Alors que plus de 13 500 personnes ont marché dimanche dans les rues de Paris contre les discriminations envers les musulmans, un sticker distribué durant la manifestation a créé la controverse. On y voit l’étoile jaune, triste symbole du génocide commis envers les Juifs, associée à un croissant de lune, un des emblèmes de l’islam.

Cet autocollant a notamment été repéré sur une photo partagée par la sénatrice EELV Esther Benbassa. Il est collé sur les vêtements de plusieurs manifestants posant à côté d’elle, dont une fillette. Selon notre reporter sur place, quelques dizaines de personnes portaient ce symbole dans le cortège, sans que cela n’ait suscité de débat ou d’incident.

Un tollé à gauche, à droite et chez LREM

Toutefois, depuis qu’il a été repéré sur les réseaux sociaux, cet autocollant est accusé de comparer la Shoah (entre 5 et 6 millions de morts) aux conditions de vie des Français musulmans en 2019. « Aucun musulman de France ne subit ce que nos parents ont subi pendant la Seconde Guerre mondiale et je leur souhaite de ne jamais le subir », a déclaré Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié, institution de la communauté juive en France dans le domaine social.

« Aujourd’hui, cette photo est à vomir et ceux qui l’ont affublée de cette étoile se sont déshonorés », a renchéri Alain Jakubowizc, l’ancien président de la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

Les députés LREM François de Rugy et Aurore Bergé ont également manifesté leur colère. Tout comme François-Xavier Bellamy (LR) et David Assouline (PS) qui parlent respectivement d’un symbole « lamentable » et « obscène ».

« Personne ne vole ici sa souffrance à personne »

Face au tollé, Esther Benbassa a pris la parole sur Twitter. « Me voici traitée d’antisémite et de négationniste. Moi, une juive, ayant consacré ma vie à écrire l’histoire des miens », a-t-elle déploré. Avant d’indiquer n’avoir pas vu ces deux « insignes » mais d’abord « les drapeaux tricolores qui marquent une identification revendiquée à la France ».

La sénatrice a nié vouloir comparer la tragédie de la Shoah à la vie actuelle des Français de confession musulmane. « La condition des Juifs dans les années noires et celle des musulmans aujourd’hui ne sont pas comparables. Mais que nos contemporains stigmatisés s’identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. Personne ne vole ici sa souffrance à personne », a-t-elle conclu son message.

Comme d’autres, elle suggère qu’il ne s’agit peut-être que « d’un hommage aux souffrances passées des juifs et une mise en garde contre toute possible dérive ».

Le slogan « Juifs d’hier, musulmans d’aujourd’hui » également épinglé

Comme on peut le voir sur un cliché, repéré sur les réseaux sociaux, cette association du croissant de lune et de l’étoile jaune renvoie à une expression revenant fréquemment dans le débat public : « Juifs d’hier, musulmans d’aujourd’hui ».

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande moquée de Paris, comparait par exemple en mars 2017 l’islamophobie « à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ». Ce dimanche, d’autres manifestants faisaient aussi le parallèle avec la France des années 1930. À noter que le port de l’étoile jaune devient obligatoire dans l’Allemagne nazie en 1941 et côté français en 1942.

Cette polémique risque en tout cas de cristalliser encore davantage les débats autour de cette marche. Pour des raisons parfois différentes, la majorité présidentielle, la droite, l’extrême droite… mais aussi une partie de la gauche étaient absentes de la manifestation organisée dimanche.