Israël : Naftali Bennett, en lice pour prendre la place de Benyamin Nétanyahou après l’accord avec Yaïr Lapid – Le Monde

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Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, à gauche, et le chef du parti Yesh Atid, Yaïr Lapid, lors d’une session spéciale de la Knesset, au cours de laquelle les législateurs israéliens élisent un nouveau président, lors du plénum de la Knesset, à Jérusalem, le 2 juin 2021.

Il a été tour à tour conseiller de Benyamin Nétanyahou puis son rival, tout en restant un partenaire incontournable : le millionnaire Naftali Bennett, chef de file de la droite radicale, pourrait succéder à son mentor et devenir premier ministre d’Israël. C’est la conséquence d’un accord avec le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, annoncé dans la soirée du mercredi 2 juin. Le texte prévoit que Naftali Bennett deviendra premier ministre dans un premier temps, avant de laisser la place à Yaïr Lapid.

Les tractations ayant conduit à l’accord ont duré plusieurs jours, et la nouvelle n’est tombée qu’à 23 h 25 mercredi, heure locale (22 h 25 à Paris), peu avant l’heure limite : Yaïr Lapid a informé le président qu’il avait « réussi à former un gouvernement ». Il assure avoir réuni une majorité de 61 députés, sur les 120 à la Knesset, le Parlement monocaméral de l’Etat d’Israël, et être parvenu à un accord sur un gouvernement de « changement » – une alliance qui va de la gauche au parti de droite de M. Bennett en passant par le soutien de députés arabes.

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La réunion du Parlement pour le vote de confiance pourrait se tenir la semaine prochaine, à une date encore inconnue. D’ici là, Benyamin Nétanyahou et son parti, le Likoud, vont tenter d’empêcher l’approbation de l’accord par la Knesset. Si M. Lapid obtient le feu vert du Parlement, il pourrait mettre un terme à plus de deux ans de crise politique en Israël, avec à la clé quatre élections n’ayant pas jusque-là débouché sur un gouvernement stable.

Bennett a laissé planer le doute

Crâne dégarni, kippa discrète et anglais d’Américain, Naftali Bennett dirige la formation Yamina, qui prône à la fois un ultralibéralisme économique, une ligne dure face à l’Iran ou encore l’annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l’armée israélienne depuis 1967. Longtemps, M. Bennett avait joué sur deux tableaux et laissé planer le doute sur son intention de porter, ou pas, le coup final à Benyamin Nétanyahou, au pouvoir pendant quinze ans.

L’homme d’affaires de 49 ans, qui a fait fortune dans la tech, est entré en politique sur le tard. Mais, depuis 2013, cette figure du courant « nationaliste religieux » et proche des colons, a occupé cinq portefeuilles ministériels. Le dernier, celui de la défense en 2020, l’a mené, au pic de la pandémie de Covid-19 en Israël, à organiser une spectaculaire mobilisation de l’armée pour gérer la crise. « Une image faite sur mesure pour un public qui cherche désespérément un remplaçant légitime à Nétanyahou », note Evan Gottesman de l’Israel Policy Forum.

Si l’accord de coalition était approuvé par la Knesset, Naftali Bennett serait le premier chef de gouvernement religieux de l’histoire de l’Etat hébreu à porter une kippa ou à observer strictement le shabbat.

Celui qu’on donnait mort politiquement il y a encore deux ans, et qui a fait un score médiocre aux dernières législatives de mars, a su manœuvrer ces dernières semaines pour s’imposer comme « faiseur de rois » dans les complexes négociations menées dans l’objectif de former une coalition gouvernementale.

Une ligne de droite dure

« La gauche fait des compromis loin d’être faciles, quand elle m’octroie (…) le rôle de premier ministre », a déclaré au début des négociations M. Bennett, qui a bâti l’intégralité de sa carrière politique sur une ligne de droite dure et partisane du « grand Israël ».

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Fils d’immigrants américains né le 25 mars 1972 à Haïfa (nord du pays), Naftali Bennett, qui a servi dans la prestigieuse unité d’élite des forces spéciales Sayeret Matkal, comme Benyamin Nétanyahou, s’est imposé au tournant des années 2000 comme l’un des ténors de la « start-up nation » avec son entreprise de cybersécurité Cyotta, vendue pour 145 millions de dollars en 2005. L’année suivante, il fait le saut dans le monde de la politique pour le Likoud, où il devient le bras droit de Benyamin Nétanyahou.

Deux ans plus tard, Naftali Bennett quitte le Likoud pour diriger pendant un temps le Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons israéliens en Cisjordanie, qui deviendront son fonds de commerce politique, même si lui n’a jamais habité dans l’une de ces controversées implantations.

En 2012, il prend les rênes de la formation de droite Foyer juif, qui s’est ensuite greffée à d’autres micropartis pour former le parti Yamina (« vers la droite »). Ce dernier, connu pour son égérie, Ayelet Shaked, est aujourd’hui dirigé par Naftali Bennett. Et ce dernier a réussi à séduire une partie des colons avec des propos nationalistes musclés.

Exemple ? Le conflit avec les Palestiniens ne peut être réglé mais il doit être enduré comme un « éclat d’obus dans les fesses ». Ou encore : il n’y a pas d’occupation israélienne en Cisjordanie car « il n’y a jamais eu d’Etat palestinien ». Voire : les « terroristes doivent être tués, pas libérés », termes lancés à l’égard de prisonniers palestiniens. Il avait, par exemple, promis à l’Iran un « Vietnam » si la République islamique continuait, selon lui, de s’implanter militairement en Syrie voisine.

Mais Naftali Bennett, père de quatre enfants et habitant de la ville cossue de Raanana (centre du pays), détonne aussi au sein de son milieu de droite religieuse : les questions sur la place de la religion dans l’Etat ne sont pas dans ses priorités et il incarne un certain libéralisme des valeurs, notamment, par exemple, sur les questions LGBT +.

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Le Monde avec AFP

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