L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril a été l’occasion de plusieurs intox. Quelques reflexes de bonne vigilance permettent de les repérer sur Internet. Voici quelques exemples et les conseils à retenir.

Avec plus de 3,5 millions de tweets en 24 heures, l’incendie de Notre-Dame a été l’un des sujets les plus discutés le 15 avril sur Twitter et sur les réseaux sociaux dans le monde. La rédaction des Observateurs de France 24 a analysé les fausses informations utilisant des images, et a pu constater que très peu d’intox avaient circulé sur les réseaux francophones. Cependant, plusieurs intox sont à signaler sur les réseaux étrangers, principalement américains.

Voici une sélection de quelques intox et le bon réflexe qui en découle pour éviter de se laisser piéger.
1 – Faux comptes de médias : toujours analyser avant de relayer
Lundi 15 avril au soir, plusieurs comptes reprenant les logos de médias tels que CNN, FoxNews ou encore BuzzFeed ont relayé ce qu’ils présentaient comme des informations sur l’origine du feu. Bien souvent, ces messages mettaient en avant le “caractère terroriste “de l’incendie sans apporter la moindre preuve.

Ce faux compte CNN affirme que l’incendie a été causé “par un acte terroriste”.

Ce faux compte Twitter de Fox News attribue à une femme politique américaine, membre du Parti démocrate, une citation qu’elle n’a pas publiée sur Twitter.

Ces trois comptes étaient en réalité des faux comptes de ces médias. Une observation des noms d’utilisateurs permet de voir que les comptes ne sont pas certifiés avec la petite icône bleue de Twitter, et donc pas officiels. Leur nombre d’abonnés, extrêmement faible, le confirme.

Dernier élément à toujours analyser : la biographie. Dans ces trois cas, il est précisé qu’il s’agit de “comptes parodiques”. Un détail permettant à l’auteur de se “protéger” et d’affirmer qu’il avait prévenu les utilisateurs.

Deux de ces comptes ont depuis été supprimés par Twitter.

Ce faux compte “Buzzfeed France” indique dans sa biographie qu’il est “parodique” mais a relayé hier de fausses informations autour de l’incendie de Notre Dame.

2 – Information nouvelle… avec d’anciens articles recyclés

Lundi soir, sur les réseaux anglophones, un article du quotidien britannique The Telegraph affirmant que des “bonbonnes de gaz” et des “documents en arabe” avaient été retrouvés près de Notre-Dame de Paris circule à la fois sur Twitter et sur Facebook.

Plusieurs comptes, dont le faux compte BuzzFeed ci-dessus, relayent l’information, la faisant passer pour récente.

Pour éviter de relayer un contenu faux, il suffisait pourtant de cliquer sur l’article et de se rendre compte que l’information datait de 2016. À l’époque, quatre femmes avaient été mises en examen après la découverte le 4 septembre 2016 d’une voiture remplie de bonbonnes de gaz près de Notre-Dame. Des documents en arabe avaient également été retrouvés dans le véhicule. Mais en aucun cas, cette arrestation n’a de lien avec l’incendie de lundi 15 avril 2019.

3 – Un chœur parti en fumée ? Toujours faire une recherche d’image inversée

D’autres internautes ont partagé des photos de la cathédrale avant le feu, déplorant la disparition annoncée d’un joyau de l’art gothique. Mais certains sont allés un peu vite, comme ce compte d’un ancien collaborateur du blog américain conservateur – et souvent propagateur de fausses informations – The Drudge Report.

“Ceci est parti. Très triste”, écrit -il en postant la photo d’un chœur coloré qui se trouve dans Notre-Dame… de Montréal. Une recherche par image inversée (voir ici comment procéder) permet de repérer rapidement l’erreur, que lui signalent d’ailleurs, en réponse à son tweet, de nombreux internautes se moquant de lui.

La publication a néanmoins été partagée plus de 6 000 fois, ce qui laisse penser que de nombreux internautes ont cru que ce chœur était bel et bien dans la cathédrale gothique parisienne. Celle de Montréal, construite entre 1824 et 1829, est bien postérieure.

4 – Des hommes criant Allah Akbar pour se réjouir de l’incendie ? Attention aux sons ajoutés

Quelques vidéos circulent sur Twitter et YouTube tentant de faire croire que des hommes crient “Allahou Akbar” en regardant Notre-Dame brûler. Elles restent cependant très peu relayées.

En réalité, la vidéo d’origine a été postée par le média Russia Today et reprise par ce média brésilien une heure avant celle où l’on entend quelqu’un crier “Allahou Akbar” :

Même sans retrouver l’origine, on peut repérer les trucages assez grossiers. Il faut bien tendre l’oreille : après une seconde, on entend un bruit de feu. On peut se demander pourquoi il n’est pas audible dès le début de la vidéo en même temps que les cris, et surtout remarquer qu’il semble très proche du micro de la caméra. Or la caméra se trouve de l’autre côté de la Seine, à plusieurs dizaines de mètres de Notre-Dame. Si elle captait bien le son de l’incendie, il ne serait pas audible de cette façon.

Cette vidéo est un montage de différents sons. Celui de l’incendie, mas aussi des cris “Allahou Akbar “. On retrouve d’ailleurs l’un de ces cris dès la première seconde de cette vidéo, qui compile une série d’exclamations similaires.

5 – Un homme sur le toit de la cathédrale ? Méfiez-vous de ce que l’œil croit voir

Quelques internautes ont cru pouvoir alimenter la théorie d’une attaque volontaire, et même “terroriste islamiste” selon certains, en relayant cette photo, prétendant qu’elle montrerait un homme sur le toit de Notre-Dame en train de brûler.

Comme l’indiquent nos confrères d’AFP Factuel, il s’agit de la Vierge du trumeau du portail du Cloître, seule statue à avoir survécu à la Révolution française. Des photos sous d’autres angles de vue permettent de mieux voir cette statue.

Pour en savoir plus sur la vérification des images sur Internet, n’hésitez pas à consulter notre guide de vérification ici, ou à vous abonner à notre compte Twitter @InfoIntoxF24 pour nous signaler d’autres intox potentielles.

 
Article rédigé par Corentin Bainier (@cbainier) et Alexandre Capron (@alexcapron)