Le pont Alexandre-III fait silence. Les cercueils des treize militaires français morts lundi 25 novembre dans une collision d’hélicoptères au Mali vont bientôt traverser l’ouvrage qui enjambe la Seine. Des soldats en uniforme se sont pressés au bord de la route pour saluer leurs frères d’armes, des vétérans, nombreux, et quelques religieux aussi, en soutane sombre.

Il y a surtout des silhouettes anonymes, si nombreuses que la haie d’honneur se prolonge jusqu’à l’esplanade des Invalides à Paris, où Emmanuel Macron va leur rendre un hommage national, ce lundi 2 décembre. « C’est rare qu’il y ait autant de monde », constate Claude, 65 ans, un ancien du 9e régiment de chasseurs parachutistes, dissous en 1999. Beaucoup sont venus pour la toute première fois, saisis par le destin tragique de ces soldats français. Le bilan est si lourd, treize vies brisées dans cette guerre lointaine contre les djihadistes du Sahel.

La France rend hommage aux 13 soldats tués au Mali

Pourquoi prendre part à ce triste rendez-vous ? « C’est un devoir, explique Hubert, un étudiant de 23 ans. C’est une manière de leur montrer qu’on est reconnaissant. »

Béatrice et Gérard, eux, ont l’air un peu perdus. Ils racontent leur neveu, membre du 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau (Pyrénées-Atlantiques), en opération dans le Sahel avec la force Barkhane. « Il a été débarqué juste avant le départ en mission, à cause du poids. L’appareil était trop lourd, son capitaine lui a demandé de descendre. Il a perdu tous ses copains, explique sa tante. On est un peu là pour lui, et pour les autres… » Plus que jamais conscients de la fragilité d’une vie.

« C’est long, treize cercueils »

Le cortège s’avance. Il n’y a plus un bruit. Les larmes muettes d’un soldat au garde-à-vous, les yeux embués d’une femme. Des motos ouvrent la marche, avant le passage d’un premier corbillard, puis d’un autre. Un jeune homme se signe. Un troisième véhicule, un quatrième franchissent le pont. Quelques applaudissements retentissent. Ces anonymes en deuil sont comme figés par la vision des fourgons mortuaires qui passent lentement, dans un silence pesant.

« C’est long, treize cercueils », murmure un vieux monsieur. Dans la cour pavée des Invalides, les participants commencent à s’installer. Une assemblée hétéroclite et triste, quelque 2500 personnes. Les camarades de régiment des défunts, des vétérans. Les principaux responsables des partis politiques, des membres du gouvernement, les anciens présidents François Hollande et Nicolas Sarkozy. Celui du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta. Plusieurs députés de la France insoumise, seul parti politique à remettre en question la présence militaire française en Afrique, sont là eux aussi.

Surtout, il y a les familles endeuillées. Discrètement, les proches des soldats disparus essuient une larme, se passent une main réconfortante sur l’épaule, s’enserrent les doigts. Des parents, des épouses, des petits en bas âge. Une poussette, un berceau…

« Je m’incline devant leur sacrifice »

Au son d’un tambour, les cercueils pénètrent dans l’enceinte. Portés par d’autres soldats, ils sont ceints du drapeau tricolore. Emmanuel Macron leur fait face. Dans son discours (17 pages, environ 30 minutes), le chef de l’Etat revient sur les circonstances de l’accident des deux hélicoptères, il évoque la « fausse quiétude de cette nuit sans lune » aux confins du Mali.

« Je m’incline devant leur sacrifice, lance-t-il, solennel. Ils sont morts pour nous tous. Ils sont morts en opération, pour la France, pour la protection des peuples du Sahel, pour la sécurité de leurs compatriotes et pour la liberté du monde, pour nous tous qui sommes là. »

Le président de la République esquisse les parcours brillants de ces jeunes militaires aux vies brisées, dessine les contours de leurs familles. Treize enfants sont désormais orphelins de père… Des larmes discrètes coulent sur tant de visages, le protocole n’empêche pas l’émotion. A titre posthume, les 13 soldats sont faits chevaliers de la Légion d’honneur. Puis la sonnerie aux morts s’élève et résonne dans la cour des Invalides à mesure que les cercueils sont emmenés. Elle dure longtemps, le temps de treize cercueils suivis par des familles bouleversées. Après cet hommage national, les militaires seront inhumés dans les jours qui viennent, lors de funérailles distinctes.

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