la main, et sont neutralisés par le GIGN déployé sur place. Dans le même temps, le Raid lance l’assaut pour mettre fin à la prise d’otages dans l’Hyper Cacher qui dure depuis 4 heures cet après-midi là. Amedy Coulibaly tire sur les policiers qui ripostent.

Un procès “nécessaire”

Plus de cinq ans après ces attaques qui ont fait 17 morts s’ouvre mercredi le procès de 14 personnes soupçonnées d’avoir apporté une aide aux terroristes dans la préparation de leurs actions. Trois de ces accusés seront jugés en leur absence. Un procès, au cours duquel François Molins aurait aimé requérir. Et que l’ancien procureur de la République de Paris juge nécessaire malgré l’absence des trois terroristes.

“Les trois auteurs des assassinats sont morts, vous avez quand même des gens dont la responsabilité est recherchée dans ce procès qui sont toujours vivants et qui sont toujours recherchés par des mandats d’arrêt”, rappelle l’actuel procureur général près de la Cour de cassation. “Je pense à Hayat Boumeddiene (la femme d’Amedy Coulibaly, NDLR) et les frères Belhoucine. Vous avez toute une myriade de complices qu’on accuse d’avoir participé à la préparation et d’avoir fourni des instruments pour commettre les actions.”

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Pour François Molins, ces dix semaines d’audience, pendant lesquelles de nombreux témoignages seront entendus, sont primordiales pour les victimes mais aussi pour la mémoire collective. “Même si les auteurs des assassinats ne sont pas là, je pense que ce procès il a beaucoup de sens, il a beaucoup de sens d’abord pour les victimes”, explique-t-il. A commencer pour les survivrants:

“Je pense toujours au regard de ceux qui ont pu sortir vivant de la salle de rédaction, c’est quoi leur vision des choses alors qu’ils essayaient de se protéger? C’est la vision de jambes et de pieds masqués avec des treillis noirs des gens qui leur ont tiré dessus. Je pense qu’ils ont quand même le droit à autre chose. Le procès, en permettant de nommer les choses, de les qualifier, d’expliquer comment ça s’est passé, pourquoi ça s’est passé, ça participe de ce travail de reconstruction, de catharsis. Et ça, je pense que toutes les victimes elles y ont le droit.”

Justine Chevalier avec Sarah-Lou Cohen

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