« Il est plus dangereux maintenant qu’il est mort » : en Iran, les funérailles du général Soleimani – Le Monde

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A Kerman, mardi 7 janvier 2020.

Les habitants de Kerman se rassemblaient en masse, mardi 7 janvier, réclamant vengeance aux cris de « Mort à l’Amérique » après l’assassinat du général Ghassem Soleimani, qui doit être enterré dans l’après-midi dans cette ville du sud-est de l’Iran. Le centre de la ville natale de l’officier était envahi par une marée humaine semblable à celles ayant déferlé dimanche et lundi à Téhéran, ainsi que dans les autres villes où les cercueils du général et de ses compagnons d’armes tués avec lui ont transité pour un hommage populaire.

Chef des Forces Al-Qods, unité d’élite chargée des opérations extérieures des gardiens de la révolution, Ghassem Soleimani était l’architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient. Il a été tué vendredi par la frappe d’un drone américain devant l’aéroport de Bagdad, en Irak.

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Le processus d’« expulsion des Etats-Unis de la région a commencé », a lancé à la foule de Kerman le général de division Hossein Salami, commandant en chef des gardiens de la révolution. « Notre volonté est ferme. Nous disons également à nos ennemis que nous allons nous venger, et que s’ils [frappent de nouveau], nous mettrons le feu à ce qu’ils adorent », a-t-il déclaré sur un ton énigmatique. « Eux-mêmes savent bien de quels lieux je parle. »

« Le martyr Ghassem Soleimani est plus puissant et vivant maintenant qu’il est mort », et « plus dangereux pour l’ennemi », a assuré le chef des gardiens devant les cercueils de l’officier et de son bras droit, le général de brigade Hossein Pourjafari, exposés parmi des gerbes de fleurs sur la place Azadi (« liberté » en farsi) de Kerman. Selon la radio d’Etat, le général Soleimani doit être enterré à Kerman en début d’après-midi.

Le Parlement iranien a aussi adopté en urgence mardi une loi classant toutes les forces armées américaines comme « terroristes ». Les députés ont amendé une loi récente qui déclarait « terroristes » les forces américaines déployées de la Corne de l’Afrique à l’Asie centrale en passant par le Moyen-Orient. Le nouveau texte étend cette dénomination au Pentagone, à l’ensemble des forces américaines, aux responsables de l’assassinat de Soleimani, et à toute personne physique ou morale impliquée dans sa mort. La portée de cet amendement apparaît d’abord symbolique.

« Aucune décision n’a été prise de quitter l’Irak »

Alors que les principaux dirigeants civils, religieux et militaires iraniens se relaient pour annoncer une vengeance terrible depuis l’assassinat de Ghassem Soleimani, les appels à la « désescalade » se multiplient de par le monde. Dans ce climat extrêmement tendu suivant des mois de pression entre Washington et Téhéran, sur fond d’escalade militaire dans le Golfe et de tensions autour de la question nucléaire iranienne, les Etats-Unis ont encore ajouté à la confusion lundi en transmettant par erreur aux autorités irakiennes une lettre annonçant des préparatifs en vue du retrait de leurs soldats déployés en Irak.

Ecrite au nom du général William H. Seely, commandant des forces américaines en Irak, une lettre dont une copie a été consultée par l’Agence France-Presse a annoncé aux responsables militaires irakiens que Washington était en train de « repositionner » ses troupes dans le pays en vue d’un retrait. Il s’agissait en fait d’un « projet [de lettre] non signé », a déclaré le chef d’état-major américain, le général Mark Milley. « Il n’aurait jamais dû être envoyé », a-t-il ajouté, évoquant « une erreur commise en toute bonne foi ».

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La lettre faisait référence – « nous respectons votre décision souveraine qui ordonne notre départ » – à un vote du Parlement irakien dimanche exhortant le gouvernement à expulser les troupes étrangères d’Irak en réaction à la mort du général Soleimani. Selon le secrétaire à la défense américain Mark Esper, les Etats-Unis redéploient leurs troupes en Irak mais ne quittent pas le pays. « Aucune décision n’a été prise de quitter l’Irak. Point », a déclaré à la presse le chef du Pentagone.

M. Esper, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, la veille, s’est, par ailleurs, démarqué des menaces du président Donald Trump de frapper, entre autres, des sites culturels iraniens en cas d’attaque antiaméricaine de l’Iran. « Nous respecterons les lois sur les conflits armés », qui interdisent de frapper des sites culturels, a dit M. Esper en réponse à une question.

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