Ile-de-France : grèves massives dans le secondaire, les enseignants «à bout de souffle» – Le Parisien

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Voilà des jours qu’ils réclamaient du temps pour se parler et définir ensemble comment rendre hommage à leur collègue avec leurs élèves. Mais aussi des mois qu’ils réclament des moyens supplémentaires pour faire face à la crise sanitaire. Et des années qu’ils ne se sentent « pas entendus » par leur hiérarchie.

Quinze jours après l’assassinat de Samuel Paty, trois jours après ce nouveau confinement, c’est cette colère profonde et ces inquiétudes ravivées de la communauté éducative qui se cristallisent en cette rentrée des vacances de la Toussaint.

PODCAST. Un professeur tué pour avoir fait son métier : le point sur l’assassinat de Samuel Paty

Partout, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, la Seine-et-Marne, les Hauts-de-Seine ou le Val-d’Oise, la vague de contestation s’est brisée sur l’autel du dernier revirement de Jean-Michel Blanquer qui, vendredi soir, annonçait une rentrée à l’heure habituelle. Soit à 8 heures au lieu de 10 heures comme cela avait été prévu la semaine précédente. Ne laissant pas la possibilité aux enseignants de se rassembler préalablement pour préparer l’hommage à Samuel Paty qui s’est finalement tenu dans tous les établissements à 11 heures. Ni non plus d’organiser le protocole sanitaire.

«L’absence de concertation a mis le feu aux poudres»

Assemblées générales, grèves, droit de retraits, nombreux sont les enseignants qui n’ont pas accueilli leurs élèves, dès le matin ou à l’issue de la minute de silence et de la lecture de la lettre de Jean Jaurès. Invoquant « l’impréparation », « le mépris des réalités du métier » de cette rentrée sous un protocole sanitaire renforcé « impossible à mettre en œuvre ».

« L’absence de concertation a mis le feu aux poudres, imaginer que nous pouvons dans le même temps réfléchir à l’hommage à notre collègue, préparer la mise en place du protocole sanitaire et faire cours est bien la marque de l’ignorance et du mépris de ce qu’est notre métier, dénonce Gabriel Holard, co-secrétaire du Snes-FSU 94. Pour faire face, nous avons besoin d’une stratégie collective, le ministère s’est rendu compte qu’il préférait que l’on ne se parle pas, nous prenons ça pour de la défiance de la part des autorités ».

Ce lundi midi, Christophe Naudin, vient de sortir du collège Dulcie September d’Arcueil (Val-de-Marne), le professeur d’histoire-géographie et rescapé du Bataclan n’a pourtant pas croisé ses élèves. Il a rendu hommage à Samuel Paty avec ses collègues grévistes. Une quarantaine sur les soixante que compte l’établissement avaient choisi de se mettre en grève, dénonçant une minute de silence « réductrice et méprisante ».

Réunis en assemblée générale ils ont finalement acté que ce mardi matin serait dédié à un temps d’échange pour définir ensemble comment parler du macabre assassinat terroriste et de liberté d’expression. Puis pour organiser les modalités du protocole sanitaire avant de reprendre les cours normalement mercredi.

«Nous sommes à bout de souffle»

Dans le Val-de-Marne, les enseignants du lycée Darius-Millaud au Kremlin-Bicêtre, massivement en grève après l’hommage à Samuel Paty, ont voté la poursuite du mouvement ce mardi pour dénoncer l’impossibilité d’assurer des conditions sanitaires décentes dans des classes à 35 élèves.

Le collège De-Lattre-de-Tassigny au Perreux sera également en grève ce mardi, Adolphe-Chérioux à Vitry, mobilisé ce lundi, sera à nouveau en grève jeudi et envisage une grève reconductible la semaine prochaine. Même chose au lycée Condorcet à Saint-Maur. Les profs ont fait usage de leur droit de retrait à Villejuif au collège Louis-Pasteur ou encore à Gutenberg à Créteil.

En Seine-Saint-Denis, de nombreux mouvements de grève ont été organisés aux collèges Joliot-Curie et Pablo-Neruda de Stains, aux lycées Flora-Tristan de Noisy-le-Grand et Louis-Pasteur à Villemomble, aux collèges Politzer de Bagnolet, Gabriel-Péri à Aubervilliers ou encore La Courtille à Saint-Denis.

« C’est un mouvement de grève éruptif, un grand coup de colère, souffle Grégory Thuizat, cosecrétaire départemental du syndicat Snes-FSU 93. Le ministre a osé faire revenir en cours les professeurs comme si de rien n’était. Entre l’assassinat de notre collègue et la crise sanitaire, nous sommes à bout de souffle. »

Même lame de fond dans les Hauts-de-Seine où plusieurs établissements ont aussi été le théâtre de mobilisations. Notamment aux collèges Guy-Moquet à Gennevilliers et Jean-Baptiste Clément à Colombes, ainsi que des lycées Newton à Clichy-la-Garenne et Joliot-Curie à Nanterre. Partout c’est la gestion de la crise sanitaire et les mesures semblant parfois prises à la dernière minute qui irritent.

«Il faut un emploi massif d’enseignants pour faire face»

« La colère vis-à-vis du ministre est très forte, estime Julien Beaussier, du SNES 92. Les annonces à retardement, c’est vécu comme une vraie violence. » « Il faut un emploi massif d’enseignants pour faire face aux exigences sanitaires », complète David Gozlan, membre, lui, du SNFOLC 92.

En Seine-et-Marne, grève ce lundi au lycée Honoré-de-Balzac à Mitry-Mory. Comme au lycée Gaston-Bachelard de Chelles, là encore, où des enseignants ont exercé leur droit de retrait ou leur droit de grève.

« Même les élèves nous disent que rien n’a changé ! Nous avons finalement obtenu que les classes de 35 élèves soient divisées par deux avec un groupe à la maison avec du travail à faire et un groupe en cours au lycée », explique Béatriz Gutierrez, secrétaire départementale de Sud Education 77 et enseignante au lycée Thibaut-de-Champagne à Provins mobilisé lui aussi.

Quatre lycées étaient également en grève dans le Yvelines, comme Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie qui atteignait les 82 % de grévistes tandis que les profs de Jean-Rostand ont exercé leur droit de retrait.

En Essonne, des débrayages pourraient être décidés dans plusieurs collèges et lycée à partir de ce mardi. Ce lundi, seul le collège Les Dînes-Chiens de Chilly-Mazarin était en grève. « On nous demande de choisir entre notre sécurité et notre mission d’éduquer, dénonce Johanna Gaston, secrétaire départementale FO 91. Un recrutement est indispensable pour nous permettre de dédoubler les classes. »

VIDÉO. Les élèves de France rendent hommage à Samuel Paty

Enfin, dans le Val-d’Oise, une partie du personnel enseignant a cessé le travail au sein des lycées Romain-Rolland à Goussainville, Galilée et Jules-Verne à Cergy, Virginia-Henderson à Arnouville, dans les établissements professionnels Fernand-Léger et Jean-Jaurès à Argenteuil, ainsi que ceux d’Ermont et d’Epluches à Saint-Ouen-l’Aumône ou Turgot à Montmorency. Les collèges Anatole-France à Sarcelles, Wallon à Garges-lès-Gonesse et Jean-Moulin à Sannois étaient également mobilisés.

Au rectorat de Créteil, on assure que la « tolérance » est de mise jusqu’au 9 novembre. «D’ici là, les enseignants et les personnels font au mieux en évitant les brassages, en assurant la désinfection et l’ouverture des fenêtres et nous font part des difficultés rencontrées », précise l’institution.

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