La justice italienne a ordonné la saisie du bateau humanitaire Sea Watch 3, ancré au large du port de Lampedusa en Sicile, permettant aux 47 migrants à bord de débarquer.

Par Jérôme Gautheret Publié aujourd’hui à 01h31, mis à jour à 02h08

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Le navire Sea-Watch 3 près de la côté libyenne le 19 décembre 2018.

Le navire Sea-Watch 3 près de la côté libyenne le 19 décembre 2018. HANDOUT / Sea-Watch.org
Soudain il y a eu sur le plateau de télévision un moment de flottement. En direct, le présentateur de « Non e l’arena », le talk show politique dominical de La7, prenait connaissance, par une dépêche de l’agence Ansa, de la décision du procureur d’Agrigente (Sicile), Luigi Patronaggio, d’autoriser 47 migrants à bord du Sea Watch 3 à débarquer dans le port de Lampedusa, avant que le navire soit placé sous séquestre.

Son invité, Matteo Salvini, en duplex de Florence, apprend la nouvelle au même moment. « Je suis comme vous, je suis en train de lire », marmonne-t-il d’abord en brandissant son téléphone. Puis, dans une colère à peine contenue, il assène : « Je prends acte des paroles de ce procureur et nous approfondirons la possibilité de poursuivre, pour délit d’aide à l’immigration clandestine, quiconque aide le débarquement à terre de migrants amenés par une organisation illégale et hors la loi ». Avant de lancer : « si ce procureur veut être ministre de l’intérieur, qu’il se présente aux élections ».

Camouflet

Le mouvement de menton est applaudi par le public de l’émission, reste que le camouflet est cuisant : Matteo Salvini, qui depuis quatre jours refusait que soient débarqués les 65 migrants secourus en mer par le Sea Watch, le 15 mai, à trente milles des côtes libyennes – devenus 47 après l’évacuation de 18 personnes, des familles avec enfants –, doit bien admettre que l’opération aura bien lieu. Quelques minutes plus tôt, il plastronnait que ces migrants « pourraient très bien rester en mer jusqu’au 15 août ». Voilà qu’il se trouve, impuissant, à commenter en direct leur débarquement. Et voit descendre sur le petit quai Favaloro de Lampedusa une femme enceinte, pieds nus, qui a été chargée d’ouvrir la marche, avec son compagnon.

Une fois passée l’émission, la colère du ministre ne se calme pas, tout au contraire. Bientôt, elle se dirige vers le gouvernement. Sorti du plateau de télévision, dans un direct Facebook, le ministre de l’intérieur repart à l’attaque. « Quelqu’un au gouvernement savait ? Quelqu’un a autorisé ? » Sans avoir besoin d’être nommé, c’est le ministre italien des transports, Danilo Toninelli (Mouvement 5 Etoiles), assurant la tutelle des ports, qui est visé. Ce dernier riposte tout de suite : « Si Salvini a quelque chose à me dire, qu’il me le dise en face… » La polémique enfle et dégénère à coup de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

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« Qu’il lise les lois »

En fin de soirée, le chef de file des Cinq Etoiles, Luigi Di Maio, riposte lui aussi : « Je n’accepte pas que Salvini nous attaque. (…) Le bateau a été placé sous séquestre par les magistrats, et, quand il y a un séquestre, on fait obligatoirement descendre les personnes à bord. Qu’il n’accuse pas le M5S et lise les lois ».

La colère du ministre de l’intérieur est d’autant plus grande que le débarquement des 47 passagers du Sea Watch se produit à la veille d’un conseil des ministres qui doit plancher, lundi, sur la nouvelle version de son « décret sécurité », un texte très contesté qui doit durcir les conditions d’accueil et achever de criminaliser le principe même aux migrants. Si ce texte, qui suscite de grandes réticences au sein même du gouvernement est adopté, les personnes ayant secouru des migrants en mer seraient passibles d’amendes pouvant aller jusqu’à 5 500 euros par personnes sauvée.

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Jérôme Gautheret (Rome, correspondant)