« J’ai pris conscience qu’on peut mourir d’enseigner » : des milliers de personnes rassemblées en France en hommage à Samuel Paty – Le Monde

Spread the love
  • Yum

Contre l’horreur, la mobilisation : à l’appel de plusieurs syndicats enseignants et d’associations, ainsi que Charlie Hebdo, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, dimanche 18 octobre, à Paris et partout en France, en hommage à Samuel Paty, l’enseignant assassiné vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, un attentat islamiste qui a suscité une émotion nationale.

Lire : Attentat de Conflans : ce que l’on sait de l’enquête après le meurtre brutal de Samuel Paty

Théâtre de la manifestation historique qui avait suivi les attentats de janvier 2015, la place de la République à Paris s’est remplie en début d’après-midi de milliers de personnes venues défendre la liberté d’expression, dire non à « l’obscurantisme » et chanter La Marseillaise.

Comme prévu, c’est aussi à travers toute la France que la liberté d’expression a été défendue. Que les hommages ont été rendus. #JeSuisProf #MonsieurPaty… Manifestants, enseignants, élus et anonymes ont brandi des pancartes, observé des minutes de silence, et applaudi en chœur en Ile-de-France, à Grenoble, Marseille, Lille, Toulouse, Reims ou Bordeaux.

Maxime et Nathalie, professeurs des écoles à Chelles, et Mehdi, professeur en lycée professionnel à Neuilly-sur-Marne, lors du rassemblement place de la République à Paris le 18 octobre.

« On est là en tant qu’enseignants », a déclaré Maxime, professeur des écoles à Chelles (Seine-et-Marne) qui manifestait place de la République, aux côtés de collègues, comme Mehdi, qui était présent pour « rappeler qu’on est un Etat laïc, et qu’il faut crever les abcès ». Membre du collectif Chelles en colère, qui réunit enseignants et parents d’élèves, le professeur a partagé sa crainte : « On a l’impression d’avoir tout sur le dos. Les chaînes d’information, les politiques et maintenant, on nous tue parce qu’on fait notre travail. On a des collègues qui se sont suicidés, et on nous tue à la sortie des collèges. » Comme Nathalie, également professeure des écoles à Chelles, qui a « pris conscience qu’on peut mourir d’enseigner ».

Avec ses élèves, Elsa, professeure en lycée professionnel, venue serrer les rangs à Paris et soutenir la famille du professeur Paty doit, elle, aborder la liberté d’expression dès la fin des vacances de la Toussaint. Avec un peu d’appréhension, mais « sans hésitation », confie-t-elle, car le plus important pour elle, « c’est les élèves. Comment allons-nous éduquer la génération qui arrive ? »

Elsa, professeure en lycée professionnel, et Eva, conseillère principale d’éducation, sont venues sur la place de la République “en soutien de la famille” du professeur tué à Conflans-Sainte-Honorine.

« Le travail des équipes pédagogiques pour faire comprendre tous ces concepts » nécessitait d’être salué aujourd’hui, selon Joëlle et François, venus à Paris depuis Vitry-sur-Seine. Parents d’un enfant qui vient d’entrer en classe de 4e, ils ont insisté sur la confiance à accorder aux enseignants. « Nous sommes le résultat de notre histoire : ces valeurs de liberté, de laïcité, de démocratie ne doivent pas rester que des mots, il faut continuer de les faire vivre et être sur cette place y participe », estime Joëlle, sophrologue. En 2015, avec son mari, elle était déjà venue sur la place de la République après l’attentat à Charlie Hebdo : après le rassemblement de ce dimanche, ils espèrent ne pas avoir à y revenir.

Bien sûr, les souvenirs de Charlie Hebdo sont remontés. « A l’époque, on disait que les terroristes avaient visé des personnes “qui l’avaient un peu cherché”. Cet événement montre une fois de plus que tout le monde peut être visé, que nous sommes tous concernés », déclare Stéphane, enseignant dans le supérieur, rencontré place de la République. Aujourd’hui, lui et sa compagne, Laurence, également enseignante, se sont mobilisés pour « faire société autour de cette valeur fondamentale qu’est la liberté d’expression ». Ils ne se sont pas posé la question d’aller ou non au rassemblement, mais Stéphane s’interroge, « avec tristesse » : « Comment, dans notre pays, on en est arrivé là ? »

Rassemblement à Toulouse en hommage à Samuel Paty, le 18 octobre.

Certains enseignants, comme Nicolas, professeur des écoles dans le Val-de-Marne, appellent également au soutien de leur hiérarchie : « On voit de plus en plus de familles remettre en cause la légitimité du travail des enseignants, et il faut nous faire confiance et ne pas toujours remettre en doute le comportement du professeur devant sa classe. »

Castex : « Nous n’avons pas peur »

Le premier ministre, Jean Castex (au centre), aux côtés de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale (arrière-plan), et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans le rassemblement place de la République à Paris, dimanche 18 octobre.

A Paris, de l’extrême gauche à quelques représentants de la droite, plusieurs responsables politiques se sont joints aux milliers de personnes rassemblées. Le premier ministre, Jean Castex, est apparu dans le cortège parisien. A ses côtés, son ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sa collègue déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, ou encore la maire de Paris, Anne Hidalgo, « en soutien aux professeurs, à la laïcité à la liberté d’expression et contre l’islamisme ».

« Quelles que soient nos différences politiques, syndicales ou autres, il faut manifester l’unité et montrer que nous n’avons pas peur face aux ennemis de la République. L’unité est la condition de la réussite », a déclaré à la presse Jean-Michel Blanquer. Les patrons de La République en marche, Stanislas Guerini, de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, du Parti socialiste, Olivier Faure, et d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, ont eux aussi rejoint le cortège.

Un hommage national sera rendu mercredi au professeur, victime, selon les mots d’Emmanuel Macron, d’un « attentat terroriste islamiste caractérisé ».

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *