L’IPv6 tarde à se démocratiser chez les FAI en France, en particulier chez SFR et Bouygues Telecom. L’Arcep exhorte tous les opérateurs à mettre un coup d’accélérateur sur les déploiements alors que la date de fin de disponibilité de l’IPv4 en Europe approche. Et que l’iPv4 ne pourra pas résister très longtemps à la montée en puissance des objects connectés. Au risque de créer un internet « scindé en deux », prévient l’Arcep. 

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Le déploiement d’IPv6 coince chez les FAI français : l’Arcep lance le premier baromètre IPv6 pour faire le point sur les enjeux de cette technologie, et l’état d’avancement du déploiement chez les opérateurs. Fin juin 2018, rappelle l’Arcep, « les quatre principaux opérateurs français (Bouygues Telecom, Free, Orange, SFR) ont déjà affecté entre environ 88% et 99% des adresses IPv4 qu’ils possèdent ». Or tous ne semblent pas prêts à faire face à la pénurie annoncée d’adresses IPv4 sur fonds de montée en puissance des objets connectés.

L’Arcep demande aux FAI et opérateurs d’accélérer le déploiement IPv6 pour éviter une pénurie d’adresses

D’un côté en effet, Free et Orange sont les premiers de la classe avec des taux de clients fixe activés en IPv6 de respectivement 50% et 45%. En comparaison, Bouygues et SFR affichent des taux dérisoires de 2,5% et 0,9%. Parmi les opérateurs alternatifs, la situation n’est guerre meilleure, à deux exceptions près : Coriolis Telecom qui affiche un taux de 82% et K-Net à 26%. Selon les projections de l’Arcep, toutes les adresses IPv6 auront été allouées en Europe en 2021. A cette date, Free et Orange prévoient un taux de 75% à 85% contre 40% à 50% pour Bouygues et 25% à 35% pour SFR.

Sur les accès mobile, néanmoins, l’ensemble des opérateurs sont dans le même panier. Seuls Bouygues et Orange ont commencé à timidement activer les adresses IPv6 chez respectivement 7% et 1% des clients. D’ici 2021, le taux ne sera toujours pas suffisant pour éviter une pénurie d’adresses.

L’Arcep s’alarme : « alors que l’épuisement des adresses IPv4 est prévu à fin 2021, certains acteurs n’envisagent pas un déploiement sur leurs réseaux fixes qui permettrait de répondre à la pénurie à moyen terme ». Le protocole IPv4, introduit à la préhistoire d’internet, en 1983, repose sur un adressage de 32 bits qui permet donc d’utiliser simultanément en théorie 2^32 adresses soit à peu près 4,295 milliards d’adresses IPv4. Un nombre qui commence à être insuffisant alors qu’une portion grandissante de la population mondiale a accès à internet et que se développent les objets connectés. D’autant qu’il s’agit d’un nombre théorique, et qu’une partie de ces adresses ne peut être assignée librement.

IPv6 adresse en 128 bits, si bien qu’il met à la disposition des FAI environ 3,4×10^38 adresses. Pour saturer le système, il faudrait ainsi placer plus de 667 millions de milliards d’appareils connectés à internet sur chaque millimètre carré de surface terrestre. Le problème c’est qu’il n’est pas possible de passer à IPv6 en claquant des doigts. Il faut selon l’Arcep que toute la chaine passe à l’IPv6 pour qu’il soit possible d’effectuer la transition. Avant cela, les abonnés profitent d’un double accès IPv4 + IPv6.

L’Arcep explique : « IPv4 reste nécessaire tant que toute la chaîne technique d’internet n’aura pas migré entièrement vers IPv6. Dans le cas contraire, un site web qui ne serait pas en mesure d’avoir une adresse IPv4 ne sera pas accessible aux clients des FAI qui ne proposent pas d’IPv6. Or la date de fin de disponibilité de l’IPv4 en Europe […] entraîne d’ores et déjà une augmentation significative du prix des adresses IPv4, devenues les ressources rares de l’internet du XXIe siècle. Ce prix élevé augmente le coût d’entrée des nouveaux acteurs et engendre un risque de voir se développer un internet scindé en deux, IPv4 d’un côté et IPv6 de l’autre ». 

Ainsi, si la situation perdure, certains sites seraient accessibles chez certains clients tandis qu’ils seraient bloqués chez d’autres. Êtes-vous passé à IPv6 ? Quels sont vos retours ? Partagez votre ressenti dans les commentaires.

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