«Ici, tout le monde parle du virus» : entre le fantôme du Sras et les rumeurs en ligne, la psychose gagne en Chine – Le Parisien

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À Dalian, la rumeur bruisse depuis ce mardi matin. Dans cette ville balnéaire du sud-est de la Chine, un homme venu de Wuhan aurait été hospitalisé pour des symptômes semblables à ceux d’une pneumonie, avant d’être transféré en urgence à Shenyang.

« Apparemment, il avait près de 40 °C de fièvre, souffle Mathieu. Ici, tout le monde en parle. » Comme les sept millions d’habitants de cette cité balnéaire du golfe de Corée, ce Chinois d’origine, qui a vécu en France une quinzaine d’années, est gagné par l’inquiétude qui se répand dans le pays depuis plusieurs semaines.

Un nouveau virus transmissible entre hommes est apparu fin décembre dans la ville de Wuhan, au centre du pays. Six personnes sont décédées depuis, et près de 300 cas ont été recensés en Chine, mais aussi au Japon, à Taïwan, en Corée du Sud et en Thaïlande.

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« Les informations arrivent au compte-gouttes », s’inquiète Mathieu. Alors, en attendant d’avoir plus d’éléments, la psychose tourne à plein régime, alimentée par des rumeurs inquiétantes véhiculées via les messageries instantanées en vogue en Chine, comme WeChat.

Pénuries de masques dans les pharmacies

« La plupart des gens portent des masques dans la rue », décrit-il. Particulièrement vulnérable depuis une leucémie dont il a été soigné, lui-même s’est rendu à la pharmacie pour s’en procurer un, sur le chemin du gymnase où il enseigne le badminton. Trop tard : le stock était déjà épuisé.

Prévenue de ces pénuries par des groupes d’expatriés français organisés sur les réseaux sociaux, Aude a prévu d’acheter le sien directement en France. Cette Parisienne de 28 ans prend l’avion samedi pour s’installer à Shanghai, où son compagnon a décroché un job d’ingénieur pour trois ans. « Forcément, cette histoire de virus ajoute un petit stress », confie-t-elle.

«Ici, tout le monde parle du virus» : entre le fantôme du Sras et les rumeurs en ligne, la psychose gagne en Chine

Ces derniers jours, la jeune femme reçoit de nombreux appels et SMS de proches inquiets. « Les chiffres qui circulent ne sont pas vraiment alarmants, tempère-t-elle. Après, difficile de savoir si la Chine est totalement transparente sur la réalité du phénomène… »

Ce dernier pourrait subir un coup d’accélérateur avec les événements du Nouvel An chinois. Samedi, le jour du départ d’Aude, des millions de badauds se mélangeront dans les rues. Un contexte forcément favorable à transmission du virus.

Le fantôme du Sras

À Singapour, Alexandre redoute justement le retour des ressortissants chinois, qui constituent la deuxième plus grosse communauté de la cité-Etat. Expatrié depuis près d’un an, ce manager exécutif d’un grand réseau d’agences publicitaires suit avec inquiétude l’évolution de ce début d’épidémie depuis le début du mois.

« Même s’il n’y a eu qu’un seul cas jusqu’à présent, c’est un gros sujet pour tout le monde, et particulièrement pour ceux qui ont des enfants, pointe-t-il. Mes collègues qui étaient présents à l’époque ont tout de suite fait le lien avec le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère, NDLR). »

En 2002-2003, cet autre type de coronavirus avait contaminé 8096 personnes dans le monde et fait 774 morts, dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong. Les autorités chinoises avaient été accusées d’avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur du problème.

« D’après un médecin que j’ai rencontré, c’est la seule période à laquelle les Singapouriens ont déjà porté des masques au quotidien », rapporte Alexandre. Le jeune homme originaire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) guette donc le moment où les protections seront de retour sur les visages des passants. Alors, il commencera à s’inquiéter pour de bon.

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