« Jamais, jamais, je n’ai cru qu’il y avait un risque » : habitants et élus des vallées inondées tentent de comprendre la catastrophe – Le Monde

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Les habitants de Roquebillière (Alpes-Maritimes), privés d’eau potable et d’électricité, le 3 octobre.

C’est maintenant qu’il faut commencer à comprendre comment s’est produite la catastrophe. Maintenant que l’eau s’est retirée, laissant seulement cette boue marron qui enlaidit tout. Maintenant que l’on compte les morts – 6 retrouvés en France et en Italie –, tout en cherchant encore huit personnes disparues sous les yeux de témoins et treize autres dont plus personne n’a de nouvelles depuis vendredi. C’est maintenant que, dans chaque village, on cherche à reconstituer les imprudences et les alertes négligées. Cette maison-là, en partie effondrée, n’était-elle pas trop près du fleuve ? Et ce camping, dont il ne reste rien ?

Comment une région pourtant habituée aux pluies diluviennes d’automne et aux crues qu’elles entraînent peut-elle offrir un tel spectacle de désolation ? D’abord, par la rare conjonction d’un phénomène courant avec la tempête Alex, tellement inhabituelle. Et pour cause : 500 mm d’eau, soit 500 litres par mètre carré, sont tombés en seulement vingt-quatre heures à Saint-Martin-Vésubie, ce village dévasté qui n’a pas terminé de compter ses morts. Mais aussi peut-être, comme commencent à l’évoquer des anciens de la vallée, par l’effet d’un certain déni de la fragilité de leur territoire face aux changements climatiques.

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Vendredi 2 octobre au matin, le département est placé en vigilance rouge « pluie inondation » par Météo France. A 11 heures, la SNCF stoppe ses trains entre Toulon et Vintimille, ainsi qu’entre Nice, Breil-sur-Roya et Tende, dans l’arrière-pays. La préfecture et de nombreuses entreprises renvoient leurs employés chez eux pour éviter d’engorger les routes. Les écoles ferment. EDF, qui gère cinq barrages dans l’arrondissement de Nice, dont quatre dans les vallées inondées, est en alerte, elle aussi. Ses capteurs de crue ont noté l’accumulation d’eau liée aux précipitations exceptionnelles et ses ingénieurs ont immédiatement mis en sécurité les ouvrages.

L’eau a atteint jusqu’à quatre mètres dans les maisons, à Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes), le 4 octobre.

Le préfet demande aux maires de la Vésubie, comme à ceux de la Tinée et de la Roya, les trois vallées les plus menacées, d’activer le plan de sauvegarde communal. A Saint-Martin-Vésubie, la plupart des habitants vivant sur les berges du fleuve se mettent à l’abri. Sauf ce couple de retraités, qui refuse de partir et qui sera emporté quelques heures plus tard avec sa maison. A plus de deux heures de là, au bout d’une route en lacet, les pompiers arrivent à Breil-sur-Roya. Le maire a fait sonner la sirène et un message est diffusé par haut-parleur : « Ne sortez pas. Fermez vos fenêtres et vos volets. » Mais l’évacuation des maisons le long du fleuve n’est pas encore à l’ordre du jour.

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